Discussions autour du lancement du Rapport sur le développement en Afrique

10/05/2009
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Le nombre de conflits armés est en diminution sur le continent africain par rapport à la dernière décennie. Telle est l’une des conclusions auxquelles sont parvenus les auteurs du Rapport sur le développement en Afrique qui a été lancé le 10 mai à Dakar.  

Cette publication issue d’un partenariat entre plusieurs composantes de la Banque africaine de développement (BAD) a pour thème « Résolution des conflits, paix et reconstruction en Afrique ».

« Le rapport met l’accent sur les conflits armés qui impliquent un ou plusieurs mouvements rebelles »,  a expliqué l’économiste en chef de la Banque,  Louis Kasekende. Selon Léonce Ndikumana, directeur du Département de la recherche, les mouvements rebelles sont généralement constitués de jeunes éléments qui n’ont pas la possibilité de trouver du travail autrement. Il a également ajouté que les conflits ont des causes multiples et variées. Ils ont cependant un point commun : les nombreuses pertes en vies humaines. Et l’Afrique est l’une des régions à avoir payé un lourd tribut pour sa population.

« Pour qu’un conflit émerge, il faut qu’il y ait un déclencheur », a estimé Louis Kasekende. Pour le ministre sierra-léonais des Finances et du Développement, Samura Kamara, le nouveau rapport de la Bad va faciliter la compréhension des conflits armés en Afrique. De son côté, l’ancien président de l’institution financière, Babacar Ndiaye, a salué la publication d’un tel document. « Dans les statuts de nos institutions, l’aspect politique était [jusque-là] banni », a-t-il rappelé, non sans avoir constaté l’évolution de la BAD en la matière. « J’applaudis de deux mains », s’est-il félicité.

Les conflits ont des conséquences énormes sur le plan économique. La plus importante, d’après Léonce Ndikumana, est qu’ils provoquent une contraction de l’activité économique. Pour les investisseurs, l’horizon s’assombrit dès le déclenchement d’un conflit armé. On assiste également à une monté de la corruption.

Après le conflit vient le temps de la reconstruction. Les auteurs du rapport insistent sur le caractère fragile des Etats sortant d’un conflit. Ces derniers dépendent de l’aide bilatérale et multilatérale. Ils ont également besoin d’une assistance technique.

« La BAD s’est engagée à accroître les ressources en faveur des pays sortant d’un conflit », a confirmé Louis Kasekende. L’institution a déjà mis en place une Facilité en faveur des Etats fragiles. La ministre burundaise des Finances, Clotilde Nizigama, a souligné que son pays est à la recherche des fonds pour financer des opérations de réinsertion et de démobilisation des éléments issus du dernier mouvement rebelle. « Si un pays s’engage dans la résolution d’un conflit, il faudrait que les partenaires au développement le soutiennent », a-t-elle lancé. « La Banque n’intervient pas directement dans la démobilisation et la réinsertion », lui a répondu Margaret Kilo, responsable de l’Unité des Etats fragiles. D’où l’appel lancé par Samura Kamara en direction de la BAD pour une plus grande souplesse dans ses interventions. « Il faudrait qu’il y ait aussi la composante désarmement et démobilisation », a-t-il conclu.

Babacar Ndiaye, ancien président du Groupe de la BAD - « Certains conflits brisent tous les efforts »

On a fait beaucoup de progrès. Aujourd’hui, bien qu’on dise que les conflits ont diminué en nombre, j’ai bien peur que ce que l’on constate, rien qu’au Darfour, vaut plus que dix conflits ailleurs dans le continent. Donc il y a des conflits qui arrivent à annihiler et  à casser tous les efforts de développement (…) Nous savons financer des projets, nous savons financer des programmes, nous savons financer des budgets, et voila le schéma que nous avons donné. Mais lorsque nous apportons ces types de contributions ont peut se rendre compte que ce n’est pas une panacée,  les causes étant différentes. Je voudrais proposer à la réflexion que la Banque qui s’occupe de la gouvernance économique et financière, qui apporte sa contribution dans ce domaine là, fasse accompagner ce financement par une concertation, au niveau soit de la Cedeao ou d’autres institutions, (…). Elles, elles peuvent savoir quel type de réunion faire autour de votre programme pour justement pouvoir calmer le jeu. Je vois également le rôle des historiens, des sociologues, des religieux. Il faudrait qu’au moment ou nous intervenions que nous appelions tous les acteurs principaux de la société pour pouvoir discuter et voir comment chacun va pouvoir de part et d’autre jouer son rôle.