Gestion et prévention des conflits : les dirigeants africains appellent à une approche harmonisée

23/05/2014
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Un panel de haut niveau comprenant d’anciens dirigeants africains, dont Olusegun Obasanjo du Nigeria et Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud, a recommandé que les pays africains développent un mécanisme d’alerte rapide qui les aidera à empêcher les conflits.  C’était le 22 mai 2014 à Kigali, au Rwanda à l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).

Le président de la BAD, Donald Kaberuka, le président rwandais, Paul Kagame, et l’ancien dirigeant du Botswana, Festus Mogae, étaient de la session. Dans les échanges, la nécessité d’améliorer les systèmes de gouvernance et de remédier au manque de leadership dans la résolution des conflits profonds sur le continent africain a été soulignée.

« Une fois  les systèmes d’alerte rapide établis, il sera possible de se débarrasser des conflits. Mais tout ceci dépend des dirigeants », a déclaré  Obasanjo lors d’une session présidée par Kaberuka autour du thème : « Mettre fin aux conflits et consolider la paix en Afrique : un appel à l’action ».

Kaberuka a dit aux délégués que, lorsqu’on tente d’analyser les défis qui s’imposent actuellement aux États fragiles en Afrique, comme le Soudan du Sud et la République centrafricaine, on se rend compte que le problème provient avant tout d’un manque de leadership.

Pour certains participants,  la mauvaise gestion des ressources naturelles comme le pétrole et le gaz serait la cause fondamentale de certains conflits.

Kaberuka a notamment évoqué le paradoxe  que  lorsque les conflits ont éclaté au Soudan du Sud, le Conseil d’administration de la BAD  approuvait le même jour un budget de 25 millions de dollars  pour électrifier la ville de Djouba.

Kaberuka a estimé que malgré le déficit en infrastructures les nouveaux dirigeants au Soudan du Sud déploient de gros efforts  pour stimuler l’économie nationale.

De son côté,  Paul Kagame a appelé à des initiatives coordonnées de prévention des conflits à travers l’Afrique et à leur connexion à l’architecture régionale et continentale pour en maximiser l’efficacité.

« En tant que dirigeants africains, nous n’avons pas besoin d’être invités où que ce soit pour résoudre nos problèmes.  Mais, auparavant,  nous devons nous rassembler pour faire état de la situation réelle », a indiqué Kagame.

Évoquant le contexte actuel de la sécurité au Nigeria, il a déclaré que, « Si nous (les Africains)  analysons bien les causes des conflits, personne d’autre ne peut les résoudre à notre place ; car nous serons à même  d’en traiter la cause profonde ». Il a ajouté que ce sont les dirigeants africains eux-mêmes qui devraient s’attaquer aux causes sous-jacentes des conflits.

Dans cette même logique, l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, a fait remarquer que les « défis complexes » émanant de la nature changeante de la violence ne peuvent plus être surmontés avec l’ancien « concept de respect de la loi et du maintien de l’ordre public ».

« Lorsque l’on considère ce qui se passe en République centrafricaine et au Soudan du Sud, on peut facilement conclure qu’il s’agit là d’un manque de leadership », a indiqué Mbeki.

Il a souligné  que déployer des forces de sécurité pour imposer la paix n’est pas viable, tant que les causes profondes des conflits n’auront pas été résolues.

La ministre rwandaise des Affaires étrangères et de la Coopération, Louise Mushikiwabo, a mis l’accent sur la nécessité de prendre des mesures radicales pour s’attaquer aux conflits dans certaines régions d’Afrique. « Mais le développement économique, à travers la satisfaction besoins essentiels  des populations, est une condition sine qua non  dans le règlement des conflits », a-t-elle souligné.