Lever les obstacles liés à l’inclusion financière, l’autonomisation et l’accès à la terre des femmes africaines

05/11/2015
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Au cours d’un panel organisé dans le cadre de la 10e Conférence économique africaine à Kinshasa, mercredi 4 novembre 2015, quatre exposés ont mis en relief les obstacles relatifs à l’inclusion financière, l’autonomisation et l’accès à la terre des femmes africaines. Des solutions pour y remédier ont également été proposées.  

Maty Konte, chercheuse à l’Université des Nations Unies, a examiné l’impact de la discrimination fondée sur le genre dans l’accès au crédit. Selon elle, l’égalité des sexes et l’autonomisation économique des femmes font partie des principaux objectifs attendus de la réalisation du développement durable. Or, une étude menée de 1980 à 2010, note que la majorité d’entre elles sont, dans de nombreux pays en développement, toujours désavantagées, et ce de manière disproportionnée, si l’on considère les opportunités économiques et l’accès aux ressources.

Son analyse relève également qu’en Afrique subsaharienne notamment, de nombreuses femmes deviennent entrepreneurs par nécessité, à cause des discriminations fondées sur le genre qui prévalent sur le marché du travail. Par ailleurs, en raison du manque de formation et de compétences en gestion et en entrepreneuriat, un meilleur accès à des prêts et des crédits plus importants pourraient, pour ces femmes, ne pas se traduire par une amélioration de leurs résultats économiques.  « Les politiques visant à promouvoir un meilleur accès des femmes aux services financiers structurés peuvent potentiellement accroître le taux de croissance de l’économie. Ces politiques pourraient également contribuer à créer davantage d’emplois pour ces femmes » a-t-elle ajouté.

Promouvoir l’entrepreneuriat féminin et l’accès au crédit

Faisant écho à Maty Konte, Emmanuel Nwosu, du Département d’économie de l’Université du Nigéria à Nsukka, dans l’État d’Enugu, a mis en relief le rôle prééminent des femmes entrepreneurs et de l’accès au crédit dans le développement du Nigéria. Son étude indique que le gouvernement devrait mettre en place des structures de conseil et des services pour former des hommes et des femmes à l’entrepreneuriat.

Pour Emmanuel Nwosu, le manque d’accès au crédit et les mauvaises performances des entreprises de son pays et d’autres pays d’Afrique subsaharienne « sont une question préoccupante ». S’exprimant au sujet des contraintes à l’accès aux crédits commerciaux, il a mentionné, entre autres, les garanties, les formulaires de demande complexes et un accès asymétrique à l’information. « Pour soutenir la croissance des entreprises au Nigéria, il faut rendre l’accès au crédit structuré moins contraignant pour tous, notamment pour les femmes entrepreneurs. Et s’assurer que les entrepreneurs tiennent une comptabilité appropriée » a-t-il déclaré.

Nous sommes des acteurs majeurs du développement

La troisième étude a été présentée par Lonoi Maloiy, doctorante à l’Université d’Australie du Sud, et avait pour titre : « Patriarcat et contrôle des ressources : facteurs contribuant à la féminisation de la pauvreté au Kenya ». Elle examine le paradoxe dont souffrent les femmes africaines, qui, en dépit du fait qu’elles travaillent extrêmement dur, sont moins bien loties, non seulement en termes de revenus, mais également de bien-être et d’opportunités.

« Comme elles disposent de peu d’opportunités, les femmes sont obligées de s’engager dans des carrières mal rémunérées et mal considérées », a-t-elle souligné, expliquant que « deux tiers des pauvres en Afrique sont des femmes, bien que ces dernières fassent partie de ceux qui travaillent le plus dur dans le monde ».

Selon elle, « les nombreux obstacles que les femmes africaines rencontrent lorsqu’elles tentent d’avoir accès à une formation, une carrière ou des ressources économiques pourraient expliquer ce paradoxe ».

Tout en faisant valoir que la participation des femmes kényanes à l’emploi formel est faible, à peine 30 pour cent, Lonoi Maloiy reconnaît que cette situation n’est pas unique à son pays. « Les mêmes difficultés se retrouvent dans d’autres régions d’Afrique, où les femmes sont principalement employées dans le secteur informel ou dans des fonctions non rémunérées du secteur agricole ou en lien avec les tâches domestiques ».

D’après elle, ces obstacles trouvent leur origine dans certains facteurs politiques, sociaux et culturels, qu’il est important non seulement d’identifier, mais également de comprendre. « Une telle marginalisation a contribué à la sous-représentation des femmes dans l’emploi formel et la fonction publique décisionnelle, ainsi qu’à un accès insuffisant aux ressources financières et à la formation ».

Pour conclure, Lonoi Maloiy estime que des programmes éducatifs à l’attention des hommes pourraient contribuer à faire disparaître progressivement les comportements patriarcaux qui empêchent les femmes de faire des études et d’avancer dans leur carrière. « Les femmes sont des acteurs majeurs du développement. Notre participation pleine et entière déterminera l’efficacité et la pérennité des stratégies de développement ».  

Permettre aux femmes africaines d’accéder à la terre

D’après les chercheurs, le manque d’accès des femmes à la terre reste « l’une des questions les plus difficiles pour les femmes africaines », et la séance s’est largement penchée sur cette question clé.

« Améliorer l’accès des femmes à la propriété foncière aura un impact fondamental et transformateur sur les questions de genre », a indiqué Namizata Binaté Fofana, maître de conférences à l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan.

Elle a présenté un article intitulé : « Genre et économie politique de la terre en Afrique », qui souligne la nécessité d’adopter des approches innovantes allant au-delà des droits de propriété pour mettre en œuvre des stratégies efficaces de renforcement de l’accès à la terre en Afrique.

S’appuyant sur des exemples au Rwanda, en Éthiopie, en Ouganda, en Afrique du Sud, au Kenya et en Tanzanie, l’auteure appelle les gouvernements à prendre des mesures concrètes et à « passer des promesses politiques à l’action ». 

La Conférence économique africaine, organisée conjointement par la Banque africaine de développement, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, est une plateforme conçue pour rassembler les chercheurs, les responsables politiques africains et les agences de développement afin qu’ils discutent et dégagent des solutions répondant aux besoins en développement du continent.

La conférence a réuni plus de 250 économistes-chercheurs, responsables politiques, opérateurs du secteur privé et représentants de la société civile. Elle s’est déroulée du lundi 2 au mercredi 4 novembre 2015 à Kinshasa, sur le thème : « Lutter contre la pauvreté et les inégalités dans le cadre du programme de développement post-2015 ».