Les économistes cherchent à trouver un consensus à Kinshasa sur les moyens de mettre fin à la pauvreté en Afrique

03/11/2015
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Augmenter les dépenses publiques en matière de santé, d’éducation et d’aide aux groupes de personnes vulnérables est devenu la priorité du nouvel accord recherché par les experts participant à la 10e Conférence économique africaine qui se tient à Kinshasa du 2 au 4 novembre, dans le but de lutter contre la pauvreté et les inégalités en Afrique.

Face à la crainte que les politiques de croissance économique ne bénéficient pas à tous, les économistes cherchent à établir un «consensus de Kinshasa» pour gérer la possible perte des bénéfices économiques du continent.

«Nous devons agir. Il est clair que la croissance économique seule n’est pas suffisante. Nous avons connu une croissance économique à deux chiffres, mais elle ne profite pas encore à tous», a déclaré le président Joseph Kabila dans un discours prononcé en son nom par le président du Sénat Léon Kendo Wa Dondo, lors de la séance d’ouverture de la Conférence économique africaine, lundi 2 novembre.

Une Fédération africaine à monnaie unique visant à protéger les plus pauvres d’une dépréciation de la monnaie locale liée au marché des changes est l’un des thèmes proposés pour approbation dans un éventuel consensus de Kinshasa.

Les monnaies locales dans l’ensemble de l’Afrique ont perdu jusqu’à 20 pour cent de leur valeur par rapport aux principales monnaies du monde depuis le début de l’année 2015. On craint également de plus en plus que la sécheresse et les mauvaises récoltes n’engendrent pauvreté et insécurité alimentaire.

«L’Afrique devrait sortir des sentiers battus et aller de l’avant avec des investissements industriels massifs», a déclaré lundi Carlos Lopes, le Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA). «Nous devrions tirer parti de ces inégalités et moderniser nos villes pour l’avenir».

La 10e Conférence économique africaine, dont le thème est «Lutter contre la pauvreté et l’inégalité dans le Programme de développement post-2015», cherche à comprendre pourquoi les taux de croissance africains élevés n’ont pas d’effet sur la pauvreté.

Les décideurs, les organismes donateurs et les planificateurs de politiques économiques internationales ont convenu que certaines stratégies politiques spécifiques sont encore nécessaires, notamment celles visant à augmenter la production de minéraux, même si les prix ont baissé de 14% suite à la diminution de la demande des principaux importateurs en Chine et ailleurs.

Le président Kabila a ajouté que des services publics efficaces, notamment un meilleur accès à l’eau, à l’éducation et au progrès dans un plus grand nombre de régions, permettraient à la République démocratique du Congo de normaliser ses relations avec les donateurs, de développer son économie et de continuer à moderniser les axes routiers clés et l’infrastructure électrique.

Organisée conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), la conférence vise à examiner comment l’Afrique pourrait mettre l’industrialisation au cœur de ses politiques.

La pauvreté endémique a chuté drastiquement dans 22 pays africains sur 29, selon Bartholomew Armah, responsable du service de la planification au sein de la CEA.

Le retour de la pauvreté est principalement lié à l’inégalité des revenus. Au moins 70 pour cent des pays africains ont réduit la pauvreté grâce à la hausse des revenus, mais n’ont pas réduit les écarts de revenus.

Les experts économiques ont fait valoir que dans le consensus de Kinshasa, un nouvel examen est nécessaire pour déterminer si l’utilisation des indicateurs traditionnels, tels que le revenu par habitant, a permis de mesurer précisément le revenu national.

Armah a ajouté que de nouvelles politiques sont nécessaires pour améliorer le capital financier et humain. Mettre davantage l’accent sur la formation professionnelle afin d’améliorer la capacité des jeunes à trouver un emploi serait un des moyens d’y parvenir.

Pour favoriser la création d’emplois, les économistes ont proposé l’utilisation de politiques financières destinées à soutenir la croissance économique. Ils ont également proposé l’adoption de réponses politiques efficaces susceptibles de soutenir la création d’emplois dans les industries qui nécessitent plus de main d’œuvre. Cela répondrait au problème des économies qui se développent sans créer d’emplois.

Comme l’a souligné Armah, des études menées par la Banque mondiale ont montré que la plupart des pays africains étaient en pleine croissance, mais que la création d’emplois était passée de 57,7% à 44,4% entre 2000 et 2012.

Pour lutter contre cette tendance, il a été proposé que les gouvernements suppriment les exemptions fiscales. Des mécanismes permettant de s’assurer que tous les impôts parviennent à l’État ont également été étudiés. Les gouvernements doivent en outre chercher à rediriger les recettes fiscales vers les secteurs capables d’enregistrer une croissance régulière, afin d’échapper à la fluctuation des prix et des devises au niveau international