Education au Sahel : Cap sur l’employabilité et la sécurité alimentaire

04/11/2013
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Avec sa stratégie décennale 2013-2022 “Au cœur de la transformation de l’Afrique”, la Banque africaine de développement promeut plus que jamais le développement des compétences en lien avec les opportunités d’emplois et la compétitivité.

Les investissements du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) dans les pays du Sahel en appui à l’effort public en faveur de l’éducation ont permis d’accélérer fortement les taux de scolarisation dans l’ensemble des pays du Sahel (voir plus bas).

Ces performances ont pu être enregistrées grâce aux actions soutenues menées dans des domaines aussi divers que la création et le renforcement des pôles d’excellence, l’éducation des filles, la réforme des curricula en réponse aux besoins des populations  et du marché du travail, la mise en place d’infrastructures de qualité en vue d’étendre l’accès à l’éducation et la formation aux régions et aux couches sociales les plus défavorisées, ainsi que la rénovation des systèmes de formation et de la recherche.

Par ailleurs, le Groupe de la BAD axe actuellement son programme de développement des compétences sur l’investissement dans les technologies et les sciences. Il renforce son aide en faveur de la formation technique et professionnelle liée à des besoins précis du marché du travail, dans les secteurs tant formel qu’informel, notamment les compétences en matière de création de petites entreprises.

En cours de préparation, la stratégie de capital humain du Groupe de la BAD vise à mettre en œuvre ces actions dans les pays africains, en tenant compte de leur spécificité contextuelle (pays fragiles, pays à faible revenu, pays à revenu intermédiaire).

Cas illustratif

La Banque africaine de développement a approuvé, en octobre 2013, un Projet d’appui à la promotion de l’emploi des jeunes et des femmes (PAPEJF) du Sénégal.

Il entend créer des emplois productifs en milieux rural et péri-urbain, accroitre la production agricole et renforcer la sécurité alimentaire.

Les modalités d’intervention incluent le développement des compétences techniques et managériales d’entrepreneurs agricoles, la mise en place d’infrastructures technologiques pour améliorer la productivité agricole, et le développement d’un mécanisme de financement de l’entreprenariat accessible aux jeunes et aux femmes.

Le projet permettra de générer au moins 15 000 emplois durables sur cinq ans (dont 60 % seront dévolus aux jeunes garçons et filles, et 40 % aux femmes), et de renforcer les capacités techniques et managériales de 17 000 promoteurs.

A travers cet exemple, la Banque allie le développement des compétences des jeunes et des femmes aux opportunités d’emplois existantes, en vue d’accroitre leur employabilité et leurs capacités entrepreneuriales.
Ce projet contribue également au renforcement de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.

Perspectives

Les actions futures du Groupe de la BAD dans les pays du Sahel porteront en priorité sur l’articulation formation-emploi, à travers des réformes structurelles du système éducatif qui soient à même de répondre aux défis de l’emploi d’une part, et du développement de compétences dans le secteur agricole d’autre part.

La BAD compte, en outre, apporter un plus grand appui aux projets régionaux intégrateurs, avec des impacts significatifs sur le développement des compétences.

Elle œuvrera également au renforcement de l’enseignement des sciences, des technologies et des mathématiques.

Renforcer  la capacité des jeunes et des femmes à mieux participer et tirer profit des chaines de valeur agricole et de l’entreprenariat en général, figure également en bonne place dans cette stratégie.

Enfin, si la BAD compte développer les partenariats public-privé afin d’assurer une valorisation efficace du capital humain, elle veillera également au développement d’instruments de financements innovants, axés sur le développement des compétences et l’inclusion sociale, au bénéfice des Etats du Sahel en situation de fragilité.

Situation de l’éducation au Sahel

Le Sahel se distingue par une scolarisation en rapide augmentation, sachant que les taux étaient à l’origine très bas. La scolarisation progresse en moyenne plus rapidement dans les pays du Sahel que dans ceux d’Afrique subsaharienne. Le taux de scolarisation en cycle primaire y a augmenté de plus de 50 % entre 2000 et 2010, contre 25 % en Afrique subsaharienne. Le taux de scolarisation y a pratiquement doublé dans le secondaire, tandis que l’Afrique subsaharienne a connu une hausse de 50 %. Cependant, le nombre d’étudiants s’est accru à un rythme moyen inférieur à celui des pays d’Afrique subsaharienne durant la décennie écoulée.

Cette augmentation rapide des taux de scolarisation ne saurait occulter leur faible niveau de départ. Les pays du Sahel sont en retard en matière de scolarisation, comparé aux autres pays d’Afrique subsaharienne : ce retard est d’environ 25 % dans le cycle primaire, de 40 % dans le secondaire et de 35 % dans l’enseignement supérieur.

Tableau – Fort bas au départ, les taux de scolarisation ont crû plus vite dans les pays du Sahel
Taux de scolarisation (en %)

Afrique subsaharienne

Pays du Sahel uniquement

2000

2010

2000

2010

Pré-primaire

19,3

27,9

5,2

9,0

Primaire

86,9

107,0

52,7

80,7

Premier cycle du secondaire

39,5

57,4

18,6

37,9

Second cycle du secondaire

21,0

33,0

9,5

16,9

Enseignement supérieur

3,5

6,5

2,6

4,3

La situation est certes inégale selon les pays, mais c’est surtout la capacité des jeunes à s’insérer dans la vie active qui est la plus préoccupante. Dans le cycle primaire, le taux de scolarisation varie de 71 % au Niger à 93 % au Tchad. Pour le second cycle du secondaire, il varie de 4,1 % au Niger à 28,4 % au Soudan. Et de 3,9 % au Burkina Faso à 7,9 % au Sénégal dans l’enseignement supérieur.

Relativement faibles quant à eux, les taux de chômage sont de l’ordre de 3 % au Burkina Faso, 8 % au Mali et de 10% au Sénégal, mais ils masquent une crise latente de l’emploi.

Cette crise apparait sous différentes formes : un sous-emploi massif, une forte prévalence du chômage de primo-insertion et de longue durée, ainsi qu’une difficulté croissante d’insertion pour les actifs les plus qualifiés.

Le sous-emploi est particulièrement élevé au Burkina Faso (27 % des actifs) et au Sénégal (34 %). Le Mali se caractérise par une forte prévalence du chômage de longue durée, avec 95 % des chômeurs qui sont sans emploi depuis plus d’un an.

Dans la majorité des pays concernés, le risque de chômage augmente avec le niveau d’éducation. Ainsi note-t-on que 16 % des jeunes diplômés du supérieur au Sénégal sont au chômage, un chiffre qui va jusque 35 % au Burkina Faso.