« Africa’s Next Challenge » : au cours d’un débat télévisé, Adesina, Kagame et Desalegn soulignent le besoin urgent d’alimenter l’Afrique en électricité

28/01/2016
Share |

« L’électricité est comme le sang qui coule dans vos veines. Le sang vous permet de vivre. Sans lui, vous mourez ». Ces propos du président de la Banque africaine de développement(BAD), Akinwumi Adesina, ont été formulés le jeudi 21 janvier à Davos, en Suisse, à l’ouverture d’un débat télévisé en direct ayant pour thème « Le prochain défi de l’Afrique » (Africa’s Next Challenge).

Outre le président de la Banque, le panel de discussion était composé de Paul Kagame, président du Rwanda, de Hailemariam Desalegn, Premier ministre de l’Éthiopie, de Hans Vestberg, président-directeur général du Groupe Ericsson et de Yemi Osinbajo, vice-président du Nigeria.

La veille, Adesina avait présenté le Nouveau pacte pour l’énergie en Afrique, une initiative de la BAD visant à fournir un accès universel à l’énergie d’ici 2025. Des responsables politiques et des chefs d’entreprise du monde entier, dont  Kagame, Desalegn, Kofi Annan, l’homme d’affaires nigérian Tony Elumelu et le chanteur-compositeur et philanthrope Bono étaient également présents le 20 janvier, lors de la présentation du Nouveau pacte et du Partenariat transformateur pour l’énergie en Afrique.

« Cent trente-sept ans après l’invention par Thomas Edison de l’ampoule à filament, un produit simple, l’Afrique est toujours dans le noir. Cela n’a pas de sens », a déclaré jeudi  Adesina. « Avec de l’électricité, vous pouvez développer des industries et créer des PME ainsi que des emplois. L’Afrique cessera alors d’être connue pour l’obscurité de ses villes. La lumière sera partout ».

Kagame,  pour sa part, a indiqué qu’il y avait une réelle volonté politique derrière le Nouveau pacte, et que l’investissement du secteur privé était crucial pour fournir de l’électricité en Afrique. « Les dirigeants politiques et les chefs d’entreprise conviennent qu’il est urgent d’agir », a déclaré le président rwandais. « L’énergie peut nous permettre de faire beaucoup d’autres choses, notamment développer différents secteurs d’activité en plus du secteur manufacturier. L’énergie est essentielle. En Afrique, nous avons un potentiel énorme dans diverses sources d’énergie. Tous les ingrédients sont là. Nous devons agir vite ». 

De son côté, Hailemariam Desalegn, Premier ministre éthiopien, a indiqué que l’absence d’accès universel à l’énergie entravait le développement de l’Afrique. « Les opportunités économiques en Afrique sont nombreuses et le continent est en train de devenir un pôle mondial de croissance. L’énergie est le principal problème de l’Afrique. Il s’agit d’obtenir une alimentation en énergie fiable qui rende l’industrialisation possible. Mon pays enregistre depuis douze ans un taux de croissance à deux chiffres. Le besoin en énergie croît de 25 à 30 %, ce qui dépasse le taux de croissance du pays. Cela signifie que nous devons développer très vite le secteur énergétique si nous voulons développer encore plus vite le pays ».

« J’apprécie le programme lancé par la Banque africaine de développement, ainsi que la vision de son Président », a poursuivi Desalegn. « L’Afrique dispose d’énormes ressources en énergie verte renouvelable. Nous devons tirer parti de ce potentiel dès à présent. Il faut que le secteur privé s’investisse dans le développement de ce potentiel ».

Hans Vestberg, président et directeur général du géant suédois des télécommunications Ericsson, présent en Afrique depuis 120 ans, a mis en avant deux facteurs essentiels à la croissance économique et au développement durable du continent. « Le premier est l’accès universel à l’électricité, qui est extrêmement important. L’autre est la technologie, qui se répand à travers tout le continent. Actuellement, 80 % des Africains ont un téléphone mobile, ce qui est étonnant étant donné la vitesse à laquelle cela s’est fait. Mais cela n’est rien par rapport à ce que nous allons voir dans les cinq prochaines années. Le nombre de personnes ayant accès à Internet en Afrique passera de 70 millions à 700 millions en 2021 ».

Ce bond technologique permet aux Africains et à leurs gouvernements de commencer à utiliser la technologie pour transformer l’industrie et la société, grâce à la prestation de soins de santé et de services d’éducation numériques, tous deux essentiels à l’inclusion. « L’Afrique jouit en ce moment d’une opportunité de développement unique » a déclaré Vestberg. « C’est pourquoi je suis très enthousiaste ».

Mais en premier lieu, il faut résoudre le problème de l’accès universel à l’électricité sur le continent, sont convenus les participants au débat.

« Environ 645 millions de personnes [en Afrique] n’ont pas accès à l’électricité », a déclaré le président Adesina. « 700 millions d’autres n’ont pas accès à une énergie propre pour faire la cuisine. Ce sont les chiffres dont nous avons connaissance, et nous pensons qu’ils sont inacceptables ».