Les programmes phares régionaux de l’Afrique peuvent-ils changer l’histoire du développement du continent ?

08/12/2015
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« Si l’on veut que l’Afrique parvienne stopper la dégradation des sols d’ici à 2030, si l’Afrique doit transformer son agriculture et hisser ses priorités de développement à un niveau satisfaisant, alors il nous faut prendre très au sérieux les programmes phares régionaux énoncés par le NEPAD et les partenaires », a averti Estherine Fotabong, directrice des programmes à l’Agence du NEPAD, à l’ouverture de la conférence-débat consacrée aux stratégies de croissance verte de l’Afrique, organisée le samedi 5 décembre, en marge de la COP21 à Paris.

Il s’agissait de mettre en lumière souligné l’engagement politique à promouvoir un développement durable sur le continent, dans son ensemble, comme en certaines régions en particulier.

Estherine Fotabong a appelé les gouvernements et les partenaires au développement à continuer d’intensifier et de consolider leurs efforts pour intégrer le programme phare régional africain, tel que l’a défini la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement (AMCEN par acronyme anglais, pour “African Ministerial Conference on the Environment”).

Et de rappeler que, dès 2003, le NEPAD et l’AMCEN avaient lancé un plan d’action destiné à contrecarrer les effets néfastes du changement climatique en Afrique r ; et qu’un cadre avait été trouvé pour traiter de la gestion environnementale sur le continent.

« Depuis, nous avons mis en place cinq plans d’action sous-régionaux qu’on appelle aujourd’hui programmes phares, qui aideront à insuffler du dynamisme et à créer un cadre propice à la lutte contre le changement climatique aux niveaux régional et national », a expliqué Estherine Fotabong.

Les cinq grandes régions d’Afrique (le Nord, l’Ouest, le Centre, le Sud et l’Est) bénéficient toutes du programme phare, qui est le tout premier cadre en matière d’environnement d’envergure continentale, qui laisse aussi une place à la coopération entre régions.

Les domaines d’intervention du plan d’action ciblent les partenariats pour une économie verte, la dégradation des terres, la désertification, la biodiversité et l’écosystème, ainsi qu’un programme africain de développement d’énergie durable et l’intégration des évaluations environnementales dans la planification durable.

Un comité directeur a été créé pour superviser la mise en œuvre de ces programmes, avec la Banque africaine de développement (BAD), l’AMCEN, l’Union africaine (UA), le NEPAD, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), qui travaillent ensemble.

Les participants se sont montrés unanimes : le programme sur les énergies renouvelables est l’un des programmes phares majeurs qui fera avancer l’Afrique..

« Comme un grand nombre des programmes phares sont transversaux, leurs plans d’action doivent être partagés et documentés pour être sûr que les différents partenaires sachent ce qui se passe à tel endroit et à tel moment. Mais nous savons que, dans tous ces plans, le projet sur les énergies renouvelables est fondamental car il permettra de faire avancer tous les autres », a fait remarquer Aly Abou-Sabaa, vice-président de la BAD en charge de l'agriculture, de l'eau, du développement humain, de la gouvernance et des ressources naturelles.

C’est dans ce contexte, que la BAD a annoncé qu’elle allait tripler ses financements pour le climat dans les cinq prochaines années, pour le porter à 5 milliards de dollars EU en 2020. Ces financements seront répartis entre les cinq programmes phares régionaux, a précisé le vice-président Abou-Sabaa, en mettant l’accent sur la gestion durable. Et d’ajouter : « Pendant que la BAD continue de négocier dur pour des financements supplémentaires, nous mettons l’accent sur la gestion durable de ce que nous avons déjà ».

La nécessité d’étudier l’enjeu de financements en provenance du secteur privé a par ailleurs été réitérée.

« Le secteur privé ne peut pas être laissé de côté dans cette course, […] il constitue un partenaire important de ce programme », a renchéri Mohamed Abdel, conseiller du ministre à l’Agence égyptienne des affaires environnementales.

Tous ceux qui ont participé au débat ont dit combien il est indispensable  que les départements ministériels qui sont impliqués dans la mise en œuvre des à l’échelle nationale travaillent en tandem avec leurs ministres des Finances respectifs.

« La planification et la mise en œuvre des programmes phares à l’échelle nationale doivent impliquer le ministre des Finances dans tous les pays pour que le projet soit bien intégré à la dotation budgétaire de chacun des pays », a expliqué le vice-président Abou-Sabaa de la BAD.

Le Groupe africain des négociateurs (AGN par sigle) et des organisations de la société civile ont demandé à l’AMCEN de garantir que les décisions soient prises dans la transparence dans toutes les négociations.

Dans leur communiqué de presse publié dimanche 6 décembre, le Groupe africain des négociateurs et l’Alliance panafricaine pour la justice climatique (PACJA par acronyme anglais) a souligné la nécessité de garantir la transparence du soutien financier apporté aux pays africains.

« Il est nécessaire de doubler le Fonds vert pour le climat dans l’immédiat et de le tripler d’ici à 2020 », est-il dit dans ce communiqué de presse.