Conférencier éminent : L’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa à Tunis

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Date: 13/12/2006
Lieu: Tunis, Tunisie
Conférencier éminent : L’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa à Tunis

Gouvernance et investissement en Afrique: 40 ans après

L’ancien président tanzanien, M. Benjamin Mkapa, était à Tunis les 11 et 12 décembre pour faire une communication sur « Gouvernance et investissement en Afrique: 40 ans après » dans le cadre de la série des conférenciers éminents du Groupe de la Banque africaine de développement. S’adressant à un parterre de hauts fonctionnaires et de cadres du Groupe de la Banque, il a indiqué que «les pays africains bénéficiaient aujourd’hui d’un contexte favorable à la croissance et à des transformations en profondeur, grâce à la convergence de facteurs politiques et économiques internes et externes au continent», ajoutant que « cette croissance et ce développement exigent des investissements ».

L’ancien chef d’Etat a partagé, en toute liberté, ses expériences en tant qu’ancien journaliste, diplomate, homme politique et homme d’Etat, soulignant que pour combattre la pauvreté avec succès, les investissements doivent viser trois secteurs clés: l’infrastructure, les petites et moyennes entreprises et l’agriculture. Il a insisté sur l’appropriation des programmes de développement par les pays: « Il n’existe pas de stratégie absolue en matière de réforme», a-t-il expliqué, « et nous devons veiller à ce que cette conditionnalité ne devienne pas un nouvel obstacle aux investissements ». Par ailleurs, il a mis l’accent sur le fait que la communauté internationale et les partenaires au développement en particulier « ont accepté le droit des pays engagés dans les réformes à s’approprier leur processus de réforme économique et de développement ».

Il a invité les Africains à jouer un rôle d’avant-garde dans la création d’un environnement favorable aux affaires s’ils veulent que la pauvreté soient endiguée du contient.  « Selon la plupart des indices économiques et du développement humain, l’Afrique est le continent le plus pauvre du monde et son économie est, au mieux, stagnante. Mais elle pourrait être le continent le plus riche en termes de ressources naturelles et de potentiel humain. Les pays africains sont confrontés à un défi majeur: celui d’organiser leur patrimoine commun et leur volonté politique afin de transformer ce potentiel pour produire des biens et services pour leur peuple et pour l’humanité en général. Atteindre cet objectif nécessite beaucoup d’investissements et un partenariat stratégique entre les gouvernements africains, leurs citoyens, leurs secteurs privés et la communauté internationale. L’Afrique doit jouer un rôle d’avant-garde dans la création d’un environnement propice. La vitesse de la mondialisation nous informe que le temps n’est pas de son côte, mais elle peut toujours saisir l’occasion » a-t-il déclaré.

Dans un exposé ponctué d’humour, de rappels historiques, de proverbes et d’adages africains, cet homme d’Etat de premier plan a conclu que: « l’heure du changement a sonné… Rester immobile est inacceptable. Il ne suffit pas de faire quelque chose. Faire tout ce que nous pouvons n’est pas qu’une exigence, mais une obligation. Il est temps d’agir ».

Electricité pour la croissance en Afrique

Par ailleurs, M. Mkapa a participé mardi à Tunis à la conférence du Secrétariat du Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA) organisée en partenariat avec la BAD sur le financement de l’électricité pour la croissance en Afrique. Cette rencontre avait pour objectif de sensibiliser les principales entreprises énergétiques, les investisseurs et les cabinets juridiques aux projets potentiels d’infrastructures en matière d’électricité en Afrique. La conférence a également servi de plateforme de partage de connaissances sur les principales questions énergétiques et à renforcer le dialogue entre les sponsors de projets et le secteur privé. S’adressant aux participants lors de la conférence, le vice-président de la BAD pour l’infrastructure, le NEPAD et le secteur prive, M. Mandla Gantsho, a déclaré que la Banque a établi de bons partenariats dans le domaine des infrastructures en vue d’appuyer les efforts de développement du continent, précisant que sous le mandat du président Donald Kaberuka, la Banque a accentué son rôle dans le financement du développement en matière d’infrastructure. Le président Kaberuka, pour sa part, a salué l’ICA pour son rôle dans les efforts que fournit le continent pour relever les défis des infrastructures, ajoutant que la BAD se réjouit d’être associée à cette conférence. Par ailleurs, l’ancien président tanzanien a déclaré que l’accès à l’énergie est vital pour les efforts que déploie l’Afrique pour réaliser chacun des objectifs de développement du Millénaire que ce soit l’eau et l’assainissement, l’égalité du genre en éducation, la malnutrition et la mortalité infantile ou les autres objectifs.

M. Mkapa a noté que pour permettre au continent africain d’avoir accès à  l’électricité nécessitera de gros moyens financiers. A ce titre, le Commonwealth Development Corporation (CDC) estime que fournir 36,000 mégawatts supplémentaires en Afrique sub-saharienne nécessitera 20 milliards de dollars américains au cours des quatre prochaines années. M. Mkapa a, aussi, indiqué que les gouvernements africains ne disposent pas de tels moyens pour augmenter leurs capacités. La meilleure façon de fournir de l’électricité à un grand nombre de personnes en Afrique est de créer des partenariats entre les secteurs privé et public afin de mettre en place des systèmes commercialement viables et durables apportant des bénéfices à tous les parties prenantes. 

"Si les gouvernements doivent obtenir les investissements nécessaires, ils doivent créer un climat favorable aux investisseurs du  secteur prive. Ceci nécessitera, entre autres, une situation juste et transparente permettant de partager des risques entre les secteurs public et privé. Des cadres réglementaires, institutionnels et légaux appropriés seront aussi nécessaires pour soutenir la participation du secteur privé. Nous n’en avons pas fait assez, mais nous pouvons faire mieux. Ce que nous n’avons pas fait aussi en tant que gouvernements africains, financiers ou autres parties prenantes privées locales est de sortir des sentiers battus en matière d’innovation capable de nous permettre de devenir des acteurs actifs dans le secteur de l’énergie », a-t-il déclaré. 

L’ancien président a appelé les Africains à établir  des partenariats entre eux leur permettant de jouer un rôle important dans le secteur de l’énergie compte tenu du fait que de tels partenariats permettront à leurs pays de produire de l’énergie à bon coût et de fournir de l’électricité aux pays où les coûts de production sont encore élevés.  Pour que cet échange soit efficace, M. Mkapa a suggéré que les pools régionaux d’électricité dans les communautés économiques régionales telles que la SADC, la communauté économique de l’Afrique de l’Est, le CEDEAO, la CEEAC et l’UMA, soient régulées par les autorités régionales. A travers ces institutions, les rares compétences professionnelles pourraient être harmonisées en donnant la primauté aux facteurs commerciaux sur les considérations politiques nationales, ce qui déboucherait sur l’élargissement des marchés.

"Une approche régionale vers les marchés énergétiques offre des avantages significatifs. L’interconnection des marchés pétroliers, du gaz et de l’énergie peut apporter un appui aux investissements privés à travers la croissance des marchés, permettrant ainsi aux investisseurs comme vous de réduire des risques commerciaux et politiques. A long terme, ces interconnections permettraient de réduire les coûts d’approvisionnement en réduisant les investissements en matière d’installations inutiles tout en augmentant les options d’approvisionnement. Ceci a aussi une implication sur le fardeau de la dette de bon nombre de pays africains », a-t-il souligné. "La gestion de la demande en matière d’énergie offre des opportunités considérables aux entrepreneurs africains. Il existe aujourd’hui des technologies en  Asie, notamment en Inde et en Malaisie qui facilitent l’audit, la conservation et la gestion de l’efficacité. Ces technologies peuvent permettre aux grandes institutions publiques telles que les universités, les hôpitaux, les sociétés d’électricité municipales et les grandes sociétés privées consommatrices d’énergie comme les cimenteries et brasseries de réduire considérablement leurs coûts », a-t-il ajouté.

La Conférence sur l’électricité a vu la participation de représentants de sociétés de gestion des équipements électriques, de financiers, de conseillers en transactions, de pools régionaux d’électricité et de gouvernements. Etaient également présents à la rencontre l’Union africaine, le NEPAD, ainsi que des institutions internationales intéressées par les projets électriques en Afrique.


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