Mettre l’information climatique à la disposition des agriculteurs pour plus d’efficacité – Nogoye Thiam, experte en changement climatique

08/02/2012
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«Nous devrions parvenir à adapter les données climatiques aux besoins des agriculteur et à utiliser les canaux appropriés de diffusion pour toucher les véritables cibles,» a souligné Mme Nogoye Thiam, division Conformité et sauvegardes.

Question : Qu’est-ce qui  motive l’organisation de ce séminaire de sensibilisation sur le changement climatique, l’agriculture et les ressources naturelles, alors que la Banque n’a pas cessé de le faire depuis des années ?  

Nogoye Thiam : Tout simplement parce que la Banque est bien consciente des effets néfastes des changements climatiques sur ses activités de lutte contre la pauvreté. Elle reste persuadée que, sans le renforcement de ses capacités, les efforts d’intégration du facteur climat dans ses politiques et projets, notamment dans les plans et programmes de développement des pays membres régionaux (PMR), resteront vains.

Il faut noter que les activités de sensibilisation et de renforcement des capacités sont inscrites dans la stratégie de la Banque pour l’adaptation et la gestion des risques climatiques. Elles sont ainsi reprises dans le plan d’action de la Banque sur le changement climatique. Le plan considère le renforcement de compétences comme l’une des activités devant permettre d’atteindre les objectifs inscrits dans ses trois piliers. Ces activités sont le développement à faible teneur de carbone, l’adaptation pour un développement à l’épreuve du climat et la mise en place d’un cadre de financement adéquat pour ses activités d’atténuation et d’adaptation.  

Pour cette raison, la division Conformité et sauvegardes s’est aussi lancée dans un vaste programme de formation pour le renforcement de la qualité des opérations de la Banque et de leur impact sur le développement.

Nous avons jugé nécessaire d’impliquer les membres de la haute direction, les administrateurs ainsi que les managers dans nos initiatives de sensibilisation, car ces derniers sont confrontés à la problématique des changements dans la programmation de leurs différentes initiatives et les prises de décision associées. C’est pourquoi nous avons récemment organisé, avec le concours financier du DFID (ministère britannique pour le développement international), une session dédiée aux administrateurs et à leurs conseillers. Celle-ci a été suivie d’une session pour les managers, plus centrée sur l’agriculture et les ressources naturelles. Nous continuerons les prochains mois avec des thématiques sur l’énergie et le transport.  

Question : L’absence d’une bonne communication sur le changement climatique, avec ses effets directs et indirects, peut anéantir des années d’efforts de développement de la BAD et de ses PMR. Dans quelle mesure pourrait-on élargir la portée de vos activités de sensibilisation ?

Nogoye Thiam : La vulnérabilité du continent aux impacts du changement climatique est criarde et touche, à des degrés divers, tous les secteurs économiques et toutes les couches de la population en perturbant leurs milieux naturels, ainsi que les ressources. Il est donc urgent d’agir rapidement et de prendre des mesures adéquates pour réduire la vulnérabilité des populations et de renforcer le développement économique, social et environnemental.

Pour y arriver, Il est nécessaire de bien comprendre ce phénomène qui est complexe. Pour nous, la communication pour le bon partage de l’information a un rôle déterminant à jouer.

Aujourd’hui, plusieurs projets de recherche s’intéressent à la problématique du changement climatique et des informations sont aussi disponibles sur les différentes mesures d’adaptation et des réponses d’atténuation à entreprendre pour juguler les effets des changements climatiques.

Il est donc nécessaire de rendre ces informations climatiques disponibles et de faciliter l’échange de savoir et de technologie. La Banque est très active dans la production et la diffusion des informations sur le climat. En outre, elle travaille en collaboration avec l’Union africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (le programme ClimDev) pour faciliter la disponibilité de l’information climatique en Afrique.

Par ailleurs, je voudrais insister sur le rôle déterminant que peuvent jouer les médias en matière de sensibilisation des communautés vulnérables aux impacts potentiels et sur la manière dont elles peuvent s’y adapter. C’est pourquoi, les journalistes en Afrique doivent se former sur les questions liées aux changements climatiques et s’impliquer davantage pour pouvoir relayer l’information et les résultats des recherches de la manière la plus fidèle qui soit. Il importe néanmoins de s’assurer que les résultats des recherches sont harmonisés afin d’éviter tout conflit d’interprétation.

Question : Toute politique en matière de changement climatique qui tendrait à marginaliser les paysans peut aller à l’échec.  Qu’en pensez-vous ? Comment faire accéder les paysans à l’information sur les changements climatiques?

Nogoye Thiam : Vous avez raison. Les problèmes que posent les changements climatiques touchent au premier plan les agriculteurs qui sont les plus vulnérables, d’où la nécessité de les impliquer dans les stratégies de sensibilisation et faciliter l’utilisation des données climatiques.

En effet, en Afrique, pour la majorité de la population active, l’agriculture constitue la principale source de revenus et de moyen d’existence. Cette agriculture essentiellement pluviale occupe donc une place fondamentale dans l’économie du continent. Elle est très vulnérable aux impacts du changement climatique. Une étude récente prédit que d’ici à 2020, dans certains pays, les récoltes issues de l’agriculture pluviale pourraient connaître une baisse allant jusqu’à 50 pour cent.

Il est donc essentiel de mettre l’information climatique à la disposition de ces agriculteurs pour leur permettre de gérer leurs cultures et leurs troupeaux, et donc de minimiser les risques grâce à l’adoption des stratégies d’adaptation adéquates. Pour cela, il faudrait utiliser des informations pertinentes et un langage accessible et compréhensible, et également dédramatiser les problèmes à travers des exemples simples, fiables et exploitables de manière à faciliter la compréhension des agriculteurs pour leur permettre de prendre les bonnes décisions au moment opportun.

Traditionnellement, les paysans s’appuient sur les connaissances autochtones qui se transmettent de génération en génération dans leur prise de décision en matière de culture et d’irrigation. Ainsi la disponibilité des données sur le climat qui renforcera l’intégration du savoir autochtone dans la planification des cultures pourra contribuer à un ciblage plus judicieux des mesures à prendre et également des actions néfastes ou inadaptées à éviter.

Pour cette raison, la Banque a un  rôle à jouer en apportant un appui aux PMR, à leurs services météorologiques, aux ONG locales, aux chercheurs et aux comités d’agriculteurs nationaux, afin qu’ils travaillent ensemble pour répondre aux besoins des agriculteurs. Le résultat serait d’arriver à adapter les données climatiques aux besoins des agriculteurs ; traduire les informations en langue locale ; utiliser les canaux appropriés de diffusion (réunions d’agriculteurs, radios locales) pour toucher les véritables cibles.