Développer l’agriculture africaine pour la croissance inclusive du continent

29/05/2013
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L’Afrique est aujourd’hui le continent dont la croissance est la deuxième plus rapide au monde. En dépit d’une décennie de changements économiques de grande importance dans l’économie mondiale, le continent a continué d’accélérer sa croissance, défiant ainsi les pessimistes et en créant des améliorations majeures dans ses Indices de développement humain.

Cependant, la crise de l’emploi, en particulier chez les jeunes, est venue troubler ces gains et creuser les inégalités. Il apparaît clair que la croissance économique n’a pas été assez importante pour endiguer la pauvreté et les égalités croissantes sur le continent. Selon la Banque africaine de développement (BAD), la réponse réside dans une croissance plus inclusive sur le continent.

« Des politiques réfléchies visant à réduire les inégalités et promouvoir l’inclusion sont plus que jamais nécessaires. Il est temps de se concentrer sur les attentes du peuple : un travail décent, un salaire avec lequel on puisse vivre, un accès aux services de base, plus de démocratie et des gouvernements responsables devant le peuple », dit l’Economiste en chef et Vice-Président de la BAD, Mthuli Ncube. « Promouvoir la croissance inclusive est désormais une urgence. »

Alors qu’elle apporte près d’un tiers du PIB du continent et emploie 65 à 70% de la population, l’agriculture est sans nul doute un levier important qui permettra de créer plus de croissance inclusive.

Le secteur dispose d’un énorme potentiel de transformation. L’Afrique est dotée d’une grande diversité de zones agro-écologiques, ce qui créé un vaste potentiel pour les produits agricoles sur les marchés intérieurs comme à l’étranger. L’Afrique subsaharienne détient environ la moitié des réserves mondiales de terres incultes, de même que de vastes réserves d’eaux inexploitées. Cela rend possible une large expansion du secteur, en particulier au moment où la demande de produits agricoles e de nourriture dans le monde et dans le continent augmente drastiquement. Les pays africains, par exemple, importent pour plus de 25 milliards de dollars de nourriture chaque année. Seulement 1 milliard de dollars provient de pays africains. Cela créé un vaste marché agricole intra-africain et des opportunités pour les nombreux fermiers du continent.

Cependant, si l’Afrique exploite ce potentiel, de nouvelles approches du secteur verront le jour. Pour assurer une croissance inclusive à long terme sur le continent, l’agriculture africaine doit opérer un glissement d’une agriculture très diversifiée, orientée vers l’élevage de subsistance sur la plupart du continent, à une production plus orientée vers le marché, plus agro-industrielle et de meilleurs accès aux marchés.

L’agenda inclura aussi des mesures pratiques pour renforcer les connections entre les petits et les plus grands exploitant, le marché orienté vers l’élevage et les opérations agro-industrielles. Cela implique une fourniture de produits améliorée et que la commercialisation de ces produits soit en cohésion avec la chaîne de paiement. Cela exige, en ce qui les concerne, que les infrastructures ruro-agricoles soient améliorées.

Il y aura besoin d’innovation et d’un passage aux nouvelles technologies adaptées aux environnements locaux. Le Nouveau riz pour l’Afrique (NERICA) de l’Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (ADRAO), qui conjugue les avantages du rendement élevé asiatique et la grande résistance des variétés de riz africaines pour produire une variété unique de riz adaptée aux conditions de l’Afrique, en est un exemple. Dans le même temps, il faudra rendre l’élevage plus attractif pour les jeunes générations, enclin à fuir les villes des zones rurales.

En dépit de l’abondance que l’on trouve dans certaines zones, la rareté de l’eau, entre  autres, demeure un grand problème en ce qu’il créé une importante insécurité alimentaire. La déforestation, comme d’autres pratiques destructrices continue également de détériorer les terres africaines et de diminuer le niveau de production. Ainsi, faudra-t-il améliorer la gestion des ressources naturelles. Ici, l’attention sera portée sur la conservation, l’utilisation et la gouvernance des terres, de l’eau, des ressources forestières, tout comme sur la préservation de la biodiversité.

Une transformation de l’agriculture africaine centrée sur la population permettra aux fermiers africains d’endiguer la faim et l’insécurité alimentaire sur le continent, tout en exploitant de nouvelles opportunités de marché au niveau mondial comme à l’échelle du continent, et en créant une croissance plus inclusive.

Le secteur privé sera un important partenaire dans ce progrès. Les expériences de réformes rurales et agraires réussies en Asie et en Amérique Latine démontrent que le secteur privé a un rôle important à jouer pour répondre aux opportunités d’investissement dans le domaine agricole, notamment au vu de la mondialisation.

Un scénario adapté serait un scénario dans lequel l’Etat sert de catalyseur, en apportant sa vision, sa stratégie, et son engagement à long  terme pour la transformation agricole, tout en mettent en place une politique environnementale et des institutions capables de stimuler les investissements du secteur privé dans l’agriculture et l’agro-industrie.

Pour sa part, la BAD a d’ores et déjà pris un rôle dans cette transformation agricole pour plus de croissance inclusive. Débloquer l’énorme potentiel agricole de l’Afrique est le premier des objectifs de la stratégie 2013-2022, qui souligne d’autant plus ce besoin de croissance inclusive. Elle est déjà un contributeur majeur au développement des infrastructures en Afrique à travers des investissements dans des routes en zones rurales, des systèmes d’irrigation, des emplacements de stockage et des marchés, ses domaines d’avantages comparatifs. Cela fonctionne en partenariat avec des agences spécialisées telles que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et d’autres mieux positionnées pour intervenir à d’autres niveaux de la chaîne de valeur, telles que les graines, les engrais, la recherche et la vulgarisation agricole.

La Banque est aussi un des principaux financiers de l’investissement privé dans le domaine de l’agriculture et de l’agro-industrie et a un programme de financement commercial qui se concentre, entre autres, sur l’agriculture. Sa nouvelle stratégie renforce ce rôle dans le développement de l’agriculture africaine pour la transformation du continent et une croissance inclusive.