Ancrer la confiance : Passer à la vitesse supérieure - Le président de la BAD, Donald Kaberuka

08/03/2011
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Evènement : Conférence Euromoney des investisseurs au Zimbabwe

La première remarque que je voudrais faire, c’est que, comme tout le monde ici présent, j’ai pu observer les extraordinaires progrès et l’évolution impressionnante que ce pays a connus en à peine deux ans. J’ai visité le Zimbabwe à deux reprises: avant l’Accord politique global et une autre fois après. Le chemin parcouru par ce pays mérite le respect. Je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour saluer tous ceux qui ont rendu cela possible. Pour la première fois en dix ans, le Zimbabwe n’a pas seulement enrayé son déclin, mais a relancé son économie.

Depuis la mise en place du Gouvernement d’union nationale en février 2009, l’hyperinflation a été jugulée et la discipline budgétaire restaurée. Après des années de déclin et de récession économiques, la croissance a rebondi de près de 8 %. C’est un exploit remarquable. Il montre bien le potentiel du Zimbabwe, la résilience de sa population et les sommets que le pays pourra atteindre si les conditions sont en place.

Avec le retour de la stabilité macroéconomique, la plupart des indicateurs économiques sont passés du rouge au jaune. Les perspectives économiques s’améliorent. Les secteurs clés, tels que le secteur minier et l’agriculture, sont en train de réagir. Les exportations ont augmenté et la balance des paiements s’est considérablement rétablie en 2010.

Comme je viens de le dire, les indicateurs économiques du Zimbabwe sont passés du rouge au jaune. Ils doivent maintenant passer du jaune au vert. Et j’en arrive ainsi à ma deuxième remarque : nous sommes tous d’accord pour dire que le Zimbabwe, naguère deuxième moteur de la croissance au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), a un potentiel bien plus élevé.

Même si le Zimbabwe a déjà réalisé des progrès considérables dans le rétablissement de la stabilité macroéconomique, il doit à présent consolider ces acquis et les traduire en une amélioration des conditions de vie de sa population. L’économie zimbabwéenne, qui est si prometteuse, peut et doit retrouver son niveau d’autrefois et même le dépasser. Évidemment, nous comprenons tous que le Zimbabwe et ses citoyens doivent déterminer eux-mêmes leur avenir. Les Zimbabwéens en sauront toujours plus que n’importe quel partenaire ou investisseur potentiel.

La plupart des personnes ici présentes comprennent parfaitement la complexité des problèmes auxquels le Gouvernement d’union nationale doit faire face. Mais, en tant qu’ami et partenaire du Zimbabwe, accordez-moi le privilège de faire l’observation suivante : les investisseurs, tant zimbabwéens qu’étrangers, recherchent certains éléments : une stabilité politique et économique durable, des politiques prévisibles, des droits de propriété clairs, des efforts visibles pour réduire l’incertitude et le coût des affaires. Si ces éléments sont réunis, je vous garantis que les investisseurs seront au rendez-vous.

Vous savez aussi bien que moi que les investisseurs étrangers recherchent ces choses partout, et pas seulement au Zimbabwe. Ainsi, puisque nous sommes en situation de concurrence (et par nous, je veux dire l’Afrique et le Zimbabwe), nous devons en permanence nous employer à mieux faire.

Permettez-moi ajouter une troisième observation, sur un point que tout le monde connaît. Nous sommes réunis ici pour promouvoir l’investissement au Zimbabwe, et il nous faut commencer par examiner et améliorer la situation des investisseurs locaux, zimbabwéens ou non. Autrement dit, ceux qui sont déjà sur place et ont engagé leur capital-risque dans l’économie du pays. Il est évident qu’avant de s’impliquer, tout investisseur extérieur commencera par étudier attentivement la manière dont s’en tirent ceux qui sont déjà là.

La résolution de certains problèmes ne coûte souvent rien et ne peut être laissée aux seuls Zimbabwéens.

Même si le Zimbabwe est passé au 157e rang sur 183 pays, le coût des affaires y reste passablement élevé. Dans les efforts déployés pour rétablir la situation, la réhabilitation des infrastructures clés doit être prioritaire.

L’état actuel de ses infrastructures est un des principaux handicaps du Zimbabwe. Au début des années 1990, la couverture et la qualité des infrastructures de base du pays étaient parmi les meilleures de la région. Malheureusement, au cours des dix dernières années, l’investissement et la maintenance ont été réduits à leur plus simple expression, que ce soit dans les transports, l’électricité, l’eau ou les télécommunications. Il y a désormais urgence.

En janvier 2010, le Gouvernement zimbabwéen a demandé à la Banque africaine de développement de faire une évaluation de l’état des infrastructures dans le pays. Nous avons été heureux d’accéder à cette requête. Ce rapport dresse un bilan détaillé de l’état des infrastructures et services dans les principaux domaines : transports, énergie et technologies de l’information, ainsi qu’eau et assainissement.

Cette conférence est une bonne occasion de diffuser notre rapport phare, Infrastructures et croissance au Zimbabwe, que vous présenteront aujourd’hui des représentants de la BAD. Permettez-moi toutefois de souligner ici certaines des constatations du rapport.

Sur les quelque 90 000 km du réseau routier du pays, 73 % étaient dans un état « satisfaisant » à « bon » en 1995, contre seulement 60 % aujourd’hui ; 12 800 km supplémentaires sont passés à « en mauvais état » et doivent être complètement réhabilités, pour un coût d’environ 1,1 milliard de dollars. En 2009, le volume du fret transporté par les chemins de fer du Zimbabwe avait chuté à 2,7 millions de tonnes, soit à peine 15 % de la capacité initiale du réseau. La capacité disponible du parc de locomotives et de matériel roulant est aujourd’hui très inférieure à celle qui est nécessaire pour répondre à la demande.

En troisième lieu, la couverture des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement a diminué. Entre 2000 et 2008, la proportion de la population ayant accès à l’assainissement amélioré est tombée de 68 % à 41 %.

Quatrièmement, la capacité de production d’électricité du pays n’a jamais été aussi basse depuis trente ans. J’ai cru comprendre qu’à l’heure actuelle, sa disponibilité énergétique tourne autour de 1 000 mégawatts, soit moins de la moitié de ce qu’elle était.

Cinquièmement, le Zimbabwe est en retard sur ses voisins de la région en ce qui concerne les services des technologies de l’information et de la communication (TIC) et la pénétration du haut débit.

Le rapport de la BAD définit un plan d’action combinant des réformes des politiques et des investissements en capital. Nous espérons qu’entre autres choses, il offrira une base au dialogue entre les autorités et le monde des affaires. Le défi est de taille, mais n’est pas insurmontable. Nous estimons qu’au cours des dix prochaines années, environ 14,2 milliards de dollars (à prix constants de 2009) seront nécessaires pour remettre en état les infrastructures existantes et accroître leur capacité pour qu’elles puissent répondre à l’accroissement de la demande.

Il faut que le problème devienne une aubaine. Pour les producteurs d’énergie indépendants, il y a là une occasion unique à saisir, à condition qu’un cadre réglementaire soit mis en place.

Le rapport examine également les options de financement. Vu la marge de manœuvre budgétaire très limitée de l’État, comment trouver les 14,2 milliards de dollars nécessaires pour combler l’énorme déficit d’infrastructures ? Il est évident qu’une combinaison de sources sera nécessaire, ce qui ouvre des perspectives pour le secteur privé.

Des choix de politiques limités

Un problème important restreignant la capacité actuelle du Zimbabwe de réunir les financements et investissements nécessaires est son surendettement de sept milliards de dollars. Tous s’accordent à dire que la dette extérieure du pays n’est pas soutenable et qu’elle continue d’augmenter. Je sais que c’est là un problème avec lequel le Gouvernement se débat. Sa résolution doit être une priorité.

Nous nous tenons prêts et travaillons déjà sur la question avec les autorités nationales et d’autres parties. Dans le cadre du nouveau cycle de reconstitution de notre guichet concessionnel, nous avons mis de côté des ressources et attendons qu’un accord global soit passé avec tous les créanciers multinationaux, bilatéraux et commerciaux. La BAD dispose d’une expérience considérable en la matière, et j’attends avec impatience de pouvoir la déployer pour aider le Zimbabwe à résoudre son problème de dette.

Réalisations récentes de la BAD au Zimbabwe

Depuis la mise en place du Gouvernement d’union nationale, la BAD a intensifié son réengagement au Zimbabwe. Nous avons rouvert notre bureau à Harare. En travaillant avec les autorités à la résorption des arriérés de la dette extérieure vis-à-vis de l’institution, qui ouvrira la voie à un complet engagement, nous avons réussi à prendre des mesures provisoires pour pallier certains des problèmes les plus immédiats avec lesquels le Zimbabwe est aux prises. Par exemple, nous avons :

  • aidé à restaurer les systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement d’un certain nombre de municipalités ;
  • contribué à relancer l’agriculture ; et
  • apporté un soutien technique et une capacité dans le domaine des finances publiques, de la gestion de la dette extérieure et des statistiques.

La communauté internationale nous a confié la gestion du Fonds fiduciaire multidonateurs pour le Zimbabwe, le ZIM FUND. C’est là une marque de confiance vis-à-vis de la BAD et une preuve de la qualité de nos relations. Le Fonds fiduciaire multidonateurs se concentre actuellement sur la fourniture des investissements initiaux essentiels pour les secteurs de l’énergie et de l’eau.

Avant de conclure, permettez-moi de souligner le rôle de catalyseur que joue la BAD dans l’amélioration de l’investissement privé en Afrique. Au cours des cinq dernières années, par le biais de son guichet du secteur privé, elle a porté ses prêts au secteur privé à environ deux milliards de dollars par an, à l’aide de divers instruments, tels que le prêt direct, la prise de participation, les garanties et les lignes de crédit pour les institutions financières, en particulier dans la région SADC. Nous nous intéressons à des domaines extrêmement divers, mais nous sommes principalement concentrés sur les investissements dans l’infrastructure, en particulier l’énergie, et l’appui au secteur financier.

En tant que première institution financière du continent, nous comprenons l’Afrique et savons quelle est la meilleure manière d’atténuer les risques tout en maximisant notre capacité de mobilisation. Au cours de la crise financière mondiale, la BAD a joué un rôle contracyclique important en veillant à la disponibilité de liquidités, de financements pour le commerce et en trouvant des promoteurs offrant des échéances à plus long terme, impossibles à obtenir sur les marchés financiers, mais nécessaires pour le montage financier des projets.

Nous continuerons à fournir ce type d’interventions et d’appui financier, car nous sommes convaincus que, dans le nouvel environnement mondial, le commerce et l’investissement sont des canaux majeurs à travers lesquels l’Afrique pourra réaliser son potentiel. Nous sommes des partenaires sur lesquels vous pourrez compter.

Conclusion

Ces dix dernières années, l’Afrique a connu un essor économique sans précédent depuis cinquante ans. Il a été porté par un solide ensemble de réformes économiques qui ont fait office de tampons absorbant les chocs extérieurs. Malheureusement, pour le Zimbabwe, cette décennie a justement été marquée par des turbulences qui ont empêché le pays de saisir ces chances.

La récente crise financière a été un revers, mais ce n’est que temporaire. Grâce à la résilience de ses politiques, le continent est aujourd’hui dans une situation bien meilleure et est prêt à aller de l’avant. De nombreux pays ont maintenant retrouvé le chemin de la croissance. C’est notre souhait et le vôtre que le Zimbabwe les rattrape et rejoigne le peloton de tête. Une judicieuse politique macroéconomique constitue un très bon départ, mais n’est qu’un début.

Le Zimbabwe peut y parvenir en examinant soigneusement l’ensemble des politiques relatives aux questions qui préoccupent les investisseurs, tant zimbabwéens qu’étrangers. Il peut clairement signaler ses intentions à long terme, en particulier en ce qui concerne l’état de droit et les droits de propriété. 

Je me réjouis de savoir que ces questions essentielles vont être abordées pendant cette conférence. Toutes sont importantes – la situation macroéconomique, le secteur financier, l’agriculture, le cadre légal et réglementaire – et méritent un débat en profondeur.

L’Accord politique global a permis de rendre confiance aux Zimbabwéens, à leurs amis et bien sûr aux investisseurs. L’heure est venue pour le Zimbabwe d’ancrer cette confiance et de passer à la vitesse supérieure en saisissant les occasions offertes par  l’économie mondiale, grâce à une mise en œuvre crédible de mesures indispensables.

Il est important d’aborder tous les problèmes non résolus qui pourraient avoir un impact négatif sur la manière dont les investisseurs perçoivent le pays.

Le Zimbabwe a la chance rare de pouvoir compter sur une population hautement qualifiée et travailleuse et, bien entendu, sur les réalisations de l’Accord politique global. Dans un pays aussi prometteur, il ne faut toutefois pas perdre de vue le long terme. Un projet minier, un engagement en faveur de la production indépendante d’électricité sont des perspectives à long terme. J’encourage chacun d’entre vous à envisager l’avenir sous cet angle.

Merci.