Ébola : une menace pour l’Afrique et le monde entier

04/09/2015
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« La nécessité de doter les établissements de soins de santé africains d’un équipement adéquat pour affronter des épidémies mortelles », était l’un des principaux thèmes du premier Forum Baobab, qui s’est tenu, le 31 août 2015 au siège de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan.

« Le mauvais état des infrastructures de santé en Guinée, où le premier cas de la récente épidémie de l’Ebola a été détecté en décembre 2013, a été la cause de la propagation rapide de la maladie», a déclaré Dr Elhadji Ibrahima Bah, chef de service au centre de traitement de l’Ebola à l’hôpital de Donka, à Conakry. « Il faut que nos établissements de soins de santé soient préparés et qu’ils bénéficient de systèmes de surveillance, capables de dépister toute maladie. Nous ne disposions pas de l’équipement approprié, et nous savons tous que nos installations de santé sont faibles et fragiles », a-t-il souligné, en ajoutant que « le personnel n’était pas préparé à une telle situation et que personne n’était en mesure de l’affronter ».

Le Dr Bah a rappelé que des patients ont quitté l’hôpital pour regagner leur foyer, ce qui a inévitablement accéléré la propagation du virus. Pour faire face à la situation, il s’est mis à traiter les patients qui arrivaient, avec l’aide de deux collègues, avec un minimum d’information sur la maladie. Un de ces collègues y a succombé. Le Dr Bah a souligné avoir eu la chance de survivre, car il était resté en proche contact avec son collègue décédé, le soignant, partageant la même nourriture, et allant même jusqu’à l’inhumer.

Cette situation a démontré l’absence de capacités des personnels médicaux, un problème dont on a beaucoup parlé au Forum Baobab. « Nous n’avons pas de spécialistes dans nos hôpitaux. Vous n’y verrez qu’un jeune anonyme, prêt à risquer sa vie pour soigner des patients. Je ne suis moi-même qu’un généraliste. Nous devons aider nos jeunes afin qu’ils puissent progresser et étudier, » a poursuivi le Dr Bah.

Le Dr Okajide Idris, ancien commissaire à la santé de l’État de Lagos, au Nigéria, s’est rallié entièrement à ce point de vue. Il juge impératif que l’on offre des formations aux prestataires de soins de santé afin d’assurer le succès des interventions contre les épidémies. « Nous devons revoir les capacités de nos cliniciens. Dans notre cas, nous avons dû former des gens sur place, y compris des volontaires, pour leur apprendre à gérer les patients touchés par l’Ebola. Nous avons collaboré avec le Centre de contrôle et de prévention des maladies et avec l’Organisation mondiale de la santé. Nombre des protocoles que nous avons utilisés provenaient de ces organisations, » a précisé Dr. Idris.

Lagos, une ville de 22 millions d’habitants, n’a enregistré que huit décès des suites de l’Ebola, a-t-il ajouté, en attribuant cette gestion efficace de la maladie à la disponibilité des établissements existants, à la volonté du gouvernement et à l’assistance de partenaires internationaux. « Certains aménagements étaient en place - un hôpital spécialisé en maladies infectieuses, des ambulances, une unité de surveillance des maladies. Des partenaires internationaux sont arrivés, forts de leurs connaissances. Tout s’est fait en l’absence de considérations politiques et nous avons affronté un ennemi commun ».

Le Forum a souligné l’importance de disposer de systèmes de santé aux compétences non seulement curatives, mais également préventives. Cependant, pour que cela se produise, le secteur de la santé doit être adéquatement financé. « En Afrique, les systèmes de santé sont sous-financés. Quinze pour cent de nos budgets annuels devraient être affectés à la santé », a affirmé le Dr Idris. D’après les Nations Unies, la plupart des nations d’Afrique consacrent à la santé des parts insuffisantes de leurs budgets, bien inférieures aux 15 pour cent convenus dans la Déclaration d’Abuja de 2001.

M. Pedro Verona Pires, ancien président du Cabo Verde, l’un des intervenants, a souligné toute l’importance de développer des institutions fortes qui soient en mesure de faire face à toutes les menaces qui pourraient surgir sur la santé. « Il s’agit là du maillon faible de notre chaîne », a-t-il dit.

Le Dr Idris s’est prononcé en faveur de cette assertion. « Nous avons à renforcer nos infrastructures de santé. Que nous le voulions ou non, nous allons avoir des épidémies, et une menace à l’Afrique est une menace à toutes les autres parties du monde ».