Comparer la taille réelle des économies africaines

30/04/2014
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Les résultats du Programme de comparaison internationale pour l’Afrique dévoilés

La Banque africaine de développement (BAD) est fière d’annoncer l’achèvement, avec succès, de son Programme de comparaison internationale pour l’Afrique 2011 (PCI-Afrique). La BAD publiera prochainement un rapport exhaustif et détaillé qui fait le point sur les parités de pouvoir d’achat (PPA), les indices de volume et les indices des niveaux des prix dans les 50 pays membres régionaux qui ont participé au programme. Ce communiqué de presse constitue la première publication officielle des données du cycle 2011 du PCI-Afrique.

Le cycle 2011 est le troisième exercice de comparaison internationale des volumes et des prix à grande échelle pour l’Afrique, mené sous l’égide de la BAD. Le premier cycle du PCI, qui remonte à 2005, avait été suivi d’une comparaison intermédiaire des dépenses de consommation des ménages en 2009. Pour ce faire, la BAD a travaillé en étroite collaboration avec les bureaux nationaux de statistique dans ses 54 pays membres régionaux, ainsi qu’avec les organisations sous-régionales Afristat, COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe), CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) et SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe), qui ont coordonné les efforts de leurs pays membres respectifs.

Le PCI est un programme international, dont le cycle 2011 devait couvrir quelque 190 pays de toutes les régions du monde. Le programme a pour objectif de servir de base fiable à la comparaison des PIB entre pays qui utilisent le concept de PPA. Il permet de comparer la valeur réelle de production pour chacun d’eux, grâce à des références standardisées exemptes de toute distorsion des prix et des taux de change. Cette toute dernière comparaison couvre 50 pays d’Afrique et le continent représente le groupe le plus important de ce Programme à dimension mondiale.

Avant que les parités de pouvoir d’achat (PPA) ne deviennent pleinement disponibles, les PIB des différents pays étaient souvent convertis en une devise commune, à l’aide des taux de change du marché. Ceci aboutissait à des comparaisons trompeuses, car, bien que les PIB fussent tous libellés dans la même devise, la différence entre les niveaux des prix des différents pays n’était pas prise en compte, induisant ainsi des distorsions. Une comparaison véritable du PIB des différents pays s’appuie sur l’établissement de parités de pouvoir d’achat (PPA) - un principe clé qui sous-tend les programmes PCI régionaux et internationaux.

Quelques faits saillants sur le PCI-Afrique 2011

Une Afrique dynamique. Le PCI 2005 a montré que l’Afrique du Sud était la plus importante économie du continent, représentant à elle seule 22 % du PIB réel global de l’Afrique, l’Égypte arrivant en deuxième position avec 20 %. Cependant, après 2005, le PIB réel de l’Égypte a augmenté plus rapidement que celui de l’Afrique du Sud ; en conséquence de quoi, les positions se sont inversées en 2011, l’Égypte représentant alors 23 % du PIB du continent, contre 17 % pour l’Afrique du Sud. Le Nigéria continue d’occuper la troisième place du classement, avec un PIB représentant 13 % de l’économie du continent en 2005 et 14 % en 2011.

Quatre géants. L’économie africaine est dominée par quatre pays qui ont, chacun, un PIB réel supérieur à 2 000 milliards de rands sud-africains (ZAR) en termes réels : l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Algérie. Ensemble, ces quatre géants représentaient près de 60 % du PIB africain en 2011. Ils sont les locomotives de la croissance du continent. Les économies de ces pays poursuivant leur expansion, elles devraient relever la performance économique de leurs partenaires commerciaux dans la région.

Un mélange de pays riches et de pays plus pauvres. Les termes « riches » et « pauvres » sont employés ici pour désigner les pays qui ont un PIB réel par habitant respectivement « élevé » et « faible ». L’Afrique se caractérise par des différences extrêmes en termes de PIB réel par habitant, la Guinée équatoriale enregistrant par exemple un PIB de 210 405 ZAR contre 2 562 ZAR pour le Libéria. Trois autres petits pays ont également un PIB réel par habitant élevé : les Seychelles, le Gabon et l’île Maurice. Le Burundi, la République démocratique du Congo et les Comores sont, quant à eux, les pays les plus pauvres (par ordre décroissant).

Niveaux des prix en Afrique. L’indice du niveau des prix est le ratio des PPA par rapport au taux de change. En 2011, le niveau global des prix était de plus de 40 % au-dessus de la moyenne africaine en Angola, en Afrique du Sud, en Namibie et au Gabon, mais inférieur à 70 % de cette moyenne en Éthiopie et en Égypte.

Bien-être des ménages. La consommation individuelle effective (CIE) par habitant représente une bonne mesure du bien-être matériel. La CIE englobe tous les biens et services consommés par les ménages, que ceux-ci les achètent eux-mêmes ou qu’ils les reçoivent gratuitement de la part d’organismes sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM) ou du gouvernement. En 2011, la CIE par habitant de l’île Maurice, des Seychelles et de l’Égypte dépassait de plus de 30 % la moyenne africaine. A contrario, celle du Niger, des Comores, du Libéria, du Burundi et de la République démocratique du Congo était inférieure à 30 % de la moyenne africaine.

Investir dans l’avenir. La formation brute de capital fixe (FBCF) par habitant mesure le montant des investissements par habitant qui sont effectués à l’intérieur d’un pays. Les données émanant du PCI révèlent que cette FBCF est élevée dans les pays plus riches (par ex. aux Seychelles et au Botswana) et faible dans les pays plus pauvres (comme au Burundi, aux Comores ou encore au Libéria). L’investissement est indispensable à la croissance future, mais les pays pauvres sont confrontés à la difficulté de ne pas être en mesure de dégager l’épargne nécessaire à des fins d’investissement. Ils ne peuvent pas investir car ils sont pauvres, et ils sont pauvres car ils ne peuvent pas investir.

Conclusions

Les données du PCI qui ont été recueillies dans le cadre de ce cycle 2011 représentent une riche source d’informations, et permettent de mener des analyses plus approfondies à l’échelle tant nationale, que régionale et internationale. Les organismes internationaux tels que l’ONU et ses agences, le FMI, la Banque mondiale, la Commission européenne et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui exigent tous des données fiables et actualisées sur l’Afrique pour guider le processus de croissance inclusive et de développement transformateur, figurent parmi les principaux utilisateurs de ces données.

Les informations du PCI qui ont été recueillies dans le cadre de ce cycle 2011 mettent en lumière les économies africaines hautement performantes, comparé aux pays qui ont enregistré des progrès plus lents. Non seulement les données identifient les moteurs de la croissance économique dans la région, mais elles fournissent également des mesures du bien-être des ménages avec les classements de la consommation individuelle effective. Ces données aideront les gouvernements à élaborer des politiques fondées sur des données probantes et à allouer les ressources là où les besoins s’en font le plus ressentir. À l’échelle régionale, les PPA, qui suppriment les différences de prix entre nations, contribueront aussi à stimuler le commerce entre les pays africains et à tirer parti des économies d’échelle – de quoi favoriser l’intégration régionale et l’investissement étranger.

Grâce à son rôle à la tête du PCI-Afrique et, en particulier, du coup d’envoi de ses Autoroutes de l’information en Afrique, le Banque africaine de développement facilitera l’accès aux organisations de développement, tant régionales qu’internationales, aux décideurs politiques, aux chercheurs/universitaires, tout comme au grand public, à une manne d’informations essentielles pour leurs analyses à venir.

Fiabilité des PPA et dépenses réelles

Les PPA sont des estimations ponctuelles et, comme toute estimation de ce type, sont sujettes à des erreurs. Les marges d’erreur entourant les PPA dépendent de la fiabilité des pondérations de dépenses et des données relatives aux prix que signalent les pays participants, ainsi que de la façon dont les biens et les services aux prix indiqués reflètent les modes de consommation et les niveaux de prix de chacun d’eux. À l’instar des comptes nationaux en général, il est difficile de mesurer avec précision les marges d’erreur dans le calcul des PPA ou dans les dépenses réelles qui en découlent.