L’agriculture doit cesser d’être une activité sociale pour devenir une activité économique, selon des experts

23/05/2014
Share |

Des experts du secteur agricole ont relevé le mercredi 20 mai 2014, au cours d’une séance interactive intitulée « De la ferme au marché », qu’un changement d’état d’esprit était primordial pour résoudre le problème de la faible production des cultures vivrières et des cultures de rente sur le continent. C’était à la faveur des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) qui ont lieu à Kigali (Rwanda).

Bien que l’Afrique dispose d’une main-d’œuvre importante dans le secteur agricole, (57 % de sa population active), elle est encore fortement dépendante des importations alimentaires. Cela signifie que les agriculteurs ne produisent tout simplement pas assez de denrées pour couvrir les besoins d’une population croissante, estimée à un milliard de personnes.

« Malgré la richesse de la biodiversité de l’Afrique et malgré le fait que la plupart des gens travaillent dans l’agriculture, la production est toujours très insuffisante. Les importations de denrées alimentaires en Afrique s’élèvent chaque année à 25 milliards de dollars EU, dont seulement un milliard en provenance de pays africains. Cela signifie que nous n’exploitons pas pleinement le potentiel de cet important secteur », a déploré le ministre de l’Agriculture du Nigeria, Akinwunmi Adesina.

« Il est grand temps que nous réalisions que l’agriculture ne peut plus être traitée comme une activité sociale ou un programme de développement normal. Elle doit être traitée et gérée comme une entreprise, car elle représente l’avenir du développement socio-économique de l’Afrique.»

Selon lui, il faut mettre l’accent sur les programmes de mécanisation et d’irrigation à travers tout le continent, invitant les gouvernements à davantage encourager et à accompagner le travail des agriculteurs.

« Nous devons réfléchir à la mécanisation de notre agriculture. L’irrigation des terres arables est toujours très faible en Afrique (3 %), et les agriculteurs utilisent encore majoritairement des houes pour cultiver leurs jardins. Nous devons utiliser des méthodes de production adéquates, qui augmentent la valeur et le volume de la production agricole », a-t-il expliqué.

Traitant de la commercialisation, Adesina a soutenu que  « les gouvernements doivent veiller à ce que les marchés soient prêts à recevoir les produits des agriculteurs. Ils doivent également enregistrer toutes les données biométriques concernant les agriculteurs dans leur pays, afin d’effectuer un suivi de leurs activités et connaître leurs difficultés. »

Selon le fondateur de la Fédération des agriculteurs d’Afrique orientale (EAFF), Philip Kiriro, les jeunes doivent être formés à développer des modèles d’entreprises agricoles qui non seulement créent des emplois, mais contribuent également de manière significative à nourrir le continent.

« Seuls 2 % des diplômés africains travaillent dans le secteur de l’agriculture. Nous devons en attirer davantage grâce à des mesures incitatives, et leur fournir des services de formation et de mentorat qui leur permettent de développer des modèles d’entreprises agricoles », a-t-il expliqué.

« Nous devons également encourager l’organisation des agriculteurs en coopératives et le développement des marchés de village, sans oublier de mettre en place des usines de traitement et des installations de stockage afin d’améliorer la chaîne de valeur des cultures. » a-t-il conseillé.

Le secteur de l’agriculture africain représente 15 % du Produit intérieur brut (PIB) et constitue la principale source de revenus pour 90 % de la population rurale.

Soutenir les chaînes de valeur agricoles est au cœur de la stratégie décennale de la BAD (2013-2022), mais les principales parties prenantes ne l’ont pas bien intégré, notamment les acteurs politiques.