Les médias africains encouragés à couvrir davantage les questions de développement

26/05/2015
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Les médias africains et leurs agences doivent oeuvrer, pour réduire l’écart entre leurs contenus et les enjeux de développement nationaux, ont souligné les journalistes, ce lundi, à Abidjan. 

S’exprimant lors de la conférence « Vox Populi Vox Dei : au nom de qui les médias africains parlent-ils ? », lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) qui se tiennent en ce moment dans la capitale ivoirienne, les intervenants ont exhorté les médias à couvrir davantage les enjeux de développement sur le continent qui reflètent les points de vue des citoyens ordinaires.

La spécialisation thématique a également été citée comme un moyen puissant de s’assurer que les médias restent bien informés et concernés. 

Dans son propos liminaire, la ministre de la Communication de Côte d’Ivoire, Affoussiata Bamba-Lamine, a souligné le rôle crucial joué par les médias dans l’autonomisation des citoyens ordinaires à l’aide d’informations issues de recherches sérieuses.

Les journalistes, a-t-elle expliqué, se doivent de couvrir les enjeux nationaux de manière équilibrée. Elle a fait remarquer qu’actuellement, la couverture médiatique ne tient pas compte de l’opinion des gens, car elle tend à être dominée par des questions politiques.

« Il faut apprendre aux journalistes à traiter d’autres sujets que la politique », a-t-elle déclaré, demandant que le professionnalisme soit encouragé au sein des médias africains.

Le paysage médiatique africain s’est élargi et est devenu très vivant ces dix dernières années, les médias numériques et les réseaux sociaux ayant introduit un nouvel élément qui a modifié la façon dont l’actualité est créée et consommée en Afrique. Toutefois, des recherches récentes de l’Initiative médiatique africaine (African Media Initiative: AMI) montrent que seuls 10 pour cent de la couverture médiatique africaine concernent des enjeux de développement. 

Outre la politique et les actualités nationales, tant la presse écrite que la radio et la télévision se consacrent essentiellement aux divertissements, à la mode et au sport.  

Pour sa part, Eric Chinje, le Directeur général de l’Initiative médiatique africaine (AMI), basée à Nairobi, considère que le manque de capacités professionnelles représente un problème crucial qui restreint le rôle positif joué par les médias dans la médiatisation des enjeux de développement sur le continent.

De plus, dit-il, les médias doivent faire face à des ressources limitées, à un environnement politique inamical, voire hostile, ainsi qu’à un accès limité aux nouvelles technologies. Néanmoins, en dépit de ces contraintes, Chinje s’est dit convaincu que les médias africains pourraient accompagner bien plus efficacement ce qui s’avère être la renaissance d’un continent, d’une part ; et qu’ils pourraient mieux contribuer au débat public et le modérer, davantage contribuer aux discussions à caractère social, économique et politique, et jouer un rôle plus important en définissant le programme de développement national et régional, d’autre part.

Bilkisu Labaran, experte médiatique, a souligné la nécessité d’un renforcement des capacités et de politiques médiatiques claires, ouvertes et transparentes pour faciliter le travail des médias. En outre, elle a fait observer qu’actuellement, la plupart des organes de régulation des médias des pays africains abusent de leur pouvoir pour contrôler les médias. Toutefois, elle a fait remarquer que les agences de développement devraient simplifier leur contenu afin de le rendre plus convivial et accessible aux journalistes.

Les intervenants ont encore souligné qu’il fallait que les médias sachent quel public ils souhaitent atteindre, et s’attellent à produire les produits voulus. Ils ont ajouté qu’il n’existait pratiquement aucune recherche concernant le marché médiatique sur la plus grande partie du continent, une lacune qui devrait être comblée au plus vite. 

Pourtant, ce sont les médias eux-mêmes qui posent le plus grand obstacle à la liberté de la presse, notamment en publiant un contenu assez éloigné des désirs des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs.

Par ailleurs, ils ne respectent pas toujours l’éthique de la profession, ils n’assurent pas toujours une prestation de qualité, et ils ne prêtent pas suffisamment attention à la dimension commerciale de l’industrie de l’information.