Alimentation : un appel à accroître les investissements en Afrique

23/05/2016
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Au premier jour des Assemblées annuelles 2016 de la Banque africaine de développement (BAD) qui se tiennent à Lusaka, des personnalités africaines de haut vol – parmi lesquels des philanthropes et entrepreneurs –, ont appelé à investir massivement dans la lutte contre la malnutrition en Afrique. Cet appel fait suite à la publication par le Groupe mondial sur l’agriculture et les systèmes alimentaires pour la nutrition, de nouvelles données économiques. Celles-ci révèlent qu’augmenter les investissements afin d’atteindre l’objectif de l’Assemblée mondiale de la santé consistant à réduire de 40 % le retard de croissance des enfants de d’ici 2025 pourrait générer 83 milliards de dollars EU de PIB en plus dans 15 pays d’Afrique subsaharienne.

Ainsi, le Nigeria à lui seul gagnerait 29 milliards de dollars EU de revenu national, soit un ratio bénéfice-coût de 17 pour 1 pour les investissements supplémentaires.

« La nutrition n’est pas seulement une question de santé et de progrès social, c’est un investissement qui façonne la croissance économique de toutes les nations africaines », a déclaré le président de la BAD Akinwumi Adesina, lors d’un débat qui a réuni des décideurs influents, des philanthropes et des entrepreneurs, sur la manière dont l’Afrique peut parvenir à la sécurité alimentaire grâce à une hausse des investissements et des partenariats entre les secteurs public et privé.

Pour que les gens puissent sortir de la pauvreté, il faut d’abord investir dans le développement de la matière grise, véritable moteur du progrès, a déclaré le président Adesina. Avant d’ajouter : « Si, aujourd’hui, nos enfants souffrent d’un retard de croissance, ce sont nos économies qui souffriront d’un retard de croissance demain ». « Mais si les enfants africains sont nourris et en mesure de grandir, d’apprendre et de mieux gagner leur vie, nous pourrons libérer le potentiel de tout le continent ».

Le nouveau cadre d’investissement spécifique à la nutrition en Afrique de la Banque mondiale et l’institut Results for Development qui a été dévoilé durant l’événement et révèle les coûts liés la réalisation des objectifs de l’Assemblée mondiale de la santé (AMS) pour résoudre les problèmes de retard de croissance, d’atrophie, d’anémie et d’allaitement.

Pour y parvenir, il faudrait y consacrer près de 2,7 milliards de dollars EU par an d’investissements supplémentaires pendant 10 ans – 1,8 milliard de dollars EU environ par an des bailleurs de fonds et 750 millions des gouvernements africains.

« La malnutrition reste un obstacle majeur au développement dans nombre de pays africains. Mais nous nous sommes mis d’accord sur les objectifs à atteindre, ainsi que sur le plan d’action à adopter », a déclaré Kofi Annan, président de la Fondation éponyme, qui prenait part au débat.

« Une mesure essentielle à prendre pour parvenir à la sécurité alimentaire est de transformer le secteur agricole du continent, parce qu’il ne s’agit pas seulement de la quantité de nourriture que nous produisons, mais aussi du type d’aliments que nous mangeons », a-t-il ajouté. Tout en louant les efforts déployés en ce sens actuellement, Kofi Annan est revenu sur le rôle que joue l’agriculture dans l’éradication de la malnutrition : « L’agriculture doit avoir un objectif de nutrition ». Et de préciser espérer  collaborer avec le groupe African Leaders for Nutrition (« Leaders africains pour la nutrition ») nouvellement créé, pour travailler sur des systèmes agricoles et agroalimentaires variés, efficaces et solides, qui répondent aux besoins nutritionnels spécifiques de chacun des pays et des communautés.

 John Kufuor, ex-président du Ghana et co-président du Groupe mondial sur l’agriculture et les systèmes alimentaires pour la nutrition dirigera l’African Leaders for Nutrition (ALN), a révélé l’intéressé lui-même. L’ALN entend rassembler les chefs d’État, les ministres des Finances et des décideurs de secteurs clés de tout le continent afin de favoriser une hausse des investissements dans le domaine de la nutrition.

Dans un message vidéo diffusé au cours de l’événement, Bill Gates, co-président de la Fondation Bill et Melinda Gates, s’est félicité de la création de l’ALN  et de l’impact qu’il pourra avoir en faveur d’investissements accrus dans la nutrition. « Avec les pays africains en chefs de file, nous pouvons accélérer les progrès de la lutte contre la malnutrition et libérer le potentiel des enfants partout dans le monde, a-t-il déclaré. « Nous avons mis au point un lot de mesures peut coûteuses qui, si on les applique à l’échelle mondiale, pourraient sauver 2,2 millions de vies et réduire de 50 millions le nombre d’enfants qui souffrent d’un retard de croissance dans les dix ans ». Il a fait observer qu’un engagement fort au plus haut niveau gouvernemental et de la part de l’ALN sont à même de jouer un rôle capital pour que la nutrition soit érigée au rang de priorité nationale.

Cette rencontre du 23 mai à Lusaka fait écho à la manifestation Investing in Nutrition (« Investir dans la nutrition ») au cours de laquelle Bill Gates s’est joint au président Adesina et à d’autres décideurs du monde de développement pour lancer le premier cadre de travail relatif à l’investissement dans la nutrition (le premier du genre à être créé), et exposer les résultats d’une nouvelle analyse révolutionnaire, qui donne aux défenseurs aux décisionnaires et de cette cause une feuille de route stratégique sur comment progresser plus vite dans la lutte contre la malnutrition. L’évènement avait eu lieu à Washington DC, dans le cadre des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, en avril 2016.

Ouvertes le lundi 23 mai 2016 à Lusaka, la capitale zambienne, les Assemblées annuelles de la BAD se déroulent jusqu’au 27 mai.