Ebola : Point n’est besoin d’imposer des « mesures draconiennes non indispensables » sur les pays affectés, déclare Donald Kaberuka, président de la BAD

28/08/2014
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Au cours d’une visite de deux jours (les 26 et 27 août 2014) en Sierra Leone et au Libéria, deux pays affectés par l’épidémie de l’Ebola, Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement (BAD), a lancé une mise en garde contre l’imposition de « mesures draconiennes non indispensables » par des compagnies aériennes et des gouvernements à l’encontre des pays affectés par l’épidémie. 

« Je comprends que des pays imposent des restrictions... mais il faut que celles-ci reposent sur des preuves médicales et non sur des impératifs politiques », a-t-il déclaré. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a plusieurs fois déconseillé les restrictions de ce type, affirmant qu’elles pourraient entraîner des pénuries en vivres et en approvisionnements.

Kaberuka a lancé une mise en garde aux entreprises et surtout à ceux qui imposent « des mesures draconiennes non indispensables » face à l’aggravation de la situation dans les pays touchés par l’Ebola : « Pas de panique ! Nous risquons de faire empirer la situation ! »

L’épidémie de l’Ebola est en train de nuire considérablement aux économies ouest-africaines, provoquant une ponction des ressources publiques et faisant chuter la croissance économique – jusqu’à 4 pour cent – à mesure que des entrepreneurs étrangers quittent la région et que des projets sont annulés, a souligné Kaberuka.  A ce sujet, il a  cité les propos d’un organisme caritatif médical qualifiant la réaction internationale comme étant « totalement inadéquate ».

Alors que les compagnies de transport suspendent leurs services, isolant la région de l’extérieur, des gouvernements et des économistes craignent que l’épidémie de l’Ebola, la plus virulente qu’on ait jamais enregistrée à ce jour, n’annule les gains économiques fragiles réalisés en Sierra Leone et au Libéria après une décennie de guerre civile dans les années 1990.

« Les recettes sont en chute libre, les taux de change sont tombés, les marchés ne fonctionnent pas, les compagnies aériennes ne viennent plus, des projets sont annulés, les hommes et femmes d’affaires sont partis - tout cela cause des dommages énormes », a souligné le président de la BAD.  Le gouvernement libérien a déjà annoncé qu’il aurait à réviser ses projections de croissance pour 2014 à la baisse.

Pendant ses réunions avec Elle Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, et  Ernest Bai Koroma, président de la Sierra Leone, ainsi qu’avec des représentants de partenaires au développement, Kaberuka a donné l’assurance à ses interlocuteurs que la BAD se tenait prête pour fournir toute l’assistance nécessaire en vue de contenir la crise. 

Il a indiqué que la BAD travaillait déjà étroitement avec les gouvernements des pays affectés pour faire en sorte que l’épidémie soit contenue. Mais, a-t-il ajouté, « Nous avons aussi à adopter une attitude positive face à l’Ebola », en tenant compte de l’impact de cette maladie sur les nations qui en sont touchées.

Au cours d’une conférence de presse conjointe avec la Présidente Johnson Sirleaf, Kaberuka a annoncé que la BAD et l’OMS avaient signé un accord de subvention de 60 millions de dollars US le 26 août 2014 à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Cette subvention accordée par la BAD sera consacrée à l’approvisionnement en fournitures essentielles et à la formation de personnels médicaux en vue de combattre l’épidémie. Une partie, 15 millions de dollars de cette subvention, sera décaissée en septembre, a précisé M. Kaberuka, en exprimant l’espoir que ce don empêchera que des fonds soient détournés d’autres programmes, tels ceux ayant trait à l’éducation et à l’agriculture.