Une meilleure redistribution des ressources va atténuer la pauvreté et les inégalités en Afrique

03/11/2015
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« Si la pauvreté persiste en Afrique malgré les efforts, c’est qu’il y a une distribution inégale des ressources ». Tel est le constat fait, le 2 novembre 2015 à Kinshasa, par le sous-secrétaire général des Nations unies et directeur du bureau régional du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour l’Afrique, Abdoulaye Mar Dièye, en introduisant les discussions de la première séance plénière de la 10e édition de la Conférence économique africaine (AEC).

Les discussions avaient pour thème : «Réflexion et perspectives concernant la lutte contre la pauvreté et les inégalités dans le programme de développement post-2015».

Le constat d’Abdoulaye Mar Dièye se vérifie sur le terrain : l’Afrique affiche une croissance positive, en dépit de la crise économique internationale. Cependant, cette croissance ne se traduit pas par une baisse significative de la pauvreté dans le continent.

Carlos Lopes, sous-secrétaire général des Nations unies, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), l’un des trois animateurs de cette session, a suggéré aux pays africains « de viser une croissance moyenne de 7 % par an durant plusieurs années. » Cette croissance, selon lui, doit être tirée par une industrialisation solide du continent. « Les industries créent de la richesse et des emplois, avec pour conséquence, une baisse du taux de chômage », a-t-il expliqué. Ce qui n’est pas forcément le cas pour les industries extractives, qui créent à peine 1 %  des emplois formels.

Carlos Lopes a, par ailleurs, défendu la thèse selon laquelle, «l’Afrique doit produire ses stratégies de développement, ainsi que ses propres analyses de prévisions économiques. » A titre d’exemple, il a cité la chute actuelle des cours du baril de pétrole, qui n’a pas forcément le même impact en Afrique que dans d’autres régions.

« Les économies des pays africains producteurs de pétrole, ne se sont pas brutalement écroulées, vu les réserves de devises disponibles pour une période allant d’une année à deux.» De l’autre côté, les pays africains importateurs de pétrole s’approvisionnent à  moindre coût, et disposent des ressources supplémentaires destinées aux investissements dans d’autres secteurs, a-t-il démontré, ce qui, selon lui, justifie l’importance des discussions à l’AEC.

Steve Kayizzi-Mugerwa, économiste en chef et vice-président de la Banque africaine de développement (BAD), s’est félicité de ce que les partenaires au développement de l’Afrique n’imposent plus des programmes, mais ouvrent le dialogue : « Cela permet de mettre en œuvre des programmes consensuels dont l’impact sur les populations est maitrisé ».

Le modèle éthiopien de réduction de la pauvreté et des inégalités, a également été largement débattu par les participants.

Selon Yinager Dessie, ministre éthiopien des Finances, Addis Abeba a déployé des investissements importants dans le secteur agricole et de l’énergie, ainsi que dans la création d’écoles dans les zones rurales, où vivent 85 % de la population.

L’augmentation des revenus des paysans ainsi que l’alphabétisation à grande échelle a favorisé la création des micros entreprises. Cette chaîne vertueuse a permis de réduire la pauvreté, les inégalités et le chômage. « Nous n’avons pas commencé par investir dans la technologie de pointe, mais dans le secteur qui concerne la majorité de notre population », a souligné le ministre Yinager Dessie. « Notre pays a ensuite attiré d’importants investissements directs étrangers. Les Chinois, les Turcs, les Italiens, les Français et même les Américains investissent en Ethiopie », a-t-il dit avec fierté.

Le modèle  éthiopien permet de réduire le paradoxe entre les « potentialités de l’Afrique et la réalité », a conclu le modérateur de la session, Abdoulaye Mar Dièye.

L’économiste en chef de la BAD a, de son côté, a suggéré une augmentation d’environ 1%, la pression fiscale en Afrique, ce qui permettrait, selon lui, de dépasser le taux actuel de l’aide publique au développement, laquelle s’essouffle.