Les économistes dénoncent les revers du développement de l’industrialisation induite par l’agriculture en Afrique

04/11/2015
Share |

De nouvelles études sur les effets de l’augmentation des quantités de cacao brut transformées localement au Ghana pour le marché d’exportation, qui représente 20 milliards de dollars US, ont souligné les difficultés rencontrées dans l’instauration d’une industrialisation rapide en Afrique.

Selon un document de réflexion concernant l’impact des politiques industrielles sur l’industrialisation du Ghana, intitulé «Is More Chocolate Bad for Poverty? » (La hausse de la production de chocolat exacerbe-t-elle la pauvreté?), l’augmentation des quantités de cacao transformées localement au Ghana affaiblirait les revenus des cultivateurs tout en augmentant de 56 pour cent la marge de profits des sociétés de transformation privées.

La transformation locale du cacao produit au Ghana entraînerait également une chute de 36 pour cent des revenus du Conseil public ghanéen du cacao (COCOBOD), qui assume un rôle d’agence de marketing exclusive.

«Le prix du cacao ne suffit pas pour encourager la transformation locale, bien que le gouvernement ait offert des allègements fiscaux aux sociétés de transformation locales en vue de faire passer à 40 pour cent le taux d’activités de transformation menées dans le pays», a déclaré Eugénie Maiga, chercheuse à l’université de Koudougou au Burkina Faso.

Le document a été présenté lors de la 10e Conférence économique africaine AEC), qui a démarré le lundi 2 novembre 2015, à Kinshasa en République démocratique du Congo, avec pour thème principal la lutte contre la pauvreté.

Les investisseurs locaux appellent à une réduction plus conséquente du prix de détail du cacao afin d’augmenter la production locale. Les sociétés de transformation locales disposent également de plus grandes capacités pour transformer plus de produit, mais elles ne bénéficient actuellement que de 20 pour cent de réduction sur leurs achats de cacao pendant la basse saison de récolte du cacao.

Maiga a indiqué que, si le gouvernement augmente les réductions accordées aux transformateurs locaux, les revenus perçus de la chaîne de valeur par le COCOBOD chuteront de 36 pour cent, et les profits des transformateurs augmenteront de 56 pour cent. Dans le même temps, les cultivateurs perdront 22 pour cent de leurs revenus issus de la chaîne d’approvisionnement.

 Pour sa part, Mouhamadou Sy, économiste de la Division des partenariats de recherche de la Banque africaine de développement, a indiqué que les études étaient utiles pour aider à déterminer l’impact de politiques visant à transformer la structure de l’économie en procédant à une réforme de la chaîne de valeur.

Après avoir examiné le document de réflexion, les experts ont indiqué qu’il mettait en évidence l’inefficacité de l’implication du gouvernement dans le processus de la chaîne de valeur des principaux secteurs économiques, sans déterminer l’impact de son implication sur la croissance.

La problématique de la croissance économique qui réduit l’impact sur l’éradication de la pauvreté a été le principal sujet de discussion lors de la 10e Conférence économique africaine, qui a été organisée par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), du 2 au 4 novembre 2015.

S’exprimant sur le document de recherche, Thierry Mutombo Kalonji, directeur de la Promotion des investissements auprès du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), a indiqué que l’étude rendait compte des difficultés croissantes qui persistent dans le processus d’établissement d’un lien entre le secteur agroalimentaire et l’industrialisation en Afrique.

«L’objectif du secteur privé est le profit. Nous ne pouvons pas demander à l’industrie de réduire ses niveaux de profit pour nous aider à éradiquer la pauvreté. Cela dit, le rôle du gouvernement devrait consister à intervenir sur le marché en tant que régulateur et à œuvrer pour une redistribution des revenus pour aboutir à la réduction de la pauvreté», a déclaré  Kalonji.