Revue sur l’efficacité du développement Édition 2012

18/03/2013
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La Revue sur l’efficacité du développement est une série de publications examinant la contribution de la Banque africaine de développement (dite la « BAD » ou la « Banque ») aux résultats en matière de développement en Afrique. Depuis la première Revue annuelle sur l’efficacité du développement, publiée en 2011, cette série participe à l’exigence de transparence de la BAD et à son obligation de rendre compte auprès de ses pays membres et des différentes parties prenantes. Elle permet également de s’assurer que nos opérations ne cessent de s’améliorer. En 2012, nous avons publié une série de numéros examinant certains aspects du portefeuille de la BAD, notamment les États fragiles, la gouvernance, l’intégration régionale et le programme pays de la Banque au Rwanda.


Gouvernance

La qualité de la gouvernance est largement reconnue comme l’un des facteurs majeurs du développement de l’Afrique. Aider les pays africains à construire des États forts et réactifs constitue l’un des quatre piliers de la Stratégie à long terme de la Banque. Nos Orientations stratégiques et Plans d’action en matière de gouvernance pour 2008–2012 énoncent les principes directeurs et nos objectifs en termes de gouvernance, à l’échelle nationale, sectorielle et régionale. Nous nous appuyons sur notre avantage comparé, et nous focalisons sur le renforcement de la transparence et de la responsabilisation dans la gestion des ressources publiques - finances publiques et ressources naturelles incluses.

Pendant la préparation de cette revue, nous avons conçu un cadre d’évaluation des résultats de nos opérations axées sur la gouvernance, qui se décline en quatre paliers. Le niveau 1 mesure les progrès globalement accomplis par l’Afrique au cours des dernières années, et s’appuie sur des indicateurs évaluant la gestion des finances publiques, l’environnement des affaires, la conduite macroéconomique, la gouvernance politique, la primauté du droit, la corruption, et l’efficacité de la gouvernance. Le niveau 2 jauge la contribution de la Banque à ces résultats. Le niveau 3 mesure la manière dont nous gérons nos opérations en faveur de la gouvernance, tandis que le niveau 4 évalue nos efforts pour améliorer notre propre aptitude, en tant qu’organisation, à œuvrer dans ce domaine complexe.

Notre nouveau Plan d’action pour la gouvernance et notre Stratégie à long terme sur 2013–2022 réaffirment notre engagement, ferme, à intensifier nos actions en faveur de la gouvernance, en redoublant d’efforts notamment pour promouvoir une réforme horizontale de la gestion des finances et de l’administration publiques, et en œuvrant davantage dans la gouvernance sectorielle, notamment dans les infrastructures et la gestion des ressources naturelles (industries extractives, eaux et forêts). Nous continuerons à accorder la priorité à la promotion d’un environnement propice aux affaires, en mettant l’accent sur la création d’emplois. La Banque est également déterminée à aider ses pays membres régionaux à accroître leurs recettes nationales et à réduire leur dépendance vis-à-vis de l’aide.

Désormais, notre programmation s’articulera autour des thèmes suivants : approfondir et élargir notre appui aux réformes de la gestion des finances publiques ; promouvoir les réformes et le renforcement des capacités dans tous les secteurs ; renforcer la gouvernance des ressources naturelles ; promouvoir la création d’emplois par l’amélioration de l’environnement des affaires ; et approfondir les partenariats pour le développement.


États fragiles et pays touchés par un conflit

Le présent rapport passe en revue les opérations de la Banque africaine de développement (dite aussi « BAD » ou « la Banque ») dans les pays fragiles ou ceux affectés par un conflit (États fragiles) entre 2009 et 20111. Il s’inscrit dans le cadre de la série de nos Revues sur l’efficacité du développement, qui vise à renforcer la responsabilisation et à favoriser l’apprentissage.

Environ un tiers des États africains, abritant plus de 200 millions d’habitants, peuvent être classés dans la catégorie des États fragiles. Historiquement, les États fragiles ont reçu moins d’aide, au regard de leurs besoins et de leur capacité d’absorption, que la plupart des pays en développement. Certains d’entre eux — communément appelés les « orphelins de l’aide » — ont fait l’objet d’un manque d’intérêt total pendant bien longtemps.

La BAD s'engage à accroître et à renforcer son appui aux États fragiles d'Afrique. Depuis 2008, année de l’adoption de la nouvelle Stratégie pour un engagement accru dans les États fragiles et du lancement de la Facilité en faveur des États fragiles (FEF), la Banque fournit un appui substantiel à un groupe clé d'États fragiles. Entre 2008 et 2011, la Banque a accordé 2,5 milliards de dollars EU environ pour 124 opérations dans des États fragiles d'Afrique, et le niveau d'investissement est appelé à croître au cours des années à venir. L'ampleur et la souplesse de l'appui de la Banque ont été déterminantes pour aider quelques-uns des pays les plus vulnérables à surmonter la crise financière de 2008–2009. 

La BAD a également poursuivi sa décentralisation dans les États fragiles, reconnaissant ainsi que la proximité avec les pays clients et la réactivité à leurs besoins sont essentiels pour garantir l'efficacité dans ce contexte. En 2011, la Banque a créé de nouveaux bureaux nationaux au Burundi, en République centrafricaine, au Libéria et au Togo. Nous disposons désormais de bureaux nationaux dans dix (10) États fragiles, soit près de la moitié des pays actuellement pris en charge par la Facilité en faveur des États fragiles. La BAD est devenue un partenaire clé du développement pour les États fragiles, et compte consolider son rôle de leader durant la décennie à venir.

Nous croyons fermement à la vision d'une zone économique africaine dynamique, diversifiée et concurrentielle, où l'extrême pauvreté serait éradiquée au sein de sociétés pacifiques, stables et dynamiques. Nous estimons que cette vision a toutes les chances de se concrétiser au cours de la prochaine moitié de ce siècle.


Promouvoir l’intégration régionale

L’intégration régionale est au cœur du programme d’action de l’Afrique depuis de nombreuses années. Compte tenu de la faible densité de population du continent, de sa grande diversité géographique et de ses faibles taux d’urbanisation, les dirigeants africains ont fait de l’intégration un facteur essentiel pour réaliser des économies d’échelle et rendre le continent compétitif au plan international - une importance, que l’impact de la mondialisation sur l’Afrique, au cours de la décennie écoulée, n’a fait qu’accentuer. L’intégration régionale peut aider à surmonter les obstacles géographiques, en concentrant l’activité économique et en élargissant l’accès aux marchés mondiaux.

Toutefois, l’intégration régionale est loin d’être aisée à concrétiser. Bon nombre des toutes premières initiatives africaines ont échoué, en partie du fait de la volonté, légitime, des États nouvellement indépendants de mettre d’abord en place leurs politiques et institutions nationales. Ces initiatives ont eu pour héritage une architecture complexe de Communautés économiques régionales (CER) - dont huit sont reconnues par l’Union africaine -, qui se chevauchent. Le Traité d’Abuja, en 1991, a réitéré l’engagement à élaborer, en phases successives jusqu’à l’horizon 2028, une Communauté économique africaine à l’échelle continentale, dont les CER existantes seraient les piliers. Les premières mesures prises à cet effet ont abouti à la conclusion de l’Accord tripartite de libre-échange qui consacrera la fusion du COMESA (Marché commun de l'Afrique orientale et australe), de la CAE et de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe) dans une vaste zone de libre-échange unique.

Le groupe de la Banque travaille à renforcer les capacités des CER et de leurs interlocuteurs nationaux, en vue de promouvoir l’intégration régionale. Il convient, bien sûr, de noter que celle-ci est le fruit d’efforts collectifs de nombreuses institutions africaines. Pour notre part, nous œuvrons de concert avec d’autres partenaires, en particulier avec l’Union africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique.

La BAD maintient son engagement en faveur de l’intégration régionale, un objectif primordial. Celle-ci constitue l’un des trois thèmes transversaux de notre Stratégie à long terme sur la période 2013–2022. Dans le cadre de notre Stratégie en matière d’intégration régionale, nous sommes attachés à promouvoir l’intégration régionale, le développement des infrastructures – matérielles et immatérielles –, et une aide qui permette de faire face aux nombreux défis transfrontaliers africains.

De même, nous continuerons de faire valoir, auprès des autres partenaires au développement, la nécessité d’un appui plus ferme aux initiatives régionales. Nous élaborerons de nouveaux principes et de nouvelles approches pour rendre l’aide plus efficace à ce niveau .Nous avons retenu trois champs d’intervention prioritaires pour nos opérations régionales : le raccordement aux infrastructures et le développement de corridors, qui renforcent la politique industrielle régionale, ainsi que la mise au point de nouveaux outils.


Rwanda

Le Rwanda s’est fixé pour objectif de devenir un pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2020, tout en maintenant l’unité nationale et en veillant à assurer une croissance et un développement inclusifs. Pour ce pays enclavé à l’histoire douloureuse, l’objectif, plus qu’ambitieux, n’exige rien de moins qu’une métamorphose sociale et économique.

Au cours de la décennie écoulée et depuis la publication de son document Vision 2020, le Rwanda a déployé des efforts considérables pour atteindre son objectif. Son taux de croissance, de 8 % en moyenne depuis 2000, témoigne ainsi d’une saine résilience face à la difficile situation économique mondiale. Contrairement à la tendance généralement observée ailleurs, cette croissance s’est largement avérée inclusive, avec des inégalités de revenu s’amoindrissant au fil des cinq dernières années. Les ambitieux programmes du gouvernement, qui visent à s’attaquer à la pauvreté en milieu rural, ont contribué, de façon significative, à assurer un développement équilibré. Aussi, le pourcentage de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté a-t-il baissé, passant de 57 % en 2005 à 45 % en 2011. Autrement dit, plus d’un million de Rwandais se sont extraits de la pauvreté.

Résolus à améliorer encore davantage notre soutien au Rwanda, grâce au leadership solide du gouvernement rwandais et aux bases solides sur lesquelles reposent jusqu’ici nos  programmes, il n’y a aucune raison de ne pas se fixer des objectifs ambitieux.

Un certain nombre de priorités essentielles se dessinent pour la période à venir. Tout d’abord, nous allons continuer de renforcer la sélectivité de nos opérations, conformément à la répartition du travail dont sont convenus le gouvernement rwandais et les partenaires de développement.

Deuxièmement, nous poursuivrons la décentralisation des responsabilités en matière de gestion vers notre Bureau au Rwanda. Troisièmement, nous étendrons le filtre sur l’état de préparation pour couvrir les opérations régionales, qui sont à l’origine de retards dans le démarrage et l’exécution de projets. Quatrièmement, nous continuerons d’identifier et de résoudre les goulots d’étranglement dans la mise en œuvre des projets. Enfin, nous entendons intensifier nos opérations hors prêt, notamment en analyses et en prestations de conseil.