Un regard sur la dynamisation du secteur manufacturier et des ressources naturelles

01/11/2014
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En marge des travaux à la 9ème édition de la Conférence économique africaine, qui se tient à Addis Abeba, du 1er au 3 novembre 2014, Dagbégnon Marc Luc Akplogan, chercheur à l'Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique (INSAE) du Bénin, jette un regard sur «La dynamisation du secteur manufacturier et des ressources naturelles, pour la transformation de l’Afrique.» 

«Pour se transformer, les pays africains doivent faire des choix cruciaux, notamment, diversifier le tissu industriel, » souligne-t-il. 

Question : En dépit des énormes potentialités des pays africains, l’industrialisation du continent tarde à se concrétiser. Comment les pays africains doivent-ils s’y prendre pour dynamiser ce secteur économique et espérer aboutir à la transformation structurelle ?                               

Dagbégnon Marc Akplogan : Les pays africains, pris individuellement, sont dotés d’énormes potentialités notamment en ressources naturelles et en produits agricoles. Malgré cela, les différentes politiques industrielles mises en œuvre par le passé n’ont  pas réussi à exploiter suffisamment ces richesses pour concrétiser l’industrialisation. Il est largement admis que si les tendances actuelles persistent, la plupart des pays africains ne seront pas en mesure de se transformer. 

Question : C’est-à-dire ?

DMA : Pour se transformer, les pays africains doivent faire des choix cruciaux, notamment, diversifier le tissu industriel, créer de nouvelles unités industrielles, mais avant tout, renforcer les institutions, entre autres. Car, avouons-le, les politiques mises en place dans nos pays n’ont pas contribué en particulier à dynamiser le secteur manufacturier afin de leur assurer une transformation structurelle, à l’instar des économies émergentes, notamment le Brésil, la Chine et l’Inde. 

Cependant, pour optimiser ce secteur, source de progrès économique et de compétitivité, il s’avère nécessaire de repenser les politiques industrielles ainsi que  le cadre institutionnel de leur mise en œuvre au niveau des pays. 

A cet effet, il est utile, de mon point de vue, de renforcer les efforts et les capacités technologiques des personnes ressources ; de renforcer les politiques de la science, de la technologie et de l'innovation, en mettant l'accent sur ​​l'apprentissage et l'innovation, la promotion de systèmes nationaux et régionaux d'innovation; le renforcement des ressources humaines et l'amélioration générale de l'infrastructure des sciences, de la technologie et de l’innovation. 

Question : Comment dynamiser le secteur manufacturier en Afrique, selon vous ?

DMA : Les dirigeants doivent mettre les questions de promotion du secteur manufacturier au cœur des politiques économiques et donc en faire une priorité. Il s’agira de diversifier le tissu industriel des pays africains au-delà de l'industrie agroalimentaire et du textile qui dominent le secteur industriel; œuvrer à la création des nouvelles unités industrielles orientées vers l'exportation et la valorisation des matières premières locales; réhabiliter et créer des nouvelles zones industrielles. 

Pour ce faire, il convient que les ministères de l’industrie et celui de l’agriculture travaillent en synergie avec ceux de l’économie et de l’énergie, pour concevoir des politiques industrielles dynamiques. 

Les pays africains doivent également s’atteler à renforcer les institutions et tirer profit des partenariats avec les institutions africaines, comme la Facilité africaine de soutien juridique. Ceci, dans la perspective d’une gestion optimale et transparente des rentes agricoles, minières et pétrolières. 

Ces ressources permettront alors le financement des investissements productifs, l’acquisition de technologies et l’amélioration continue du niveau de développement.

Créer des centres spécialisés de recherche capables d’inventer de nouvelles techniques pour repousser les frontières de la technologie. Il convient aussi, d’augmenter les dotations en ressources (matériels, chercheurs,…) de celles déjà opérationnelles (publiques ou privées) et mettre en œuvre ou tester les résultats scientifiquement pertinents des recherches existantes en parfait partenariat avec les entreprises du secteur privé. L’interface entre le gouvernement et les entreprises doit être améliorée, avec des priorités plus spécifiques et plus claires discernées parmi les nombreux plans économiques et visions pour les pays. 

Encourager les entreprises locales, souvent des petites et moyennes entreprises, à accroitre leur capacité d’absorption technologique afin d’améliorer leur performance et produire des biens de moyennes et hautes technologies, compatibles avec les normes internationales, source de progrès économique et donc de compétitivité. La diffusion de l’innovation technologique dans l’agriculture doit passer par le renforcement du capital humain des acteurs agricoles (utilisation d’engrais spécifique, maitrise du calendrier agricole, technique moderne de culture,...)  

Enfin, accroitre l’ouverture commerciale pour l’exportation des biens manufacturés par la conquête progressive des marchés régionaux, sous-régionaux et internationaux. Il revient aux pays africains d’aller au-delà de l’exportation exclusive des produits bruts et des ressources naturelles, dont certaines sont non renouvelables, à faible valeurs ajoutées et dont les prix sont constamment instables sur les marchés internationaux, en transformant une partie avant l’exportation.  

Question : De quelle manière le niveau du développement du secteur manufacturier influence-t-il la croissance économique dans les pays africains en fonction de leurs dotations en ressources naturelles? 

DMA : Les fortes dotations en ressources naturelles (produits agricoles de base, bois d’œuvre, métaux, minerais et hydrocarbures) des pays africains leur confèrent un net avantage comparatif. Cela justifie la forte concentration des investissements directs étrangers en direction de l’Afrique dans les activités liées à ces ressources de la part des pays émergeants notamment la Chine. Une industrialisation fondée sur les ressources naturelles constitue donc un moyen de développer des chaines de valeur régionales sur le continent que les pays africains doivent mettre à profit.

Un niveau de développement des industries manufacturières permettra la création des activités nouvelles plus productives, pour la réorientation des activités traditionnelles d’exploitation. Ces dernières permettrons de donner de la valeur ajoutée aux ressources naturelles, procurer des emplois plus productifs aux jeunes estimés entre 7 et 10 millions, qui rejoignent chaque année le marché du travail en Afrique.

Cette transformation structurelle fondée sur les dotations en ressources naturelles des pays, permettra le passage progressif des secteurs à faible productivité à des secteurs à forte productivité.