Les changement climatiques: Perspectives de la BAD

17/05/2007
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Les changements climatiques s'avèrent le plus important défi de développement du 21ème siècle. Cette problématique a été examinée lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement, à Shanghai, en Chine. S'exprimant à cette occasion, le président de la BAD,  M. Donald Kaberuka, a indiqué que « notre capacité à progresser sera menacée à moins de faire face à ce défi ». Il a ajouté que « l’Afrique est, selon les dernières études, l’un des continents les plus vulnérables aux déséquilibres climatiques. Des signes qui ne trompent pas apparaissent déjà et devraient nous inciter à passer rapidement à l’action: inondations, sécheresses prolongées et répétitives, assèchement des lacs et rivières, migrations massives suite à l’épuisement des ressources et la précarité des conditions d’existence. Les implications des changements climatiques sur le plan de santé nous poussent à l’action ».

Selon les experts de la BAD, le bien-être économique et social de nos sociétés et sa stabilité est de plus en plus sensible aux risques engendrés par les changements climatiques. Les pays en développement, ajoutent les experts, en particulier les pays africains, sont les plus vulnérables. Les changements climatiques et dérèglements météorologiques menacent gravement leur développement économique et leurs efforts de réduction de la pauvreté en affectant directement leurs ressources naturelles. Les effets directs et indirects des changements climatiques peuvent anéantir des dizaines d’années d’efforts pour le développement. Selon la revue Stern, il est encore temps d’éviter les méfaits des changements climatiques. La revue indique cependant qu’une réaction trop tardive pourrait entraîner des pertes économiques équivalentes à 20% du PIB. En revanche, si chaque nation agissait sur l’instant, les coûts annuels pour éviter la plupart des risques induits par ce phénomène représenteraient  1% du PIB.

Les africains à l’instar des autres peuples du monde commencent à être plus au fait des effets du réchauffement climatique. Selon les experts en la matière, les pays pauvres seront les plus durement touchés et les premiers à devoir faire face aux conséquences incontrôlables de ce nouveau phénomène.  L’Afrique, ont-ils indiqué,  ne représente que 3,6% de l’émission mondiale annuelle de gaz carbonique mais elle abrite 14% de la population mondiale. Le continent africain est une grande inquiétude et au regard de sa pluviométrie, les prévisions annoncent une accentuation du niveau d’alerte. En un siècle, le continent, dans son ensemble, s’est réchauffé de 0,5⁰C. Sa vulnérabilité est exacerbée par l’étendue de sa pauvreté, l’utilisation irraisonnée de ses ressources naturelles, la dépendance à l’agriculture sous pluie et la faiblesse des structures de gouvernance.

Dans de nombreuses parties du continent, ont souligné les experts du Groupe de la Banque,  les effets des changements climatiques sont déjà irréversibles comme le montrent les désastres naturels répétés, les sécheresses, les inondations et autres manifestations climatiques extrêmes causant de nombreuses pertes en vies humaines, entraînent une rupture économique, des troubles sociaux, une migration forcée et sont la source de problèmes environnementaux majeurs. Le réchauffement climatique provoque, de manière générale, un rehaussement du niveau des mers, des inondations néfastes à l’agriculture, à la santé humaine et aux infrastructures, notamment celles des villes côtières et des îles. Les périodes de sécheresse prolongées qui affectent la productivité agricole pèsent sur les ressources en eau et la sécurité alimentaire. Les effets des changements climatiques se manifestent également par l’apparition grandissante des maladies vectorielles et autres manifestations d’affection sanitaire. Diverses autres menaces s’abattent sur les ressources forestières, les ressources en eau, la biodiversité et les autres ressources naturelles. Les conséquences du réchauffement climatique rendront difficile pour les pays africains, la réalisation des objectifs du développement du millénaire pour (ODM), sauf si des mesures d’urgence et d’exception sont mises en place.

Au-delà de ces effets directs, les impacts des changements climatiques se généralisent: coûts sociaux, augmentation des conflits et coûts économiques. L’aggravation de l’aridité et les sécheresses prolongées accélèrent l’abandon de l’économie rurale et stimule l’exode rural. Les changements climatiques augmentent également les risques de tomber dans des « guerres de ressources », nations et communautés se battant pour accéder aux ressources clés telles que l’eau et la terre. La plupart des secteurs économiques clés que sont l’agriculture, la pêche, la forêt, l’industrie, l’énergie et les transports, sont extrêmement vulnérables aux changements climatiques. Les catastrophes naturelles détruisent les investissements stratégiques des pays comme les infrastructures tandis que manque le système d’assurance nécessaire à la couverture de ces pertes. Au cours des vingt prochaines années, le coût des catastrophes naturelles s’évalue entre 6 et 10 milliards de dollars EU, soit dix fois le montant prévu pour les flux d’aide. 

Sur le continent, les petites îles des pays en développement sont particulièrement fragiles et sensibles au réchauffement climatique. La remontée du niveau des océans entraîne une érosion des sols accrue, une perte des terres cultivables, des risques grandissant de tempêtes,  une fragilisation des écosystèmes côtiers et augmente les coûts pour faire face et répondre à de tels chocs. Les changements climatiques affecteront les récifs coraux et plus généralement les écosystèmes essentiels.

Il est possible de répondre au réchauffement climatique tant au niveau communautaire qu’au niveau national. L’ensemble des communautés doivent être sensibilisées aux dangers que représentent les actions humaines et les impacts des émissions de gaz à effet de serre sur le réchauffement climatique. Mais la plupart du travail sur le continent doit être accompli par les gouvernements. Les gouvernements africains doivent répondre résolument à l’impact des changements climatiques en diversifiant  l’offre, en construisant une énergie à faible émission de carbone et en ouvrant le marché à l’investissement et l’innovation du secteur privé.  Ce sont là des mesures essentielles pour la sécurité à long terme des systèmes énergétiques et pour assurer une croissance économique régulière.

Le Groupe de la Banque africaine de développement, pour sa part, s’est engagé à soutenir les efforts des gouvernements africains pour atténuer les effets des changements climatiques.  Une réponse du Groupe de la Banque est de développer son propre plan d’action dans le cadre de l’initiative des Banques multilatérales de développement prise au cours du sommet du G8 intitulée Cadre d’investissement pour les énergies propres et le développement. Les actions futures du Groupe de la Banque pour répondre aux changements climatiques se concentreront sur l’importance du recours aux énergies à faible émission de carbone et aux énergies renouvelables et s’efforceront de soutenir la dissémination des technologies de réduction de carbone ainsi que l’accès aux mécanismes de développement propres liés aux technologies modernes et améliorées de la biomasse, des énergies solaires et éoliennes, des petites énergies hydroélectriques et des techniques de capture de méthane. Le Groupe de la Banque soutiendra également les pays membres régionaux dans la mise en place de politiques permettant de lutter contre la déforestation et d’encourager la  reforestation.

 Les effets des changements climatiques se font déjà sentir en Afrique et cette situation ne cessera que lorsque les efforts entrepris pour atténuer ces méfaits se concrétiseront. Il est vital pour les gouvernements africains de créer un climat résistant, notamment en investissant dans les infrastructures, l’agriculture, les ressources en eau, les secteurs de la santé et de l’éducation, afin de mieux s’adapter aux changements climatiques et aux variations météorologiques. La Banque aidera les pays membres régionaux à mettre en place les outils, les politiques et les projets, macro et micro-économiques, nécessaires à la gestion et au traitement des données sur les risques climatiques.

En Afrique, l’agriculture et les ressources naturelles sont un élément important de la sécurité alimentaire, tout autant que l’énergie pour le développement économique et la réalisation des ODM.  L’amélioration et le maintien, à tout le moins, de la production agricole et de l’extension de l’accès à l’énergie, particulièrement pour les pauvres, sont les priorités de développement pour les pays africains.

Simultanément, l’Afrique ne peut se permettre de ne pas adopter la voie des énergies à faible émission de carbone quand cette option est accessible et économiquement efficace. Trouver le juste équilibre entre l’accès à l’énergie pour tous, la gestion durable des ressources naturelles et la réduction de du PIB  est le chemin que l’Afrique doit emprunter. L’utilisation accrue des mécanismes flexibles dans le cadre du protocole de Kyoto, en particulier  dans le cadre du Mécanisme du développement propre, est essentiel pour le continent.