COP21 : Les ministres africains veulent un accord juridiquement contraignant

08/12/2015
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Les ministres africains de l’Environnement ont tenu une réunion de haut niveau, dimanche 6 décembre 2015, au Pavillon Afrique, en marge de la COP21, qui achève sa première semaine à Paris, en France.

Les ministres respectifs des 54 Etats d'Afrique ont été informés de l'état d'avancement de la Conférence des parties (COP21) et des questions clés qui doivent être abordées lors de l’avant-dernière séance de débats.

S’adressant aux ministres présents, Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, a souligné l’Afrique est particulièrement vulnérable aux effets des changements climatiques. L’essentiel de son économie dépend d’un stock de ressources naturelles sensibles aux effets du climat, dont une agriculture pluviale de subsistance.

« Nous avons adopté le Programme d'action d'Addis-Abeba sur le financement du développement au mois de juillet. Au cours d’une rencontre historique qui s’est tenue à New York, en septembre, nous avons adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et les 17 Objectifs de développement durables », a rappelé Ban Ki-moon. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, ici à Paris, les gouvernements ont l’occasion de parvenir à un accord mondial sur les changements climatiques, susceptible d’ouvrir la voie à un avenir plus sûr, plus sain, plus prospère et plus durable. »

Notant que la problématique du changement climatique pourrait être l’un des 17 ODD, le Secrétaire général de l’ONU a pointé le fait qu’aucun des 16 objectifs restants ne saurait être atteint sans d’abord s’attaquer à celle-ci..

« L’Afrique a de bonnes chances de s’adapter au changement climatique et de pouvoir en atténuer les effets, a déclaré Ban Ki-moon. L’Afrique a lancé l’Initiative pour l’adaptation en Afrique (Africa Adaptation Initiative) ainsi que l’Initiative pour les énergies renouvelables en Afrique (Africa Renewable Energy Initiative). Ces deux projets témoignent clairement de la volonté de l’Afrique de montrer l'exemple ». Et d’ajouter : « Grâce à la coopération, pays et régions peuvent accélérer le passage à des économies à faibles émissions de CO2 et résilientes aux changements climatiques, qui répondent aux besoins de développement des citoyens de manière durable. »

La finalisation de l’accord qui doit être conclu au terme de la COP21 est prévue pour vendredi 11 décembre 2015. Le Groupe des négociateurs africains sur le climat (AGN par sigle anglais), présidé par le négociateur en chef sud-africain, Xolisa Ngwadla, a identifié cinq domaines d'action prioritaires qui méritent un soutien politique pour parvenir à des résultats concrets.

Adaptation, ambitions, différenciation, flexibilité pour l’Afrique et financements figurent au nombre des enjeux politiques clé et transversaux majeurs.

L’équipe de l’AGN a également dit souhaiter que l’accord de Paris prenne la forme d’un protocole ou du moins de tout autre instrument juridiquement contraignant en matière de droit international.

« Cet instrument juridique doit englober toutes les questions de façon équilibrée et aller au-delà des obligations existantes de la Convention sur l’atténuation l’adaptation, les pertes et dommages, les financements, les techniques, les capacités et la transparence », a déclaré Selam Kidane, membre de l’AGN.

Xolisa Ngwadla a abondé dans le même sens : « Nous devons commencer par sur le même pied d’égalité l’atténuation et l’adaptation au plan matériel. Cette parité pour l’adaptation doit être entérinée dans l’accord de 2015, en procédant à la définition d’un objectif mondial en matière d’adaptation ».

L’accord de Paris doit tenir la promesse de protéger l’Afrique, juge-t-il, en démontrant que maintenir la hausse mondiale de la température en-deçà de 1,5° C est faisable.

« La Convention invite tous les pays à agir, en incitant les pays développés et les pays riches développés à, respectivement, donner l’exemple en matière de réduction des émissions et à appuyer les pays en développement. Elle inclut des dispositions spécifiques pour les pays qui ont des besoins spécifiques, comme pour l’Afrique, les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement. Cela devrait pouvoir se faire », a ajouté, en insistant, le négociateur en chef de l’AGN.

Il a appelé les ministres à prendre conscience que la hausse des températures en Afrique est supérieure à la moyenne mondiale, que le continent fait face à des problèmes de développement profonds et de pauvreté chronique, et qu’il est hors de question pour lui de détourner ses ressources du développement ou d’être exclu en bloc des financements octroyés dans la lutte contre le changement climatique.

« L’accord de Paris doit traiter de la transparence et de l’adéquation du soutien financier des pays développés en se basant sur l’analyse du déficit de financement. Les pays riches doivent être clairement tenus de continuer d’apporter leur soutien aux pays en développement. Nous devons doubler le Fonds vert pour le climat (FVC) et le tripler d’ici à 2020 », a déclaré le Malien Seyni Nafo, porte-parole de l’AGN.

À la fois ministre égyptien de l’Environnement et président de la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (dite AMCEN par acronyme en anglais), Khaled Fahmy a appelé l’Afrique à s’exprimer d’une seule voix pour s’imposer en tant que continent.

« Les statistiques dépeignent un avenir plutôt sombre pour l’Afrique. Le niveau de la mer a monté. Habitants et animaux se meurent. Les enjeux sont grands pour nous. Nous devons parler d’une même voix pour obtenir des solutions à ces problèmes », a déclaré le ministre Fahmy.

Chargée de l’Economie rurale et de l’Agriculture au sein de la Commission de l'Union africaine, Rhoda Peace Tumusiime a indiqué que, dans les années à venir, 200 millions d’Africains seront exposés à des pénuries d’eau, plaidant pour qu’un appui politique de taille y remédie.

Judi Wakhungu, la secrétaire de cabinet du ministre kenyan de l'Environnement, de l'Eau et des Ressources naturelles, a dit combien les ministres africains sont déterminés à trouver une solution pérenne aux effets du changement climatique.

« Les rendements agricoles devraient baisser de 50 %. D’après les projections Ce qui va conduire à la malnutrition et à des décès dus au paludisme en Afrique de l’Est et du Sud. Il nous faut trouver des solutions au changement climatique », a-t-elle ajouté.

Fatima Denton, qui dirige le Centre africain pour les politiques en matière de climat à la Commission économique pour l'Afrique (CEA), a plaidé pour un soutien international : « Mettons en place des programmes de développement durable pour sauver notre continent. Nous montrons l’exemple en tant que continent, et nos partenaires doivent nous soutenir financièrement car on sait que le pourcentage des émissions globales de l’Afrique est négligeable ».