Perspectives économiques en Afrique 2008/09

07/05/2009
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Tunis, le 7 Mai 2009 - L'édition 2009 des Perspectives économiques en Afrique (PEA), doit être lancée le 10 Mai à l'Hôtel Méridien Président à Dakar, Sénégal, dans le cadre du programme de séminaires et d'ateliers précédant les Assemblées Annuelles du Conseil des Gouverneurs du Groupe de la Banque Africaine de Développement.

L’édition 2009 du rapport couvre 47 pays africains, en hausse par rapport à 35 l'an dernier. Le rapport constate que la région est gravement touchée par le ralentissement économique mondial. Après une demi-décennie de plus de 5 pour cent de croissance économique, le continent ne pourra plus compter que sur 2,8 pour cent en 2009, soit moins de la moitié des 5,7 pour cent qui étaient attendus avant la crise. Les auteurs des PEA anticipent une reprise de la croissance à 4,5 pour cent en 2010. La croissance dans les pays exportateurs de pétrole devrait tomber à 2,4 pour cent en 2009, et 3,3 pour cent pour les importateurs nets de pétrole.

L'effondrement des prix des marchandises ainsi que la chute de la demande des pays de l'OCDE auront un effet négatif sur le solde budgétaire de l'Afrique. Le budget régional devrait enregistrer un déficit de près de 5,5 pour cent du PIB comparé à l’excédent de 3,4 pour cent qui avait été projeté pour 2009 par l’édition des PEA de l’année dernière. Les investissements directs étrangers ont diminué d'environ 10 pour cent en 2008. Les PEA 2009 estime également que, bien que l'aide publique au développement (APD) ait augmenté en 2008, d’importantes inquiétudes persistent quant à une pression à la baisse sur les budgets dédiés à l’aide des donateurs en raison de la crise économique.

Au cours des années 1970 et 1980, la croissance en Afrique a, en règle générale, été largement entravée par des facteurs internes. Des décennies de réforme se sont attaquées à la plupart de ces facteurs internes. Ces réformes combinées à un environnement extérieur favorable ont permis à l'Afrique de jouir d’une demi-décennie de taux de croissance supérieurs à 5%. La crise financière, qui s’est désormais convertie en une crise économique, a contribué à l’érosion des avantages qui avaient été accumulés au cours des années de réformes. Avec un taux de croissance attendu de seulement 2,8%, et un biais à la baisse, un grand nombre de personnes risquent de se retrouver plongées dans la pauvreté. Ce revers dépasse le contrôle des africains et est susceptible d'être prolongé. Utilisant une méthode mise à jour, le rapport montre que seule une poignée de pays africains sont sur la bonne voie pour atteindre l'objectif de réduire de moitié la proportion de la population vivant avec moins d'un dollar par jour d'ici à 2015.

« Cependant, nous ne devrions pas désespérer », dit Louis Kasekende, Economiste en Chef de la BAD, « la décennie de réformes a introduit l'efficacité dans la gestion macro-économique et a accru la compétitivité des économie africaines. Les pays devraient donc s'abstenir de mettre en œuvre des politiques qui freinent l’approfondissement de l'intégration du continent au commerce et à la finance mondiale. »

Sur une note positive, les PEA 2009 note que l'Afrique est mieux placée pour surmonter la crise qu'elle ne l'était il ya dix ans. Au cours des dernières années, de nombreux pays ont mis en œuvre des réformes macro-économiques prudentes qui ont permis de renforcer les équilibres budgétaires et réduit les taux d'inflation à un seul chiffre. Beaucoup de pays ont également bénéficié d'un important allégement de la dette, de sorte que le service de la dette par rapport aux ratios d’exportation est faible dans la plupart des pays.

Javier Santiso, Directeur et Economiste du développement en Chef au Centre de Développement de l'OCDE, note que «les marchés émergents d'Asie et d'Amérique latine sont devenus des partenaires du développement et commerciaux de plus en plus importants, contribuant ainsi à réduire la vulnérabilité du continent à la performance économique des pays membres de l'OCDE. »

Les PEA 2009 met l’accent en particulier sur les innovations en matière de technologies de l'information et de la communication (TIC). Le rapport conclut qu’en dépit du faible taux de pénétration des nouvelles technologies, les applications novatrices des TIC se sont multipliées dans les domaines électroniques tels que la banque en ligne, les paiements en ligne, la e-agriculture, le e-commerce, le e-gouvernement et la e-éducation. Beaucoup de ces nouveaux outils contribuent à façonner un meilleur environnement d'affaires en facilitant le développement du marché, en surmontant les obstacles traditionnels liés à l'infrastructure et en réduisant le coût des affaires.

«Ces utilisations entrepreneuriales des TIC montrent que les pays africains poursuivent une croissance fondée sur une plus grande consommation intérieure et un plus grand investissement domestique, permettant ainsi de réduire l'impact des chocs exogènes et des crises», ajoute Javier Santiso.

L’édition annuelle des PEA est publiée conjointement par la Banque Africaine de Développement (BAD), le Centre de Développement de l'OCDE et la Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique, avec le soutien de la Commission Européenne.

Aperçus régionaux

La croissance économique en Afrique australe a enregistré un taux de 5,2 pour cent en 2008, en baisse par rapport au taux de 7 pour cent de 2007. Cette région devrait connaître un ralentissement spectaculaire en 2009, avec un taux de croissance projeté à 0,2 pour cent, et remonter ensuite à 4,6 pour cent en 2010. En Afrique du Sud, la croissance devrait tomber à 1,1 pour cent en raison de l'impact de la crise économique mondiale sur la demande pour ses exportations de minéraux, aggravée par une contraction de la consommation privée et de l'investissement. En Angola, l'économie devrait se contracter de 7,2 pour cent en 2009, selon l'hypothèse d’une baisse de la production de pétrole engendrée par la réduction des quotas des pays de l'OPEP. En 2008, Madagascar et le Malawi ont bénéficié d'une forte croissance du secteur agricole, Madagascar profitant également de larges investissements dans le secteur des minerais.

La croissance moyenne du PIB en Afrique du Nord devrait connaître une légère amélioration passant d’un taux de 5,3 pour cent en 2007 à 5,8 pour cent en 2008. On s’attend ensuite à ce qu’elle connaisse un ralentissement significatif en 2009, s’établissant à 3,3 pour cent avant d'augmenter à 4,1 pour cent en 2010. Tous les pays d'Afrique du Nord enregistreront une croissance plus faible en 2009, en raison de la réduction de la production de pétrole et du déclin des recettes touristiques. La plus grande diversification de la production et des exportations du Maroc et de la Tunisie contribue à réduire la vulnérabilité de ces pays à une réduction de la demande résultant de la crise. Néanmoins, ils devraient également connaître un ralentissement de la croissance.

a croissance du PIB réel dans les pays d'Afrique de l'Ouest devrait s’établir à 4,2 pour cent en 2009, enregistrant un ralentissement par rapport au taux de 5,4 pour cent enregistré en 2008 et 2007, avant de d’amorcer une reprise avec un taux de 4,6 pour cent en 2010. Les quotas de l'OPEP sur la production de pétrole et la baisse des investissements devraient causer un ralentissement du taux de croissance du Nigeria, les projections pour 2009 s’établissant à 4 pour cent. La plupart des autres pays de la région devraient également subir un ralentissement de la croissance des investissements publics et privés associés à la baisse des prix des marchandises et au déclin des transferts de fonds. Le Libéria et la Sierra Leone, cependant, devraient continuer de profiter de taux de croissance élevés étant donné que la reprise de la production après des années de conflit.

La croissance moyenne du PIB dans les sept pays d'Afrique centrale a enregistré un taux de 5 pour cent en 2008, en hausse par rapport au taux de 4 pour cent de 2007. En 2009, la croissance du PIB devrait ralentir fortement s’établissant à 2,8 pour cent et augmenter pour se placer à 3,6 pour cent en 2010. La réduction de la demande de pétrole et de minerais risque de freiner la croissance des pays riches en ressources.

Le taux de croissance moyen prévu pour l'Afrique de l'Est est de 7,3 pour cent en 2008, en baisse par rapport à la très forte croissance de 8,8 pour cent en 2007. La performance de la région devrait ralentir à 5,5 pour cent en 2009 et rester à peu près la même en 2010. L'Ethiopie, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie et l'Ouganda - qui étaient les économies à plus forte croissance en l’Afrique de l'Est pour 2008 – devraient maintenir une croissance modérément forte en 2009 et 2010 du fait de la moindre sensibilité aux effets de la crise de la demande pour leurs principales exportations agricoles et horticoles. La phase de stagnation que connaissaient les Comores et les Seychelles devrait se poursuivre, du fait de la dépression du tourisme causée par la récession mondiale et, dans le cas des Comores, en raison des troubles civils. La croissance de Djibouti, qui a enregistré 5,9 pour cent en 2008, devraient s'accélérer en 2009 et en 2010, avec un taux de près de 6,6 pour cent. Le Kenya devrait présenter une forte croissance en 2009 (5 pour cent) en raison de la reprise de la demande intérieure qui fait suite au net ralentissement de 2008.


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