Connecter l’Afrique au reste du monde

26/05/2010
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Les tarifs de l’accès à Internet en Afrique subsaharienne sont les plus coûteux au monde, néanmoins, la demande potentielle est immense. L’Union internationale des télécommunications (UIT) et la Banque mondiale estiment qu’en moyenne, le coût d’une connexion haut débit y est d’environ 100 USD pour 110 kilobits/seconde. En Europe et en Asie centrale, le même type de connexion revient à 20 USD alors qu’en Amérique latine et aux Caraïbes, il s’établit à 7 USD. Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord paient quant à eux moins de 30 USD.

Mais la demande potentielle est immense indique le Rapport conjoint BAD-OCDE  sur les perspectives économiques de l’Afrique (PEA) 2010 publié le 24 mai 2010, à Abidjan, dans le cadre des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).

Une étude sur 16 pays d’Afrique subsaharienne réalisée en 2006-07 montre qu’en Afrique du Sud, au Cameroun, au Kenya, au Nigeria et au Sénégal, plus de 10 pour cent des personnes interrogées utilisent Internet. Le potentiel de développement est réel dans la mesure où la sensibilisation à Internet reste très faible. Au Burkina Faso, en Éthiopie, au Mozambique, en Ouganda et en Tanzanie, moins de 10 pour cent des personnes interrogées connaissaient Internet. Ce taux passe à 30 pour cent au Bénin, au Botswana, en Côte d’Ivoire, au Ghana et en Namibie. Le secteur des télécommunications investit dans la bande passante internationale pour répondre à cette demande potentielle et est parvenu aujourd’hui à un taux de croissance annuel de 96 pour cent de la bande – à comparer à la moyenne mondiale qui, selon l’enquête 2008 de Telegeography, s’établit à 51 pour cent.

Le faible taux de pénétration d’Internet et le coût élevé de la connexion tiennent essentiellement à l’absence de réseaux internationaux haute capacité Les opérateurs peuvent donc imposer un prix supérieur au coût marginal du service. Aujourd’hui, un seul câble sous-marin de fibre optique dessert la côte occidentale de l’Afrique – SAT-3. Le service est de qualité internationale et l’accès limité aux membres du consortium qui ont construit cette liaison en 2002.

Depuis la mi-2007, les opérateurs peuvent acquérir des capacités pour un prix mensuel allant jusqu’à 25 000 USD par mégabit/seconde (Mbps). Les câblodistributeurs anticipent une recrudescence de la concurrence et ont ramené les tarifs dans une fourchette allant de 2 000 à 10 000 USD par Mbps et par mois. En volume de trafic, les prix de gros de l’Afrique du Sud sont les moins chers – à l’inverse du Cameroun et du Gabon qui paient le prix fort. Le plus souvent, les pays n’ont pas les moyens de financer un amarrage à SAT-3 (le Bénin et le Ghana faisant exception), de sorte que cette infrastructure est sous-utilisée.

Pour l’essentiel, la connectivité de l’Afrique est assurée par des stations terrestres de télécommunication par satellite et des antennes satellitaires VSAT (Very Small Aperture Terminal). Cela coûte cher, même si les tarifs – qui tournent entre 3 000 et 5 000 USD le Mbps par mois – sont souvent inférieurs à ceux de SAT-3. En outre, les applications sont lentes par rapport à d’autres technologies : une requête sur une page web peut prendre jusqu’à 16 secondes. Intelsat, le leader mondial des services commerciaux par satellite, couvre la totalité de l’Afrique. Thuraya, qui compte parmi ses actionnaires des opérateurs et des investisseurs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, assure une couverture pour l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale.

Des initiatives sont engagées en Afrique de l’Ouest, en Afrique de l’Est et en Afrique australe pour développer les réseaux internationaux Mais pour l’instant, l’Afrique australe et orientale doit se contenter des satellites et n’a accès qu’à 0,07 pour cent de la capacité de la bande passante internationale. Le système de câble sous-marin d’Afrique orientale (East Africa Submarine Cable System – EASSy), long de 10 000 kilomètres, devait relier 21 pays depuis l’Afrique du Sud jusqu’au Soudan d’ici 2008. Les prix devraient passer à 500-1 500 USD par Mbps et par mois grâce à un modèle d’accès ouvert permettant à tous les prestataires de services d’acheter la connexion au même prix, qu’ils soient ou non investisseurs dans le projet. Mais ce projet de 263 millions USD a pris du retard, par suite en particulier de désaccords sur la gestion du consortium.

Sur la côte occidentale, ce sont le Ghana, le Nigeria et le Sénégal qui offrent la plus forte demande potentielle de connexion internationale. Pas moins de sept groupes d’investisseurs ont déclaré vouloir apporter de nouvelles capacités internationales à la région, mais seuls quelques-uns y parviendront. Globacom, le deuxième plus ancien opérateur du Nigeria, devrait poser 9 500 kilomètres de fibre optique à Lagos en 2009, et reliera ensuite la ville à Accra (Ghana) et à Dakar (Sénégal).

Le projet GL01, d’un montant de 150 millions USD, ne va pas sans risque puisque le volume actuel du trafic de l’opérateur au Bénin, au Ghana et au Nigeria ne justifie pas un tel investissement. Le Nigeria abrite un autre projet – MaIN One – mis en œuvre par Mainstreet Technologies pour relier le Portugal à Lagos et Accra d’ici mai 2010. Les prix de gros devraient s’établir à 200 USD par Mbps et par mois. Ce câble devrait ensuite se prolonger jusqu’en Afrique du Sud, pour un coût de 865 millions USD. Le système de câble pour l’Afrique occidentale WACS (West African Cable System) bénéficie du soutien des plus gros opérateurs sud-africains – MTN, Neotel, Telkom et Vodacom – qui gèrent le trafic le long de la côte Ouest. Des stations d’amarrage sont prévues à Accra et Lagos uniquement.

Le projet de câble sous-marin entre la côte africaine et l’Europe – baptisé ACE (Africa Coast to Europe) et soutenu par France Telecom et 14 opérateurs africains – devrait permettre de relier la France au Gabon d’ici 2011. Ce câble sera construit par un consortium géré par France Telecom. Le projet Internet haut débit par satellite « Trois autres milliards » O3B (Other Three Billion), d’un montant de 750 millions USD, devrait entrer en service d’ici 2010, pour un tarif proche de 700 USD par Mbps et par mois. Le téléchargement d’une page web pourra ainsi se faire en 4 secondes.

Le projet Uhurunet du Nepad pour installer un câble sous-marin de fibre optique autour de l’Afrique ne trouve guère d’écho. Enfin, Thalès Alenia Space est en train de construire le premier satellite de communications panafricain (Rascom). Prévu au départ pour un lancement dans les années 1990, il ne devrait devenir opérationnel qu’après 2010. Le projet de câble sous-marin de la côte Ouest de l’Afrique WAFS (West African Festoon System) permettra de relier le Nigeria à la Namibie. Il devrait opter pour la même structure de gouvernance que le câble SAT-3 et sera également géré par Telkom SA. WAFS ne devrait donc pas proposer de modèle d’accès ouvert.