Les gouvernements africains doivent améliorer l’image de leurs universités, jugent des experts

04/11/2014
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Les universités africaines sont à la traîne, loin derrière leurs homologues du reste du monde. Parce que les gouvernements ne consentent pas à investir suffisamment dans les infrastructures et équipements qui permettraient de mener des recherches créatives et innovantes.

Ce sujet a fait l’objet d’un débat, dimanche 2 novembre 2014, dans le cadre de la Conférence économique africaine, une rencontre co-organisée chaque année par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Au cours d’une table ronde sur le thème « Les universités africaines, vecteurs d’innovation et du développement », Steve Kayizzi-Mugerwa, économiste en chef et vice-président par intérim de la BAD, a appelé les gouvernements du continent à tirer parti de l’intérêt croissant pour l’enseignement supérieur, en investissant les normes internationales pour les universités.

« Dans certains pays d’Afrique, des établissements qui ont le nom d’université suscitent un intérêt croissant. Dans certains pays que je ne mentionnerai pas, j’ai trouvé une dizaine d’établissements auxquels le mot “université” était accolé. Ces établissements ne manquent pas d’attirer du monde, car tout le monde veut une éducation, mais ils ne semblent pas privilégier la qualité », a déploré Steve Kayizzi-Mugerwa.

« Des Africains payent cher pour décrocher des diplômes, mais souvent ils constatent que ces titres universitaires ne leur servent à rien. Il faudrait donc former une coalition entre le gouvernement et le secteur public pour créer dans les pays des universités qui respectent les normes internationales et qui dispensent le type d’enseignement auquel aspirent les Africains, sans être cotraints de se rendre à l’étranger ».

Abdelkader Derbal, professeur à l’université d’Oran, en Algérie, a mentionné l’intérêt que manifesteraient des entrepreneurs pour investir dans l’enseignement supérieur. Et d’ajouter que les gouvernements ont un rôle à jouer, en repérant les investisseurs potentiels et en définissant des politiques susceptibles de créer des environnements porteurs pour un apprentissage novateur.

« Nous ne cherchons pas à ce que toutes les bonnes universités en Afrique soient des établissements publics, car cela pourrait étouffer la faculté d’innovation et la course à l’excellence. Les gouvernements doivent faciliter la tâche des entrepreneurs privés, voire s’associer à eux, pour créer des universités de pointe capables de rivaliser avec celles d’Amérique et d’Europe », a-t-il dit.

La collaboration avec les universités occidentales doit être privilégiée, a affirmé le professeur Angelo Antonio Macuacua, vice-recteur de l’université Eduardo Mondlane, au Mozambique. La plupart des universités africaines n’étant pas équipées pour mener des travaux de recherche de qualité, a-t-il reconnu, elles devraient signer des accords avec des universités occidentales afin de déboucher sur des programmes d’échanges, aussi bien pour les professeurs que pour leurs élèves.

« De nombreuses universités poursuivent des programmes d’échanges, mais ils doivent devenir plus fréquents encore. Nous ne pouvons rivaliser directement avec les universités occidentales parce que celles-ci ont eu le temps de devenir les institutions fortes qu’elles sont aujourd’hui. Nous ne sommes pas obligés de passer par les mêmes étapes qu’elles, mais nous pouvons collaborer avec elles et partager leurs équipements, pendant que nous bâtissons l’épine dorsale de nos universités ».

Par ailleurs, pour que progressent la recherche et l’innovation au sein des universités africaines, l’évaluation de la performance des diplômés doit aller au-delà de l’obtention de bonnes notes et tenir compte également de l’esprit d’innovation dont il est fait preuve, estime le professeur George Yobe Kanyama-Phiri, de l’université du Malawi.

« Des enquêtes ont montré que les chargés de cours en Afrique ne sont pas souvent disponibles pour aider leurs élèves quand ceux-ci en ont besoin, et que cela s’explique surtout par leur faible nombre par rapport à celui des étudiants. » Et de déplorer « que les méthodes d’enseignement dans de nombreuses universités ne laissent guère place à l’innovation ».

« Évaluer la performance n’est pas une tâche aisée. Cependant, nous devons créer des systèmes qui ne soient pas rivés sur des performances numériques, mais plutôt sur l’innovation ».

D’après le classement mondial des universités 2014 de l’organisation britannique Quacquarelli Symonds, l’université du Cap, en Afrique du Sud, occupe le premier rang sur le continent africain. Mais la 141e position mondiale.