Symposium Meles Zenawi : « La participation des citoyens est nécessaire à la croissance économique »

24/08/2015
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Commerce, intégration régionale et gouvernance figuraient au cœur des débats qui ont animé le symposium inaugural de la Fondation Meles Zenawi, vendredi 21 août 2015 à Kigali, au Rwanda.

Au cours d’une table ronde, intitulée « L’État en développement dans un monde globalisé », Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (BAD), a souligné combien les barrières commerciales entre nations freinent la croissance et le développement sur le continent. « Les droits de douane sont un problème ; la libre circulation des personnes et des biens est un problème, et pourtant  des solutions existent à portée de main», a-t-il déclaré.

Ces barrières sont la cause du niveau faible des échanges intra-africains, qui représentent 10 % environ du commerce en Afrique, bien loin des 60 % que pèsent les échanges intra-régionaux en Europe, des 40 % en Amérique du Nord et des 30 % au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, selon les chiffres de l’Union africaine.

L’intégration régionale doit, elle aussi, être considérée comme un facteur essentiel de la croissance économique de l’Afrique, a expliqué l’ancienne secrétaire d’État adjointe américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer. Aussi, la lenteur avec laquelle l’intégration évolue est un sujet de préoccupation. « L’Afrique n’atteint pas l’échelle ni la vitesse d’intégration qu’exige la concurrence mondiale. Or sans intégration régionale, les pays africains auront du mal à faire face à la concurrence mondiale », a-t-elle prévenu.

Le continent africain est également confronté au problème des conflits, qui ont un impact sur les efforts entrepris pour parvenir à une croissance inclusive. L’incapacité à régler les conflits est un « frein considérable à la paix à travers l’Afrique », a déploré Jendayi Frazer. Et de souligner combien les conflits du Soudan du Sud, de la République centrafricaine et du Burundi ont créé un impact négatif qui affecte les économies voisines.

« Les pays qui se portent bien, mais qui ont des frontières communes avec des pays en guerre, sont obligés de consacrer leur temps et leurs ressources à tenter de ramener la paix, alors que ces ressources pourraient servir à favoriser le développement », a ajouté madame Frazer. Et de citer l’exemple du Kenya, qui participe depuis des années aux processus de paix impliquant ses voisins que sont le Soudan du Sud et la Somalie.

Autre constat soulevé durant le symposium : bon nombre de pays en situation de conflit sont ceux qui recherchent un maximum de profits, la plupart étant riches en ressources telles que le pétrole et le gaz. Ce sont les pays les plus inégalitaires du continent, de l’avis de Donald Kaberuka. « Au Soudan du Sud, il ne s’agit pas d’un conflit ethnique », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Le conflit porte en fait sur ceux qui veulent contrôler les profits. Ceux qui recherchent les profits se battent sans se soucier des citoyens ».

Dans de telles situations, le plus gros problème est le manque de transparence envers les populations, a pointé Steve Kayizzi-Mugerwa, économiste en chef et vice-président par intérim de la BAD, qui modérait la table ronde. Celui-ci a insisté sur la nécessité de politiques volontaristes pour  résoudre les inégalités et promouvoir l’inclusion sociale, des politiques qui renforcent la démocratie et la responsabilisation des gouvernements.

Olufemi Mimiko, ancien vice-recteur de l’université d’Adekunle Ajasin, au Nigeria, a abondé en ce sens, faisant observer qu’une vraie démocratie se soucie d’impliquer les citoyens et de les faire participer au processus de développement économique. « Même si l’Afrique est parvenue à la croissance économique au fil des ans, cette croissance n’a pas de répercussions. Elle n’a pas d’impact et n’a pas amélioré la qualité de vie. Les populations veulent avoir accès aux services de base, elles veulent voir un développement qui crée des emplois », a-t-il déclaré.