Changement climatique et crise alimentaire: la modernisation des techniques agricoles s’impose

26/05/2010
Share |

L’Afrique subsaharienne est, dit-on, la région la plus vulnérable aux effets de l’augmentation de la variabilité climatique et à la fréquence et à l’intensité des événements extrêmes, à la forte dépendance à l’égard de l’agriculture pluviale pour garantir la sécurité alimentaire de base et la croissance économique.

Comment l’Afrique doit-elle dès lors se préparer à ce nouveau défi, en sus des autres qui la confronte déjà, notamment la crise énergétique, la crise financière ?

Pour en débattre, quatre panélistes, soit Sangafowa Mamadou Coulibaly, ministre de l’Agriculture de Côte d’Ivoire; Lindiwe Sibanda, directeur général d’une ONG en Afrique du Sud œuvrant dans le milieu agricole; Calestous Juma, professeur à Harvard; et Sheila Sisulu, du Programme alimentaire mondial.

Le défi de l’adaptation est réel souligne le ministre Coulibaly. La Côte d’Ivoire a perdu 10 millions d’hectares de forêts et il y a urgence de gérer rationnellement les ressources forestières, de faire un meilleur équilibre entre développement économique et protection des ressources. L’Afrique doit passer d’une exploitation utilisant de larges zones géographiques à une culture basée sur l’intensité, la productivité.

Pour faire ce passage, le continent doit miser sur des politiques nationales et régionales cohérentes, associant les décideurs et les communautés locales, secteur privé compris. Et, concernant les changements climatiques, elle doit faire entendre sa voix, prendre sa place dans un débat encore trop largement dominé par le Nord.

Pour cela, un pré requis : la modernisation de la production et de la mise en marché. Cela passe par des systèmes d’information adéquats, une formation appropriée, mais aussi délocalisée dans les zones rurales, là où vivent les agriculteurs. Et aussi par l’accès, à prix abordables, à des technologies adaptées au contexte local africain.

Modernisation certes, renchérit un panéliste, mais cela ne doit pas pour autant marginaliser les femmes, sur qui repose encore l’essentiel de la culture agricole en Afrique. On doit aussi s’assurer d’une culture nutritive, pas uniquement axée sur une production ne pouvant combler les besoins en termes de qualité nutritionnelle.

Les exemples de reprise en main à succès existent. Le Malawi, par exemple, a pu, en quelques années, passer d’un état de sous-production à une production nationale autosuffisante, voire exportatrice.
La clé : le leadership, une volonté claire et affirmée de se sortir de la dépendance extérieure, et à un climat de plus en plus capricieux, à une organisation agricole permettant de combler les besoins alimentaires d’une manière pérenne.

Sub-Saharan Africa is said to be the most vulnerable region to the effects of climate change and the frequency and intensity of extreme weather conditions.

Africa should therefore prepare for this new challenge, in addition to the existing problems to continent has to cope with.

Four panelists have debated this issue and arrived at thought provoking conclusions. The eminent panelists are: Sangafowa Mamadou Coulibaly, Minister of Agriculture of Côte d'Ivoire; Lindiwe Sibanda, managing director of a South African NGO involved in the agricultural sector; Calestous Juma, professor at Harvard; and Sheila Sisulu, from the World Food Programme.

The challenge of climate change adaptation is real, says minister Coulibaly. Côte d'Ivoire has lost 10 million hectares of forests over the last 20 years and, for the country, there is the urgent need to manage forest resources rationally, to strike a better balance between economic development and resource protection. Africa must move from an agriculture using large geographical areas to intensive agricultural production that requires less space.

To make this transition, the continent must focus on coherent national and regional policies, involving policy makers and local communities, including the private sector. And on climate change, it must make its voice heard: take its place in a debate that has been too heavily dominated by the North.

For this to happen there is one prerequisite: the modernization of agricultural production on the continent and better marketing practices. This requires adequate information systems, appropriate training centers, located in rural areas, where farmers live. And the continent must also access, at acceptable prices, technologies adapted to its local realities.

Modernization is important, adds a panelist, but this process should not  result in the  marginalization of women, on whom food production mostly depend. Africa should also opt for  a policy based on the quality and  nutritive value of its agriculture.

Examples of successes do exist on the continent. Malawi, for instance, has moved  from food deficit due to under-production to food self-sufficiency, with excesses for export to neighboring countries.

What has been the key factor for this sea change? Leadership, a clear and assertive exit from external dependency to an agricultural organization able to cater to national needs in a sustainable manner.