Reprise des économies africaines prévue en 2015, malgré les incertitudes à l’échelle mondiale

27/05/2015
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La 14e édition du rapport Perspectives économiques en Afrique 2015, publiée le lundi 25 mai à Abidjan, Côte d’Ivoire, en marge des 50èmes Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), prévoit que les économies africaines enregistreront une croissance forte en 2015, atteignant 4,5 % en 2015 voire même 5 % en 2016, une augmentation significative par rapport à 3,9 % enregistré en 2014 et à 3,3 % enregistré à l’échelle mondiale.

Une telle prévision annonce une croissance forte, en dépit des phénomènes antagoniques  qui ne cessent de frapper les économies à l’échelle mondiale et régionale, comme notamment la baisse des prix des produits de base et l’impact de l’épidémie de l’Ebola.  

La chute des prix du pétrole à l’échelle mondiale devrait également soutenir la croissance des pays importateurs nets de pétrole en galvanisant la demande des consommateurs et la compétitivité, et en atténuant les pressions inflationnistes.  

Le rapport, dont le thème central est « Développement territorial et inclusion spatiale », démontre par ailleurs que la plupart des économies africaines jouissent désormais d’une diversification économique bien plus grande — un changement au sein de l’économie africaine où l’agriculture, la construction et les services jouent un rôle plus important qu’auparavant.

Cette perspective générale positive reste cependant assombrie par les retombées de l’épidémie mortelle de l’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest, où les perspectives économiques dans les domaines du tourisme, des services et de l’aviation ont été freinées en raison du risque perçu d’exposition au virus. 

Outre la chute du prix des matières premières et les incertitudes à l’échelle mondiale, les conséquences de l’épidémie de l’Ebola en Afrique de l’Ouest et l’instabilité de la vie politique intérieure pourraient retarder le retour prévu aux niveaux de croissance d’avant 2008. 

« Les pays africains font preuve d’une résilience considérable face à la diversité économique mondiale. Pour que la croissance à venir soit durable et source de transformation, il faudra que ses bienfaits soient partagés de manière équitable parmi la population et que les gouvernements continuent à maintenir des politiques en faveur de la stabilité économique », a déclaré Steve Kayizzi- Mugerwa, économiste en chef en exercice et vice-président de la Banque africaine de développement. 

Ce rapport est le fruit d’une publication conjointe entre la Banque africaine de développement, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Selon le rapport, la totalité de l’investissement étranger sur le continent devrait atteindre 73,5 milliards de dollars US en 2015, avec pour cible les marchés de consommation des grands centres urbains.

Les envois de fonds de la diaspora africaine ont sextuplé depuis 2000 et on estime qu’elles atteindront un montant de 64,6 milliards de dollars US d’ici à fin 2015. 

D’autre part le rapport montre que l’emprunt souverain de l’Afrique augmente rapidement, témoignant ainsi d’une confiance accrue de la part des investisseurs. 

Cependant, le rapport souligne que cette nouvelle source de financement doit être accompagnée d’une prudence macroéconomique, afin que des niveaux de dettes durables puissent être maintenus.

Le développement humain s’améliore en Afrique, en dépit des indicateurs montrant que la pauvreté demeure largement présente dans les pays à revenus faibles et intermédiaires.

« Une croissance inclusive et durable constitue un aspect fondamental du programme de développement pour la transformation économique et sociale de l’Afrique post-2015 », a déclaré Ayodele Odusola, économiste en chef et directeur de l’équipe chargée de la stratégie et des analyses au Bureau régional pour l’Afrique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Et d’ajouter : « Nous devons investir dans le renforcement des opportunités économiques, y compris au niveau local, en particulier pour les jeunes femmes et les jeunes hommes qui sont les architectes de l’Afrique de demain ».

Le rapport montre que les gains économiques sont inégaux entre les régions et au sein même des pays et que, en dépit des taux de croissance élevés, ils sont vulnérables aux contretemps causés par les risques sanitaires, environnementaux et sociaux.

Plus particulièrement, le rapport montre que l’épidémie à virus de l’Ebola a sérieusement affecté les populations et les économies de la Guinée, du Liberia, de la Sierra Leone et de leurs voisins en Afrique de l’Ouest. En outre, l’inégalité de l’intervention internationale n’a fait qu’exacerber leurs difficultés. 

Il souligne que l’épidémie de l’Ebola a mis en évidence l’insuffisance de services sociaux dans plusieurs pays d’Afrique, notamment en matière de services de santé, ainsi que la fragilité de leurs institutions.

« Ce qu’il faut retenir avant tout c’est que l’on ne peut pas améliorer l’équité, la protection sociale et les interventions d’urgence lors des catastrophes nationales sans la présence d’institutions nationales solides et fiables », mentionne le rapport en partie.

Bien qu’en 2014 le niveau de tensions sociales et de la violence ait reculé dans de nombreuses régions d’Afrique, les conséquences de la guerre sont toujours évidentes, notamment avec les conflits qui persistent en République centrafricaine, en Libye, au Nigéria et au Sud-Soudan. Les populations et les moyens de subsistance ont été sérieusement affectés.

D’après le rapport, « il existe un besoin évident et urgent de favoriser une croissance plus inclusive ainsi qu’une participation politique plus large dans le but de réduire la privation qui a tendance à alimenter les rébellions et les conflits ».

Pour la première fois, Perspectives économiques en Afrique place les changements démographiques et les dynamiques spatiales au cœur du débat plus général relatif à la création d’opportunités professionnelles de qualité pour les jeunes.

En 2050, l’Afrique comptera plus de 2 milliards d’habitants, soit environ 25 % de la population mondiale, contre 15 % aujourd’hui. La plupart d’entre eux vivront en Afrique subsaharienne où la population devrait, selon les projections, tripler. De telles circonstances pourraient offrir une opportunité sans précédent : les rapports de dépendance, qui augmentent depuis les années 80, pourraient tomber à 0,6 en 35 ans.

« Les économies africaines pourraient tirer profit de la mobilisation du vaste et extraordinaire potentiel encore inexploité de leurs diverses régions. En plaçant les populations et les régions au centre des politiques, la compétitivité de l’Afrique et le bien-être des Africains peut s’améliorer », a déclaré Mario Pezzini, directeur du Centre de développement de l’OCDE.

Les villes se développeront rapidement, mais, contrairement aux transitions démographiques récentes constatées ailleurs, les communautés rurales en feront de même.

« Pour tirer profit de cet atout démographique afin de générer une croissance inclusive et durable, il faudra exploiter le potentiel des économies locales qui ont trop souvent été négligées. Il faudra aussi mettre en place des politiques adressant les écarts qui apparaîtront entre les centres urbains se développant rapidement et leurs arrière-pays », spécifie le rapport.

Le rapport Perspectives économiques en Afrique (PEA) est produit chaque année conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), le Centre de développement de l’OCDE et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Pour obtenir une version complète du rapport comprenant les statistiques et les fiches des 54 pays individuels, veuillez consulter le site www.africaneconomicoutlook.org