La Conférence économique africaine présente ses projets pour lutter contre l’aggravation de la pauvreté

02/11/2015
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La 10ème Conférence économique africaine (AEC) a mis l’accent sur une meilleure application des politiques fiscales nationales pour réduire les écarts de revenus entre les riches et les pauvres ainsi que sur le besoin d’étendre la croissance économique aux secteurs agricole et manufacturier, afin de répondre efficacement aux baisses des cours du pétrole et des minéraux.

Lors des discussions sur les «Facteurs déterminants de la pauvreté et des inégalités», au cours de la 1ère journée de la conférence, les chercheurs-économistes ont montré que des politiques appropriées permettaient de s’attaquer aux causes de l’inégalité et de ses conséquences.

Organisée conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la conférence réunit des chercheurs à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), du 2 au 4 novembre, pour débattre de moyens visant à lutter contre la pauvreté en utilisant des incitations financières pour réduire les écarts de revenus.

«La croissance économique dans les économies africaines les plus performantes n’est pas répartie de façon homogène», a déclaré Ayodele Odusola, économiste principal et chef de l’équipe responsable de la stratégie et de l’analyse au Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, lors de la présentation de ses recherches sur «La pauvreté, l’inégalité et l’espace fiscal en Afrique», ce lundi 2 novembre.

Étant donné que l’Afrique compte sept des économies qui connaissent des croissances parmi les plus rapides au monde, les recherches économiques récentes montrent que les écarts de revenus entre les riches et les pauvres demeurent importants. Cette fracture est accentuée par l’absence de systèmes de protection sociale, notamment la protection des pauvres en cas de perte de travail et la promotion de marchés du travail efficaces.

Les chercheurs ont présenté leurs études en montrant comment, en Afrique, la surconcentration d’investissements dans certains secteurs, tels que l’exploitation minière, a eu un impact sur la croissance économique à chaque fois que les cours internationaux des produits de base clés comme le pétrole ou les minéraux ont baissé.

Les chercheurs ont appelé à une diversification de ces investissements à travers l’allocation de davantage de ressources économiques au secteur manufacturier afin de développer les chaînes de valeur et ainsi favoriser la création d’emploi. Ils ont aussi exploré les mécanismes permettant de garantir la réduction des inégalités de revenus, notamment dans les cas où les hommes gagnent plus que les femmes pour le même poste.

Lors de son exposé sur le thème Pourquoi les inégalités sont-elles élevées en Afrique ?, Abebe Shimeles, directeur intérimaire du Département de la recherche sur le développement de la BAD, a déclaré que la recherche met en lumière des distorsions à caractère ethnique dans la répartition des ressources économiques et des moyens de production dans la plupart des pays d’Afrique.

«L’appartenance ethnique est la raison la plus significative qui explique de telles données. Il existe une inégalité morale qui s’accompagne de la lutte pour une justice distributive par les personnes laissées pour compte du fait de circonstances au-delà de leur contrôle et l’inégalité causée par les forces structurelles du marché», a expliqué  Shimeles.

Les recherches montrent que les pays qui ont bénéficié de taux de croissance économique élevés soutenus par d’importants flux financiers entrants provenant de l’activité minière, comme c’est le cas du Botswana, sont parvenus à réduire la pauvreté; toutefois, les inégalités et les écarts de revenus persistent.

De leur côté, les pays d’Afrique du Nord ont réussi à conjuguer leur croissance économique avec la réduction de la pauvreté en investissant davantage dans le développement du capital. Un tel développement correspond à un processus d’utilisation de fonds publics pour fournir des capitaux de lancement aux entreprises qui ont déjà passé l’étape de démarrage, afin de leur permettre de mieux se stabiliser.

Pour réduire les écarts de revenus, Odusola du PNUD a expliqué que les politiques financières, par exemple l’augmentation des dépenses publiques, la réorientation des fonds provenant de mesures de taxation directe et la garantie de taux de change stables, s’inscrivent parmi les outils les plus efficaces permettant aux ressources financières de circuler vers d’autres secteurs, notamment vers la formation des jeunes à de nouvelles compétences pour maintenir le dynamisme des économies.

Parmi les autres mesures proposées pour répondre aux inégalités de revenus croissantes, il a été recommandé d’ouvrir la préparation des budgets nationaux à la participation publique, ce qui a été mis en œuvre au Burkina Faso, au Kenya et en Afrique du Sud avec de bons résultats, en se traduisant par une réduction des écarts entre revenus et une réorientation des impôts.

La Conférence économique africaine étudie actuellement le moyen de répondre aux inégalités croissantes, suite à la parution d’un récent rapport de la Banque mondiale qui a montré que la pauvreté en Afrique avait été réduite de 20,8 % entre 1990 et 2015. En effet, le continent a connu une baisse de la pauvreté, qui est passée de 56 % à 35 %, mais cette amélioration a été entachée par une hausse des taux d’abandon scolaire dans le secondaire et une augmentation des pertes d’emploi.