Les économistes africains débattent de l’impact du cumul des emplois chez les médecins sur la qualité des soins de santé

04/11/2015
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Les mauvaises conditions de travail des médecins, infirmiers et techniciens sanitaires ont un impact important sur la qualité des soins de santé, car elles poussent les soignants à cumuler plusieurs emplois.

Ce thème était au centre d’un débat tenu par des experts invités à la dixième édition de la Conférence économique africaine, organisée du 2 au 4 novembre 2015, conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement.

Il s’agit là de la conclusion d’un nouveau travail de recherche mené par Gaston Brice Nkoumou Ngoa, un économiste de l’Université de Yaoundé, qui attribue la pratique consistant à passer d’un emploi à un autre à l’irrégularité du versement des salaires des soignants.

Son étude sur les revenus du travail des prestataires de soins de santé cumulant plusieurs emplois dans les centres urbains du Cameroun s’est penchée sur le cas de 827 soignants ; ces derniers justifient leur travail au noir par les faibles rémunérations de leur emploi principal. D’après l’étude, 24 pour cent des soignants occupaient un second voire un troisième emploi.

Toutefois, 74 pour cent des prestataires de soins de santé se cantonnent fidèlement à un unique emploi. L’étude des comportements sur le marché du travail et les réponses aux évolutions des salaires s’est concentrée sur les soignants, dont 11 pour cent étaient des médecins, 54 pour cent des infirmiers/ères et 22 pour cent des techniciens sanitaires et employés de laboratoire.

Le chercheur s’est exprimé ce mardi lors de la séance intitulée « Promouvoir l’inclusion sociale en Afrique », au cours de la 10e Conférence économique africaine qui se tient à Kinshasa. Selon lui, le cumul de plusieurs emplois affecte la capacité des personnes les plus démunies à obtenir des soins de santé.

« Les prestataires de soins se comportent différemment sur le marché du travail. Ils cherchent avant tout des postes bien rémunérés et cumulent des emplois pour des raisons financières. Ceci s’explique par le sentiment d’insécurité dans leur emploi principal », a indiqué Ngoa.

Selon lui, certains prestataires cumulent un second emploi non pas pour prodiguer des soins, mais dans le but d’extorquer de l’argent aux gens et d’avoir un accès garanti à des formes illicites de gains ainsi qu’à des pots-de-vin.

Gaston Brice Nkoumou Ngoa attribue l’explosion du recours aux seconds emplois aux baisses de salaires ciblant les fonctionnaires et à la dépréciation du taux de change dans les années 1990, qui ont affecté le revenu des ménages.

Son article plaide en faveur de l’élimination de cette pratique, car elle a un effet de distorsion sur le marché du travail et de l’emploi et affecte la prestation des soins.

« L’incidence de ce type de pratique est importante. Ceux qui ont un second emploi sont également ceux dont les revenus sont les plus faibles, pour la plupart des infirmiers, et leurs conditions de travail se détériorent. Les politiques publiques devraient décourager cette pratique en offrant une gratification financière à celles et ceux prêts à ne garder qu’un unique emploi ».

Pour le représentant du PNUD Isiyaka Sabo, cette étude du marché du travail est une nouvelle avancée de la science économique ; elle montre que les horaires de travail indus encouragent les prestataires de soins de santé à chercher un second emploi, ce qui signifie que les revenus tirés de ces emplois restent faibles.