L'acquisition des terres doit bénéficier aux agriculteurs africains

02/11/2012
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Les gouvernements africains doivent utiliser les revenus qu’ils tirent de la location des terres de leur pays aux investisseurs étrangers pour subventionner les coûts de modernisation des méthodes culturales de leurs agriculteurs de leurs pays, pour bâtir des infrastructures et améliorer la production.

Selon un document présenté jeudi, troisième jour de la Conférence économique africaine tenue à Kigali au Rwanda, l'acquisition de terres agricoles en Afrique par les investisseurs étrangers des secteurs public et privé est en train de progresser et nuit aux agriculteurs locaux - les transferts  concourant à des conflits internes sur l'utilisation des terres.

Ceux qui s’élèvent contre cette état de choses font référence à ces acquisitions comme correspondant à de l'accaparement de terres, en raison du fait que les conditions des contrats sont négociées par le gouvernement central du pays hôte, souvent sans le consentement de la population locale.

Les chercheurs ont proposé qu’une partie des fonds recueillis soit utilisée pour investir dans des infrastructures, telles que des barrages, ce qui permettra de cultiver par irrigation et de construire des routes pouvant mieux relier les fermes aux marchés et réduire ainsi les coûts de transport.

L'acquisition de terres agricoles par les investisseurs étrangers est également considérée comme amenant une réduction des terres cultivables pour les agriculteurs locaux. De plus, l'ensemble des produits cultivés est exporté, ce qui pourrait aboutir à créer une insécurité alimentaire dans la région.

« Le gouvernement doit parvenir à donner un sens aux transactions foncières, à augmenter les incitations et à moderniser les façons dont les activités agricoles sont pratiquées », a déclaré Gaston Gohou , du CESS Institute de Côte-d'Ivoire, qui a présenté le document « Acquisition des terres en Afrique : menace ou opportunité pour la population locale ? » (“Land Acquisition in Africa: Threat or Opportunity for Local Population?”).

Dans la plupart des économies d'Afrique subsaharienne, soit les terres des régions rurales sont détenues par l'État, soit leur propriété s'appuie sur des droits coutumiers, non sur des titres de propriété officiels.

Les chercheurs ont indiqué que cela entravait l’activation des marchés fonciers et empêchait l'acquisition de terres pour les agriculteurs les plus productifs, étouffant en conséquence la productivité agricole.

Les investissements directs étrangers (IDE) restent nécessaires pour l'Afrique. Toutefois, selon les analystes, la réduction des terres disponibles pour les agriculteurs locaux attise les critiques reposant sur l’argument qu’elle sape le bien-être de la population locale.

Le gouvernement a la capacité de négocier des transactions foncières lucratives avec les investisseurs étrangers et il est disposé à le faire.

« Mais la crainte réside dans le secret qui entoure la signature des transactions. Les citoyens ne savent jamais où vont les recettes et il semble que le gouvernement accapare les terres des agriculteurs du pays », a indiqué M. Gohou.

Il a été déclaré à la conférence que, si les gouvernements veulent devenir redevables envers la population locale, il faut alors qu’ils gardent une transparence dans la manière dont ils utilisent le produit des transactions provenant d'investissements fonciers. Ils doivent s'assurer que les IDE effectuées dans les terres agricoles génèrent, directement ou indirectement, des possibilités d'emploi suffisantes pour les personnes du pays ayant été déplacées.

Tandis que l'acquisition des terres agricoles par les investisseurs étrangers est présentée par ceux qui la critiquent comme une saisie des terres, les partisans de cette pratique affirment qu'il s'agit au contraire d'une situation bénéfique à tous, dans la mesure où la capacité à négocier des transactions foncières lucratives avec des investisseurs étrangers devrait profiter aux populations locales. Toutefois, le présentateur de l’exposé a prévenu que la situation « gagnant-gagnant » ne pourra se concrétiser que dans la mesure où les gouvernements négociant les transactions en matière d'investissement foncier deviennent redevables envers les communautés concernées par ces dernières.

Le Mali a fait figure d'exemple, avec bon nombre de communautés locales touchées par l'acquisition étrangère de terres agricoles des petits exploitants. Les populations locales doivent faire face à des perturbations et à des menaces graves pour leurs moyens de subsistance, en raison de leur faible aptitude à s'organiser socialement.

Il se pourrait que les gouvernements africains qui ont négocié ou négocient actuellement des contrats d'affermage avec les investisseurs étrangers n’agissent pas dans le meilleur intérêt des communautés menacées, a soutenu M. Gohou. Il a fait ressortir que tant les détracteurs que ceux qui soutiennent les IDE dans les terres agricoles africaines, y compris les organismes internationaux comme l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), s'accordent à dire que, sous réserve d'être correctement réalisés, les IDE dans les terres agricoles peuvent engendrer une situation bénéfique à la fois aux investisseurs et aux communautés ciblées.

Selon les conclusions du document, ceux en faveur de l'acquisition des terres soutiennent qu'en Afrique de grandes zones de terres adéquates sont inexploitées ou sous-exploitées, ce qui signifie que leur affermage ou leur vente à des investisseurs étrangers ne devrait pas nécessairement conduire à des déplacements en masse des petits exploitants.

Une étude de 2009 émanant de la FAO, par exemple, pousse à penser que les petits exploitants déplacés peuvent simplement évoluer vers un emploi rémunéré, soit directement auprès des sociétés étrangères louant leurs terres agricoles, soit indirectement par le biais des réseaux créés en amont et en aval par les transactions d'investissement foncier.

En attendant, les revenus des terres agricoles affermées aux investisseurs étrangers pourraient être réinvestis dans la communauté locale, de sorte que les moyens de subsistance de la population locale s’en trouveraient améliorés. L’on pourrait bien illustrer cette situation par le subventionnement d'intrants commerciaux utilisés par les agriculteurs locaux, qui serait capable ainsi d’accroître la productivité agricole.

La Conférence économique africaine est une rencontre annuelle organisée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), la Banque africaine de développement (BAD) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Initiée il y a sept ans, la conférence s'est déroulée en 2012 du 30 octobre au 2 novembre 2012, sur le thème « Développement inclusif et durable à l'ère de l'incertitude économique » (“Inclusive and Sustainable Development in an Age of Economic Uncertainty“).