Postes frontières, postes de contrôle et commerce intra-africain : problèmes et solutions

21/10/2013
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Postes frontières, postes de contrôle et  commerce intra-africain : problèmes et solutions
L'intégration régionale fait partie de la stratégie générale de transformation économique du continent africain depuis plus de cinquante ans. Alors que l’Union africaine fête ses 50 années d’existence, l’une des approches proposées pour consolider une union intégrée consiste à agir par l’intermédiaire de groupements régionaux tels que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

La principale question soulevée par le document de la Banque africaine de développement « Border Posts, Checkpoints and Intra-African Trade: Challenges and Solutions » (« Les postes frontières, les postes de contrôle et le commerce intra-africain : problèmes et solutions ») est de savoir pourquoi des pays contribuant à l’intégration régionale en Afrique subsaharienne n’ont pas réussi à favoriser la concurrence, l’accès à de plus vastes marchés (grâce au commerce), des investissements et une production accrus et diversifiés, la stabilité socio-économique et leur pouvoir de négociation. Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans le domaine commercial (libre circulation des biens et des services) qu’il faut pallier pour tirer pleinement profit de l’intégration régionale en Afrique ?

Le commerce est largement reconnu comme un moteur important de la croissance économique et du développement. De nombreux pays et régions du monde sont parvenus à faire sortir leur population de la pauvreté et à lui faire connaître la prospérité grâce au commerce. Il est vrai que l’économie africaine est caractérisée par un degré relativement élevé d’ouverture, et que le rapport entre les exportations et les importations, d’une part, et le PIB, d’autre part, est en augmentation depuis quelques années. Pourtant, pour bien des pays d’Afrique le commerce ne fait pas encore figure d’instrument puissant permettant un développement et une croissance économique rapides et durables. Par conséquent, l’Afrique reste le continent qui dépend le plus de l’aide internationale : elle n’a pas encore réussi à éliminer la pauvreté grâce au commerce.

Il y a peu d’échanges commerciaux entre les pays africains, qui ne sont donc pas en mesure de profiter pleinement des économies d’échelle et des autres avantages, tels que la génération de revenus et d’emplois  qu’une meilleure intégration du marché pourrait leur offrir. Du fait que l’essentiel des échanges commerciaux de l’Afrique concerne le monde extérieur et que ses exportations se concentrent fortement sur les produits de base, ce continent est particulièrement vulnérable aux chocs microéconomiques externes et aux politiques commerciales protectionnistes. Néanmoins, il ne pourra diminuer sa vulnérabilité aux chocs externes et améliorer sa performance économique que si l’intégration du marché est renforcée et si les pays font davantage d’efforts pour promouvoir le commerce intrarégional.

La CEDEAO, ensemble de 15 nations créé en 1975, aspire à promouvoir l’intégration économique « dans tous les domaines de l’activité économique, et en particulier dans l’industrie, les transports, les télécommunications, l’énergie, l’agriculture, les ressources naturelles, le commerce, les questions monétaires et financières, ainsi que les affaires sociales et culturelles ». Voyager au sein de cette zone reste néanmoins un véritable défi. On estime à environ 120 le nombre de postes frontières et de postes de contrôle de sécurité entre Badagry (le port de sortie du Nigéria pour se rendre au Bénin) et Noé (le port d’entrée du Ghana en Côte d’Ivoire), ce qui oblige les personnes qui franchissent ces frontières à changer de langue et à échanger leurs devises à plusieurs reprises lorsqu’elles passent d’un pays à un autre. Ces voyages sont difficiles à entreprendre et découragent les gens de voyager fréquemment. Il  est notoire que l’intimidation et le harcèlement sont la norme ; les fonctionnaires menaçant régulièrement les voyageurs, ou leur extorquant de l’argent avant de les laisser passer.

Dans une région qui a connu beaucoup de turbulences, la principale difficulté consiste à trouver comment faciliter le franchissement des frontières nationales par les biens, les personnes et les services et, partant, faire fonctionner efficacement les postes frontières à l’aide de procédures douanières simples. Jusqu’à présent, peu d’initiatives visant à faciliter le commerce ont pu résoudre ce problème. Or, l’amélioration des procédures douanières et des procédures des postes frontières ne se contentera pas de réduire les coûts et les retards supportés par les entreprises commerciales et d’accroître leur compétitivité commerciale, mais elle dopera également les recettes des gouvernements et accélérera le développement économique sur le continent.

Alors que les autres continents renforcent leur intégration en vue de doper leur compétitivité sur la scène internationale, l’Afrique de l’Ouest ne peut plus se permettre de rester à la traîne. Vu les salaires relativement bas de la région, la lutte contre les extorsions de fonds et contre la corruption des fonctionnaires aux frontières encouragerait les citoyens de la CEDEAO à franchir les frontières et favoriserait le commerce.

n dépit de l’existence d’ un consensus entre les dirigeants et les décideurs politiques africains quant à la nécessité d’accélérer les améliorations en matière de commerce et d’intégration régionale, les progrès visant à faciliter les déplacements transfrontaliers de biens et de services sont généralement lents. Les mesures de facilitation du commerce adoptées en Afrique vont de la diminution des droits de douane et de la suppression des quotas à la création d’unions douanières sous-régionales et d’un marché commun. Néanmoins, de nombreux obstacles persistent et il est clair que les infrastructures et les services de transport commerciaux doivent être améliorés, et l’efficacité des procédures de dédouanement renforcée, afin de faire baisser le coût élevé du commerce en Afrique et de rendre le continent plus compétitif.