L’Afrique croule-t-elle sous les dettes ? Les Assemblées annuelles de la BAD passent les solutions en revue

01/06/2015
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Lors d’une table ronde, organisée en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan et consacrée aux options, aux obstacles et aux opportunités pour l’Afrique, les experts en matière de dette souveraine «ont mis les gouvernements en garde contre l’accumulation de dettes inutiles auprès des marchés obligataires internationaux.» 

Les intervenants, parmi lesquels d’éminents avocats spécialisés en dette souveraine et d’analystes de notation de crédit, ont souligné que «l’appétit récent et grandissant de l’Afrique pour le financement obligataire comme moyen de mobiliser des fonds soulevait des inquiétudes quant à la capacité du continent à gérer une dette durable.»

Actuellement, les niveaux de dette publique en Afrique sont largement bien en dessous des 50 % du PIB. En règle générale, pour les économies émergentes, 40 % du PIB correspond à une dette durable.

Cependant, la sonnette d’alarme récemment tiré par certains pays, dont le Ghana s’est avérée être le point d’intérêt central des débats de jeudi. Les experts ont prévenu que de nombreux États pourraient se retrouver au bord d’une crise de la dette s’ils n’étaient pas vigilants.

On estime désormais la dette publique croissante du Ghana à plus de 60 % du PIB national. Les experts affirment que la stratégie non durable du service de la dette du gouvernement pourrait pousser ce pays de d’Afrique de l’Ouest vers une crise de la dette.

« Les pays doivent savoir pourquoi ils empruntent. Il faut investir la dette dans des projets d’une valeur sûre appartenant à des secteurs qui dynamiseront la croissance économique », a déclaré Peter Sullivan, vice-président de Citigroup.

En 2000, les gouvernements africains avaient mobilisé plus de 1 milliard de dollars US auprès des marchés de capitaux ; et depuis 2006, au moins 12 pays africains ont émis un total de 15 milliards de dollars US en obligations souveraines. Cependant, l’inquiétude grandit : si cet argent n’est pas investi correctement, les problèmes commenceront à apparaître.

« On note beaucoup de dépenses inutiles dans de nombreux budgets africains dues à une gestion inefficace. Il faut donc favoriser un emprunt discipliné où les pays empruntent pour développer des secteurs, générateurs de profits, pour rembourser les dettes», a déclaré Aurélien Mali, conseiller analytique principal pour Moody.

Les experts ont souligné la nécessité pour les gouvernements de prendre en compte divers avis et d’écouter les conseils adéquats quant au type de dette qu’ils souhaitent contracter, avant même d’approcher les marchés. S’adressant aux participants, ils ont déclaré que seule cette manière de procéder permettrait aux pays en question d’éviter de se retrouver piégés.

Michel Atingi Ego, directeur adjoint du Fonds monétaire international pour la région Afrique, a déclaré qu’il n’était pas question de décourager les pays à accéder au financement obligataire, mais plutôt, selon tous les experts, d’inviter à la prudence et à des emprunts intelligents pour des investissements intelligents.

« À l’heure actuelle, aucun pays africain ne se trouve au bord d’une crise de la dette. Cependant, bon nombre d’entre eux se rapprochent des niveaux maximums d’endettement et cela signifie qu’ils auront des difficultés dans l’avenir proche à accéder aux marchés obligataires », a affirmé M. Atingi. 

Le ministre des Finances du Ghana, Seth Terkper, s’est joint au débat afin d’apaiser les craintes d’une crise de la dette, invitant expressément les participants à regarder au-delà des gros titres des agences de notations. 

Cependant, il les a mis en garde sur les conséquences du changement climatique qui pourraient entraver les perspectives économiques de nombreux pays africains qui ont soit déjà accédé aux marchés ou en ont l’intention.

« Les agences de notations ne prennent pas en compte dans leurs analyses des problèmes tels que les effets du changement climatique. Pourtant, ceux-ci ont de véritables conséquences sur l’économie. Dans le cas du Ghana, nos niveaux d’eau ont chuté à cause de la sécheresse, ce qui a affecté la génération d’énergie hydroélectrique avec comme conséquence un ralentissement de la croissance », a-t-il déclaré.

Le ministre s’est également voulu rassurant en affirmant que son pays était en mesure de gérer sa dette. Il a expliqué qu’un programme solide de gestion de la dette était actuellement mis en place et que les projets commerciaux pour lesquels de l’argent avait été emprunté commençaient à financer, par son intermédiaire, la dette souveraine sans accabler les contribuables.

La Facilité africaine de soutien juridique (ALSF), qui conseille plus de 30 gouvernements africains en matière de gestion de la dette souveraine, a organisé cette séance de discussion en partenariat avec la BAD.


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