Discussions du panel : « les ressources intérieures sont nécessaires pour financer le développement durable de l’Afrique »

27/05/2015
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« La mobilisation des ressources intérieures est essentielle à la croissance de l’Afrique. » Tel a été le consensus atteint mardi, lors du séminaire intitulé « Financer la transformation de l’Afrique : des milliards aux trillions », organisé en marge des 50e Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan. « Si l’on veut vraiment atteindre les trillions, il n’y a pas d’autre moyen d’y parvenir que de commencer à se pencher sur les ressources intérieures », a expliqué Daniel Zelikow, directeur international du Groupe du secteur public de JP Morgan.

Avec l’adoption, cette année, des Objectifs de développement durable (ODD), les nations se démènent pour financer le processus qui conduira à un développement durable et inclusif englobant les dimensions économiques, sociales et environnementales. Il faudra pour cela un financement important. Selon les estimations, les besoins d’investissement pour les ODD sont de l’ordre de 5 à 6 trillions de dollars EU par an, à l’échelle mondiale. Pour le monde en développement, on estime ce chiffre entre 3 et 4 trillions de dollars EU par an. Ce coût élevé, pour les nations en développement, serait consacré à l’amélioration des infrastructures de base, à la sécurité alimentaire, à l’atténuation du changement climatique et à son adaptation, ainsi qu’à la santé et à l’éducation.

Sont intervenus pour donner leur avis sur ce qui marcherait et ce qui ne marcherait pas pour faire progresser l’Afrique vers les ODD : Daniel Zelikow, ainsi que le premier ministre de la République démocratique du Congo, Augustin Matata Ponyo, l’ancien ministre des Finances sud-africain, Trevor Manual, le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, Carlos Lopes, et le président de la BAD, Donald Kaberuka. Le débat a été animé par Uduak Amimo, des Royal Media Services.

L’amélioration de la gouvernance des nations a également été évoquée par les panélistes comme autre possibilité de financement. M. Ponyo a déclaré qu’elle était essentielle. « La transformation de l’Afrique ne peut être faite que par les Africains », va-t-il faire observer, ajoutant que l’argent de l’Aide publique au développement (APD), du secteur public et même du secteur privé ne peut suffire à lui seul. « Nous devrions nous orienter vers des secteurs qui conduisent à la transformation et à la croissance », soulignera-t-il. « Nous devons également améliorer notre niveau de vie, et cela à plus grande échelle », y compris sur le plan de l’éducation et de la santé.

Carlos Lopes a indiqué que le meilleur moyen d’encourager la croissance et la stabilité économiques était qu’un grand changement s’opère à travers le continent. Il a approuvé M. Ponyo en ajoutant qu’il fallait « mettre de l’argent dans les domaines qui permettront de libérer le potentiel d’investissement », tels que l’éducation et la santé. Et d’indiquer qu’une façon d’illustrer cet impact était de « montrer le montant de la perte de PIB que l’on aurait si on ne mettait pas d’argent dans la santé, par exemple ».

Refondre et renforcer les mécanismes de taxation, endiguer les flux illicites et repenser les fonctions des banques de développement sont autant d’autres mesures qui, selon le panel, pourraient soutenir la croissance économique nécessaire pour atteindre les ODD.

Daniel Zelikow a indiqué que « la communauté du financement du développement doit se considérer comme des agents du développement », en expliquant que les institutions comme la BAD devraient davantage s’efforcer d’atténuer les risques pour que les investisseurs du secteur privé se sentent plus à l’aise pour faire des affaires dans le monde en développement. Cela implique de rechercher la meilleure façon de gérer les risques liés aux prix des matières premières, le risque de taux d’intérêt et le risque climatique, étant donné le vaste marché agricole africain, a-t-il expliqué. « Il serait peut-être utile que les organisations multilatérales se comportent davantage comme des assureurs que comme des prêteurs ».

Le président Kaberuka a indiqué qu’en fin de compte, les banques multilatérales doivent repenser leur mode de fonctionnement afin d’encourager le type de croissance et de stabilité économique dont a besoin le monde en développement ; et la réponse à la question de Daniel Zelikow sur le comportement des BMD en tant qu’assureurs est donc positive : oui, elles le peuvent. Kaberuka a cependant précisé que ce ne devait pas être « sous la forme dans laquelle elles se trouvent aujourd’hui ».

Cette discussion n’était qu’une petite partie du débat qui porte actuellement sur la façon dont l’Afrique peut atteindre les ODD. Les réflexions et idées qui ont émergé de cette réunion seront présentées à la Troisième Conférence internationale sur le financement du développement, qui aura lieu en juillet à Addis-Abeba, en Éthiopie.