Changer le panorama de l’enseignement pour assurer des emplois aux jeunes en Afrique

29/05/2015
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Mettre en place des programmes de formation davantage axés sur le milieu professionnel et le secteur industriel pourrait bien être le meilleur moyen de remédier aux difficultés d’insertion des jeunes et de répondre ainsi à la nécessité urgente d’abaisser le chômage des jeunes sur l’ensemble du continent africain.

Telle est du moins l’idée principale qui est ressortie du panel de discussion tenu jeudi 28 mai 2015, sur le thème « Compétences et technologies pour la transformation de l’Afrique », dans le cadre des 50e Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), organisées à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

« L’Afrique doit restructurer son système d’enseignement » a affirmé Hendrina Doroba, directrice exécutive du Forum des des femmes africaines spécialistes des sciences de l'éducation (FAWE par acronyme en anglais). Avant d’ajouter : « Nous devons définir les compétences requises pour aller de l’avant ».

Ce panel de discussion a donné lieu à des échanges passionnés et passionnants entre Hendrina Doroba et les autres participants, parmi lesquels Gnamien Konan, ministre ivoirien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Getachew Engida, directeur général adjoint de l’UNESCO, Moussa Dosso, ministre ivoirien de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Formation professionnelle de Côte d’Ivoire, Martial De-Paul Ikounga, commissaire chargé des Ressources humaines, des Sciences et des Technologies de l’Union africaine, et le président de la Ligue des jeunes leaders de Côte d’Ivoire, Moussa Kone.

L’Afrique présente un paradoxe : une croissance économique rapide, alors que le marché du travail est gangrené par un manque de travailleurs qualifiés et une faible productivité. L’un des principaux défis soulevés par les participants est de savoir comment intégrer les travailleurs de l’économie informelle – qui s’avère, elle, est florissante –, comme les vendeurs de rue et les dirigeants de petites entreprises informelles, dans l’économie formelle en constante mutation.

Les membres du panel de discussion ont exprimé une vive préoccupation : comment financer la formation des 11 millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail ? Une problématique qui se pose à l’ensemble des parties concernées. « Le manque de volonté politique est un véritable frein pour nous », a déploré Getachew Engida, directeur général adjoint de l’UNESCO.

Moussa Kone a plaidé quant à lui pour une plus grande équité et plus de transparence dans le financement des programmes de formation destinés aux jeunes, comme solution possible au changement du paysage éducatif. « Cela favoriserait l’innovation », s’est-il dit convaincu. Ce serait certes un tout petit pas, mais pris dans la bonne direction. 

Les participants ont appelé au soutien de la BAD. Si les représentants de la BAD présents à cette session soient convenus que l’enseignement joue un rôle indéniable dans le développement économique, un domaine dans lequel la BAD est très active, la mission de la Banque est aujourd’hui davantage axée sur les infrastructures et d’autres secteurs.

Un membre du panel a suggéré à son tour d’encourager les pays à financer les programmes d’enseignement à travers le continent en piochant dans les autres budgets, notamment ceux consacrés aux dépenses militaires.

De nombreux pays africains pâtissent de l’exode des cerveaux. Parmi les jeunes qui possèdent un bagage universitaire, nombreux sont ceux qui fuient dans des pays plus riches et plus avancés économiquement. Aussi est-il primordial de rendre l’Afrique attractive.

Bien que les membres du Panel aient avancé plusieurs solutions de court terme, notamment des formations techniques axées sur une grande variété de secteurs d’activités – comme l’exploitation minière et l’agriculture, tous deux en plein essor –, ils ont également souligné la nécessité de solutions de long terme pour répondre aux besoins futurs du continent dans le secteur de l’enseignement. « Les dépenses en matière d’éducation ne sont pas des dépenses à proprement parler », a souligné M. Engida, « ce sont en fait des investissements pour assurer l’avenir ».