La transformation de l’agriculture changera la donne pour l’Afrique en une décennie, déclare le président de la BAD

21/10/2015
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Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, en est convaincu, et il l’a souligné, lors de la séance inaugurale de la conférence de haut niveau de « Nourrir l’Afrique », à Dakar, mercredi 21 octobre : changer la donne économique de l’Afrique passera nécessairement par la mise en valeur de son potentiel agricole.

« Un plan audacieux pour transformer l'agriculture relancera la production alimentaire locale, allégera la facture des importations de denrées alimentaires, préservera les réserves de change, augmentera l'épargne nationale et garantira une stabilité macroéconomique et budgétaire solide », a-t-il déclaré.

Cependant, cela ne pourra se faire que si l’agriculture est enfin perçue comme une véritable entreprise commerciale, de nature à attirer des investissements privés sur toute la chaîne de valeurs agricoles – entreprises modernes de semences et d’engrais (organiques et inorganiques), mécanisation agricole, irrigation et gestion de l’eau, entreposage, bourses des matières premières, fabrication et transformation des produits alimentaires, logistique, stockage réfrigéré et transports.

Et le président Adesina de souligner la nécessité pour l’Afrique de tirer parti de la taille croissante de son marché agricole – qui devrait atteindre 1 000 milliards de dollars EU au cours des 15 prochaines années –, afin d‘ investir rapidement dans le développement de son secteur agroindustriel.

Il a fait état des progrès remarquables qu’ont accomplis le Kenya, la Tanzanie, le Ghana et l’Éthiopie sur le marché horticole mondial, y voyant la démonstration que des politiques bien conçues, des financements et un soutien aux infrastructures =, peuvent propulser l’Afrique au sommet des chaînes de valeur alimentaires mondiales.

Le président de la BAD a également évoqué ses propres interventions en faveur du secteur agroalimentaire au Nigeria, du temps où il en était le ministre de l’Agriculture, en collaborant étroitement avec le ministère des Finances et la banque centrale, afin de faciliter l’octroi de prêts bancaires dans ce secteur.

« Nous devons étudier d’un œil critique comment activer le financement commercial de l’agriculture, a-t-il dit. Les banques ne prêtent pas à l’agriculture, un secteur qui reçoit moins de 3 % du total des prêts bancaires en Afrique, alors même qu’il représente 70 % environ des emplois et plus de 40 % du PIB. Ce manque d’accès à des financements abordables conduit à un sous-investissement dans les technologies agricoles, dans la croissance agroindustrielle et dans les infrastructures ».

« En établissant des chaînes de valeur agricoles et en réduisant les risques des chaînes de valeur financières, l’Afrique pourrait lever des milliards de dollars sur ses propres marchés financiers et les investir dans les chaînes de valeur agricoles ».

Il a également expliqué comment le « Nouveau Pacte sur l’énergie pour l’Afrique », l’un des volets du programme de développement en cinq axes qu’il a dévoilé en septembre dernier, pourra contribuer à la transformation du secteur agricole et à le rendre attractif pour les jeunes et les femmes.

Le président Adesina a annoncé que la BAD travaillera avec d’autres partenaires à la mise en place d’une facilité de 300 millions de dollars EU en faveur des femmes en Afrique. Cette facilité servira à émettre des instruments financiers de mutualisation des risques destinés à lever 3 milliards de dollars EU de financements commerciaux et de microcrédits destinés aux femmes et à des entreprises dirigées par des femmes.

Il a affirmé qu’accorder plus d’intérêt aux technologies qui allègent le travail, dans le domaine de la transformation alimentaire notamment, permettrait aux femmes de consacrer du temps à des activités plus lucratives.

Concluant son discours, Akinwumi Adesina a déclaré que la transformation agricole de l’Afrique devrait, en l’espace d’une décennie, aboutir à éradiquer l’extrême pauvreté en Afrique, à mettre un terme à la faim et à la dénutrition sur le continent, à convertir l’Afrique en exportateur net de denrées alimentaires et à hisser le continent au sommet des chaînes de valeur mondiales.

Le président sénégalais Macky Sall a salué les initiatives courageuses du président de la BAD en faveur du développement de l’Afrique dans les cinq domaines que sont l’agriculture, l’énergie, l’intégration, l’industrialisation et la qualité de vie des populations africaines, déclarant que le continent tout entier se devait d’appuyer de telles initiatives, qui s’inscrivent dans la droite ligne de la vision du développement de l’Afrique.

« L’agriculture, c’est la vie », a lancé le président Sall, en notant que la diversité d’expertise des participants à la conférence était une garantie des résultats exceptionnels que celle-ci allait produire.

Auparavant, le Premier ministre de la République démocratique du Congo, Augustin Matata Ponyo Mapon, avait appelé à une nouvelle révolution agricole en Afrique, déclarant : « nous ne pouvons continuer d’utiliser des houes, des machettes et de mauvaises semences dans nos exploitations et escompter de bonnes récoltes ».

Il a suggéré de construire des routes de desserte et de créer des coopératives agricoles et des parcs agroindustriels, pour donner un nouvel élan au secteur agricole. Augustin Matat Ponyo Mapon a abondé dans le sens du président de la BAD, qui appelle à renforcer toute la chaîne de valeur agricole, jusqu’aux débouchés sur les marchés. « Pourquoi devrions-nous produire du cacao et importer des chocolats ? », a-t-il lancé.

La conférence de Dakar, qui se déroule sur trois jours, réunit plus de 400 participants – parmi lesquels des ministres de l’Économie, des Finances, de l’Agriculture, de la Planification, du Développement rural, du Commerce et de l’Industrie, ainsi que des gouverneurs de banque centrale, des décideurs des milieux d’affaires, des universitaires, des représentants d’organismes de promotion de l’investissement, des figures de la société civile et des médias, outre des experts du secteur agroindustriel.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.afdb.org/fr/dakagri2015

#DakAgri2015