Violence à l’égard des femmes : un appel à briser le silence

26/11/2015
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La Banque africaine de développement a donné, mercredi 25 novembre 2015, à Abidjan, le coup d’envoi de la campagne «16 jours d’action pour lutter contre la violence fondée sur le genre» en organisant un débat approfondi sur les moyens de mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles. L’évènement s’est déroulé au siège de la Banque à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Chaque année, partout dans le monde, le 25 novembre marque la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

L’envoyée spéciale de la Banque pour les questions de genre, Geraldine Fraser-Moleketi, a insisté sur la nécessité de lutter avant tout contre les pratiques qui portent préjudice aux femmes et aux filles, et qui, bien qu’elles soient désormais illégales dans de nombreux pays, continuent d’être suivies. «On ne peut parler de mettre un terme à la violence à l’égard des femmes et des filles sans évoquer la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces».

Les statistiques des Nations Unies indiquent que plus de 700 millions de femmes dans le monde, en vie à l’heure actuelle, ont été mariées alors qu’elles étaient encore enfants, pour la plupart avant l’âge de 15 ans. « Si elles se marient tôt, les filles abandonnent l’école ; elles courent davantage de risques de contracter une maladie sexuellement transmissible car elles ne sont pas en mesure de refuser des rapports sexuels non protégés, et elles sont également exposées aux risques des grossesses précoces», a déclaré Fraser-Moleketi.

De plus, environ 133 millions de femmes et de filles ont subi des MGF sous une forme ou une autre dans les 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient où ces pratiques néfastes sont courantes et représentent un risque élevé d’hémorragie, d’infection (notamment au VIH), de complications lors de l’accouchement, d’infertilité et de décès.

Fraser-Moleketi a exhorté la Banque à prendre des mesures énergiques afin de lutter contre la violence à l’égard des femmes et des filles en Afrique, comme elle l’a fait pour contrer l’épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest, avec une aide totalisant 223 millions de dollars EU. «Nous avons considéré Ébola comme une pandémie et avons pris les mesures qui s’imposaient. Ce n’est pas le cas pour la violence, qui continue de porter préjudice aux femmes. La Banque doit se mobiliser dans ce domaine également», a-t-elle plaidé.

Les participants au forum ont insisté sur la nécessité de briser le silence entourant la violence, en particulier à l’école, où les filles continuent de subir des agressions sexuelles, en particulier de leurs professeurs. Jeanne Kopieu, sous-directrice en charge du programme Éducation pour tous au sein du ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle de Côte d’Ivoire, a présenté les résultats d’une récente étude de son ministère, qui indiquent que 5 000 filles tombent enceintes chaque année. Avant d’ajouter: « Les victimes ont honte d’en parler. Il est difficile, en particulier dans les zones rurales, de porter plainte contre un professeur ou un membre de la société»,

Letizia Bazzi-Veil, responsable de la protection de l’enfance auprès de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, a appelé les établissements scolaires à jouer un rôle dans la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des enfants. Selon elle, il faut pour cela surveiller de plus près le comportement du personnel encadrant les enfants en milieu scolaire. «Ils doivent travailler main dans la main avec les communautés, ce qui améliorera aussi la protection que ces dernières offrent aux enfants», a-t-elle indiqué.

Les participants au forum ont appelé à l’application stricte des politiques et règlementations relatives à la protection de l’enfance, ainsi qu’au respect des instruments internationaux interdisant toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles.

La vice-présidente et secrétaire générale de la BAD, Cecilia Akintomide, a réaffirmé l’appui de la Banque aux activités visant à lutter contre la violence à l’égard des femmes et des filles, afin de faire du développement inclusif une réalité sur l’ensemble du continent. «La BAD refuse la violence. Nous pouvons l’éradiquer», a-t-elle déclaré.

Le forum est l’une des nombreuses activités mises en place par la Banque dans le cadre des 16 journées d’action contre la violence fondée sur le sexe, qui se déroulent dans les 35 bureaux extérieurs de la Banque. Le thème choisi cette année est: «Les femmes à la pointe du développement: lutter contre la violence » (Women at the Forefront of Development: The Fight against Violence).