Canaliser les investissements de la diaspora pour le développement de l’Afrique

29/02/2008
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Des représentants de la Banque africaine de développement ont participé récemment à un séminaire sur le thème « Comment promouvoir les investissements et les remises de fonds par la diaspora comme sources de financement pour mieux favoriser la croissance et le développement en Afrique », qui s’est tenu au Cap, en Afrique du Sud. Organisé par l’Institut multilatéral d’Afrique, ce séminaire de trois jours qui s’est déroulé du 6 au 8 février 2008, a réuni des experts de la question, dont le Directeur administratif de la BAD, Peter Sinon ; l’Economiste en chef du Département Afrique de la Banque mondiale, John Page ; le Directeur du Fonds multilatéral d’investissement, Donald Terry, et le Président directeur général de la Banque de développement de l’Afrique australe (DBSA), Paul Baloyi.

Au fur et à mesure qu’augmente le nombre de personnes touchées par la réalité de la mondialisation, le rôle et l’impact de la diaspora, ses investissements et la contribution positive qu’elle peut apporter au développement deviennent de plus en plus vitaux pour des raisons stratégiques et de politique. La rareté des fonds de développement est exacerbée par la hausse des coûts des intrants requis pour le développement des infrastructures – ciment, bitume et carburant notamment – ce qui accroît l’importance des dépôts de fonds par la diaspora.

Le Groupe de la Banque a toujours considéré la diaspora africaine comme une pièce maîtresse dans les efforts déployés en vue du développement de l’Afrique. Bien que l’exode des travailleurs hautement qualifiés du continent puisse constituer une entrave majeure aux efforts de développement, les remises de fonds par les africains vivant à l’étranger stimulent les initiatives de développement sur le continent. Ainsi qu’il ressort d’un rapport réalisé par un Groupe indépendant de haut niveau mis sur pied par le Groupe de la Banque, « les ressources mobilisées au profit du continent, plus stables que l’APD en termes de source de flux extérieurs, croissent rapidement aussi. Ceci non seulement donne un coup de fouet au continent mais prouve également que les travailleurs qualifiés partent à l’étranger parce qu’il n’existe pas de bonnes opportunités d’emplois dans leurs pays respectifs. Les remises de fonds sont passées d’un montant de 58 milliards de $EU en 1995 à 160 milliards de $EU en 2004 (soit une augmentation de 102 milliards de $EU). Les flux d’APD durant la même période n’ont progressé que de 59 milliards de $EU à 79 milliards $EU (soit une augmentation de 20 milliards $EU).

Les principales raisons de ce formidable accroissement des fonds déposés sont notamment: la mondialisation, la baisse des coûts de voyage et son corollaire de mouvements et établissements humains ; la concurrence acharnée entre banques et opérateurs de transfert d’argent, notamment Money Gram et Western union, avec pour corollaire une réduction des coûts d’un transfert moyen. Sous certains cieux, Asie et Amérique latine par exemple, l’extension des réseaux de remise de fonds et les services financiers sécurisés mis en place à cet effet, ont stimulé et encouragé les bénéficiaires et les migrants à déposer les épargnes réalisées sur leurs revenus.

Le séminaire du Cap faisait partie d’un processus initié par l’Union africaine, la Banque mondiale et d’autres partenaires au développement, lorsqu’ils ont réalisé le potentiel et la capacité de la diaspora africaine à contribuer aux efforts de développement du continent. De nombreux accords ont été conclus à la suite des exposés qui ont été faits.

Les participants se sont accordés sur la nécessité de mettre en place des intermédiaires financiers, principalement des facilités rurales, et de mieux formaliser les reçus et l’accès aux financements, par la promotion d’une éducation financière au sein de ces institutions et l’ouverture de comptes bancaires individuels pour les fonds déposés, ce qui permettra de disposer de données plus spécifiques et plus fiables. Ils ont suggéré que soit explorées les possibilités d’une émission éventuelle de titres Diaspora, comme moyen de mobilisation de ressources additionnelles en vue du développement. Cette suggestion était fondée sur l’augmentation, la constance et la fiabilité des transferts de fonds sur les marchés mondiaux de capitaux.

Ils ont mis en exergue la nécessité d’établir et de renforcer les partenariats et les capacités de l’Union africaine, des banques centrales africaines et institutions financières pertinentes de la diaspora, ainsi que la nécessité d’établir une collaboration entre les organismes de remise des fonds et les bénéficiaires en vue de l’établissement de plans et registres de versement. Ils ont relevé qu’il était important d’élaborer différents plans d’intéressement et programmes d’échanges afin de faciliter l’exploitation de la base de connaissances et des expériences de la diaspora.

Ils ont souligné la nécessité d’un changement de mentalité, et qu’ainsi, la diaspora soit considérée comme un actif et les cerveaux partis à l’étranger comme des « banques d’intellectuels » qu’il faut exploiter à travers des mesures incitatives appropriées et les infrastructures TIC en place, plutôt que de s’éterniser à tirer des conclusions négatives et passives selon lesquelles « l’exode de cerveaux » serait une perte pour les pays africains.

Le bureau de l’économiste en chef du Groupe de la BAD collabore étroitement avec la Banque mondiale sur la question des ressources mobilisées par la diaspora. La Banque a publié récemment un rapport sur les remises de fonds par la diaspora aux Comores, au Mali et au Sénégal, et ce, dans le but de fournir des informations détaillées sur la question de la migration, sur la diaspora et sur la dynamique des dépôts.

L’Institut multilatéral d’Afrique est une organisation conçue conjointement par la Banque mondiale, le FMI et la BAD dans le but de créer un institut commun de formation en Afrique, avec pour objectif à long terme, la création d’un institut de classe internationale axé sur le savoir et possédant une identité africaine. Son principal but est de dispenser une formation de qualité en tirant partie des meilleures compétences de ces trois institutions.