La stimulation de l'agriculture, des services et des chaînes de valeur s'avère essentielle pour la compétitivité de l'Afrique

04/06/2015
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Jennifer Moyo, Principal Research Economist, AfDB Development Research Department, and one of the report’s authors.


D'après le Rapport sur la compétitivité en Afrique, publié jeudi, les perspectives de croissance durable et sur le long terme des économies africaines se trouvent compromises, à cause des faiblesses qui affectent les conditions de base nécessaires à la compétitivité et à la productivité d'une économie, et cela en dépit des taux de croissance apparemment sains enregistrés à de nombreux endroits dans la région.

Le rapport biennal est produit conjointement par la Banque africaine de développement, l'Organisation de coopération et de développement économiques, la Banque mondiale et le Forum économique mondial. Il comporte les profils de compétitivité détaillés de 40 économies africaines, ainsi que des résumés exhaustifs des vecteurs de compétitivité dans chacune d'entre elles. Ces informations sont utilisées par les décideurs politiques, les stratèges commerciaux et d'autres parties prenantes essentielles s'intéressant à la région.

Le rapport, intitulé Transforming Africa’s Economies (Transformer les économies de l'Afrique), associe des données détaillées issues de l'Indice de compétitivité mondiale (ICM) du Forum à des études concernant trois domaines clés de l'activité économique, à savoir : la productivité agricole, la croissance du secteur des services et les chaînes de valeur mondiales et régionales. Les données indiquent une productivité faible et stagnante dans l'ensemble des secteurs : l'agriculture, la production et les services, en partie en raison de la faiblesse persistante des moteurs de base de la compétitivité, comme les institutions, des infrastructures, de la santé et de l'éducation. Ces insuffisances occultent des performances plus positives dans d'autres secteurs de l'économie et notamment un meilleur fonctionnement des marchés des biens et de la main-d'œuvre.

Compte tenu de la population jeune et en croissance de l’Afrique, les secteurs faisant appel massivement à la main-d'œuvre doivent jouer un rôle plus important dans la transformation du continent : l'augmentation des services – tant en termes de PIB que d'emploi – ne saurait propulser la croissance de l'Afrique à elle seule, et même dans ce secteur, le développement demeure inégal, dans la mesure où trop de personnes travaillent dans les services faiblement productifs.

« Au cours de ces dernières années, nous avons vu certaines des principales économies africaines enregistrer des progrès prometteurs en termes de croissance, en favorisant les marchés. Néanmoins, une croissance durable doit reposer sur des bases solides, ce qui implique des institutions fortes, des infrastructures de bonne qualité et des investissements ciblés dans la santé, l'éducation et le développement des compétences », affirme Caroline Galvan, économiste auprès du Forum économique mondial et co-auteur du rapport.

Les principales conclusions du rapport comprennent:

  • Améliorer la productivité agricole : L'agriculture constitue une source importante de revenus pour la plupart des ressortissants de l'Afrique, mais la productivité demeure trop faible et fondée sur une production de subsistance à petite échelle. Des améliorations s'avèrent nécessaires pour répondre à ce problème, telles qu'une meilleure exploitation des technologies (tant celles de l'information que celles de la communication, ainsi que le développement de cultures à haut rendement et une meilleure irrigation), des droits de propriété foncière mieux définis et la promotion des droits et des chances des femmes, qui représentent une part importante de la main-d'œuvre agricole sur le continent. En outre, un renforcement de l'accès au marché des petits exploitants assurerait l'inclusion, alors que le développement de chaînes de valeur régionales constituerait un tremplin utile qui permettrait à ces derniers d'améliorer leurs processus de production et de marketing, et à terme, de satisfaire aux normes de qualité des marchés mondiaux.
  • Déployer les services : Les exportations de services sont généralement perçues comme un domaine présentant un avantage comparatif pour les économies plus avancées, mais une analyse plus approfondie des statistiques commerciales suggère qu'elles sont encore plus significatives pour l'Afrique que nous ne le pensions, notamment sous la forme de contributions aux exportations d'autres secteurs. Un développement accru des services à faible coût et de haute qualité aidera les pays à participer aux chaînes de valeur locales, régionales et mondiales. Cela encouragera également les décideurs politiques à promouvoir le développement des services dans le cadre d'un programme de croissance plus large.
  • Exploiter les chaînes de valeur mondiales (CVM) : Une plus forte participation aux chaînes de valeur mondiales et régionales peut accélérer la transformation économique de l'Afrique, grâce aux gains associés à une amélioration de la productivité et au développement de nouvelles activités. Néanmoins, les bienfaits tirés de la participation aux CVM ne sont pas automatiques et nécessitent l'adoption d'un large éventail de politiques, en accordant une attention particulière à la facilitation des échanges, aux investissements, aux infrastructures de transports et à l'accès au financement. Bon nombre de ces domaines politiques entraînent des bénéfices pour l'économie en général, au-delà de l'intégration aux CVM.

« Les choses doivent changer dans le secteur agricole africain. Il est impératif de stimuler la productivité de manière significative, par le biais de recherches sur mesure en la matière, de l'exploitation des TIC et du renforcement des liens entre les petits exploitants et les producteurs commerciaux, tout en les intégrant mieux dans les chaînes de valeur régionales et mondiales », affirme Steve Kayizzi-Mugerwa, vice-président délégué, Banque africaine de développement.

« Le secteur des services prend rapidement de l'ampleur dans le programme de développement africain, ainsi que pour la Banque mondiale. Dans de nombreux pays de la région, les services constituent le secteur qui enregistre la plus forte croissance, créant de nouveaux emplois et de nouvelles activités économiques, et fournissant ainsi un apport essentiel à la stimulation de la production dans d'autres secteurs. Pourtant, la productivité du secteur des services demeure faible. Pour être plus compétitifs, les gouvernements doivent réduire les barrières commerciales et adopter des réformes législatives complémentaires. Ces réformes s'avèrent également nécessaires pour que l'Afrique puisse approfondir son intégration dans les chaînes de valeur mondiales », affirme Anabel González, directrice principale du pôle Commerce et compétitivité auprès de la Banque mondiale, Washington DC.

« Pour consolider les progrès enregistrés et en faire de nouveaux qui permettront à l'Afrique sub-saharienne d'exprimer pleinement son potentiel, nous devons promouvoir plus d'investissements dans les infrastructures, adopter des procédures commerciales plus rapides, renforcer l'intégration régionale et créer des institutions plus efficaces. De même, une transformation structurelle plus rapide s'avère également nécessaire pour stimuler la productivité, renforcer la création d'emploi et améliorer la cohésion sociale », affirme Angel Gurría, secrétaire général, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Paris.

Plus de 1 000 personnes participeront à la 25ème édition du Forum économique mondial, qui se tient au Cap, en Afrique du Sud, du 3 au 5 juin 2015. Le thème de la réunion est « Then and Now: Reimagining Africa’s Future» (Alors et à présent : ré imaginer l'avenir de l'Afrique).