Table ronde ministérielle des Assemblées annuelles

16/05/2006
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Ouagadougou, le 17 mai 2006 – Les ministres africains, dirigeants d'institutions financières multilatérales, organismes donateurs et représentants de la société civile ont posé, mardi, un regard sans complaisance sur l'état des économies africaines où ils ont constaté  qu’il sera difficile pour le continent d’atteindre un niveau de développement significatif sans une infrastructure régionale pleinement développé et intégrée.

Tel est le message central qui s’est dégagé du séminaire de haut niveau organisé conjointement à Ouagadougou, mardi, par le Groupe de la Banque africaine de développement et la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA) sur le thème: « Développement de l'infrastructure et intégration régionale: la problématique, les opportunités et les défis », dans le cadre des activités de la CEA et des Assemblées annuelles 2006 de la Banque.

Le Premier Ministre du Burkina Faso, M. Ernest Paramanga Yonli, dans son allocution d'ouverture, a souligné l'importance du thème du symposium . «L'intégration économique du continent nécessite une infrastructure de transports, de communications et d'énergie moderne et régionale, capable de créer des emplois, d'accroître le revenu et de faciliter la libre circulation des personnes et des biens », a-t-il souligné.

Observant que les coûts des communications téléphoniques et des transports aériens et maritimes sont deux à trois fois plus élevés en Afrique que dans d’autres régions du monde, M. Yonli, a ajouté que l'infrastructure reste le "maillon manquant" crucial de la stratégie de développement en Afrique.

La voie de la Renaissance africaine passe d'abord et avant tout  par l'Afrique elle-même, et obligatoirement par la mise en œuvre de projets présentant un grand potentiel d'intégration, a-t-il indiqué, citant comme modèle concret d'intégration régionale, le projet gazier d'Afrique de l'Ouest auquel participent le Bénin, le Ghana, le Nigeria, le Togo et éventuellement la Côte d'Ivoire et le Sénégal, dans un partenariat public/privé.

Le secrétaire exécutif de la CEA, M. Abdoulie Janneh, a quant à lui estimé que les pays africains ne pourront participer effectivement au processus de mondialisation que si l'accent est mis sur le renforcement de l'intégration régionale, le développement d'un réseau de transports intégré, une fourniture fiable d'énergie et une utilisation accrue des technologies de l'information et des communications.

S'appuyant sur les estimations de la Commission Afrique, selon lesquelles le développement de l'infrastructure en Afrique coûtera 20 milliards de dollars par an, M. Janneh a rappelé que la Banque mondiale, l'Union européenne, la BAD et les autres agences multilatérales devraient accroître les financements destinés au développement de l'infrastructure en Afrique, alors que les pays du continent se tournent vers des moyens alternatifs pour financer le développement de leurs infrastructures.

Le président de la BAD, M. Donald Kaberuka, quant à lui a rappelé que la Banque a consacré plus de 30 % de l'ensemble de ses engagements au développement de l'infrastructure au cours des quatre dernières décennies.

Le Groupe de la Banque a investi plus d'un milliard de dollars, soit 39 % de ses engagements, dans les pays membres régionaux, en 2004. Par ailleurs, dans le domaine de l'infrastructure, la Banque est prête à jouer un rôle plus important dans le cadre du NEPAD.

M. Kaberuka a également estimé que des efforts devraient être consentis pour démanteler les barrières physiques qui entravent la circulation des personnes sur le continent. Rappelant que les problèmes de trafic de drogue et de blanchiment d'argent, généralement associés à la libre circulation, peuvent trouver des solutions. "Le temps est venu d'abolir les visas. Le temps est venu de permettre aux Africains de se déplacer librement en Afrique", a-t-il déclaré.

C'est le Ministre sud-africain des finances, M. Trevor Manuel, qui a prononcé le discours programme. Dans son allocution, il a souligné que le niveau des investissements en matière d’infrastructure était très faible pour permettre la réalisation des objectifs de développement de l'Afrique. Il faut, selon lui, restructurer l'orientation coloniale de la majeure partie de l'infrastructure du continent pour accroître les échanges entre les pays d'Afrique. Sans une infrastructure adéquate et appropriée, il sera très difficile pour les pays africains d'atteindre les objectifs de développement du millénaire (ODM), a souligné  M. Manuel. L'infrastructure, a-t-il ajouté, est un domaine d'intérêt régional collectif.

Dans sa réponse, le Président de la Banque, M. Kaberuka, a souligné que "l'infrastructure est bonne pour les affaires, et bonne pour la réduction de la pauvreté, mais ne peut se faire sans une bonne planification".

Les participants ont appris qu'au niveau du continent, le niveau actuel des dépenses dans l'infrastructure est d'environ 2 % du PIB alors que l'Afrique devrait consacrer 9 % de son PIB à la construction et à l'entretien de l'infrastructure dont elle a besoin pour son développement.