Mettre fin aux conflits et consolider la paix en Afrique : Appel à l’action - Président de la BAD Donald Kaberuka

30/01/2014
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Evènement : Lancement du rapport du Panel de haut niveau sur les États fragiles au 22e Sommet de l’Union africaine

Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État,

Excellence, Dr Nkosazana Dlamini Zuma, Présidente de la Commission de l’Union africaine,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de l’opportunité qui m’est offerte de prendre la parole devant vous. Je serai bref. Lorsque j’ai sollicité la Présidente Ellen Johnson Sirleaf pour présider le Panel de haut niveau sur les États fragiles, je savais à quel point elle est occupée. Je tiens à lui adresser toute ma gratitude d’avoir accepté ainsi qu’à la remarquable équipe d’éminentes personnalités ici présentes aujourd’hui.

Je leur sais infiniment gré de leur travail et de leurs recommandations, qui contribueront considérablement à mieux accompagner les pays et les régions dans la reconstruction post-conflit, à vous aider à réussir le processus de reconstruction économique de ces pays dès que les armes se seront tues.

Malgré les incertitudes entourant l’économie mondiale, l’Afrique subsaharienne devrait connaître une croissance accélérée, de l’ordre de 6,2% en 2014. Une douzaine de pays vont même dépasser ce rythme. Vous comprendrez le clivage en jeu, dans la perception comme dans la réalité.

En outre, donnons-nous la peine de prendre du recul et d’observer les forces centrifuges à l’œuvre dans la société africaine d’aujourd’hui, la démographie, l’urbanisation galopante, les découvertes de ressources naturelles, la révolution informatique, les inégalités, la croissance dénuée d’emplois, etc.

Partout où nous allons, nous constatons que des forces socioéconomiques massives déterminent l’évolution politique qu’on voit aujourd’hui en Afrique. Les récents événements tragiques au Soudan du Sud et en République centrafricaine nous rappellent l’urgence de trouver des solutions définitives si nous voulons que notre continent parvienne à une paix et à un développement durables.

Je voudrais saisir cette occasion pour saluer les efforts remarquables déployés par l’IGAD, l’Union africaine et les Nations Unies en vue de trouver des solutions durables à ces crises.
La Banque africaine de développement a pour mission de promouvoir et de financer le développement socioéconomique de l’Afrique.

L’année dernière, le Dr Zuma, le Secrétaire général des Nations Unies, le Président de la Banque mondiale et moi-même avons visité quatre pays du Sahel. Notre tournée a confirmé, si besoin était, que sécurité et développement sont indissociables. En témoignent le rapport sur la paix et la sécurité ainsi que les discussions que vous avez eues.

En 2005, à la demande des autorités centrafricaines de l’époque, la Banque a entrepris un processus d’aide à la reconstruction de la RCA. Nous avons dû réaménager les arriérés de la dette, renforcer les capacités institutionnelles et mettre en place des mesures propres à relancer l’économie.

Je me suis rendu moi-même à Bangui pour ouvrir notre bureau et lancer ces programmes, dans l’espoir de relancer l’économie et de réparer les infrastructures socioéconomiques. J’étais très confiant. Mais lorsque les rebelles ont récemment pris la capitale, tout dans nos projets a été pillé et endommagé. Nos bureaux n’ont pas été épargnés, du reste. Le jour où les combats ont éclaté à Juba, la Banque venait d’approuver un projet d’énergie de 26 millions de dollars.

En Centrafrique comme au Soudan du Sud, il faudra revenir à la case départ dès que la paix sera revenue. Nous comprenons parfaitement que la reconstruction post-conflit relève de notre responsabilité.

À cet effet, nous devrons apprendre sur le tas. Il n’y a pas de boîte à outils, pas de manuel. Comme chaque pays, chaque conflit est différent.

En 2003, la Banque a mis en place un mécanisme d’aide à l’apurement des arriérés de dette extérieure. En 2007, à l’intention des pays sortant de conflit, nous avons mis en place une facilité spécialisée cantonnée, dotée d’environ 700 millions de dollars. En septembre dernier, après avoir fait ses preuves, cette facilité a été renforcée et s’établit désormais à près d’un milliard de dollars.

Nous avons axé notre action sur trois domaines jugés essentiels :

  • apurement des arriérés de la dette extérieure, auquel nous avons consacré environ 750 millions de dollars ;
  • développement des institutions et des capacités de l’État pour environ 150 millions de dollars ;
  • redémarrage des infrastructures socioéconomiques clés. En fait, ce projet était approuvé le jour où les combats ont éclaté à Juba.

Voilà ce que nous avons fait, notamment au Burundi, en Sierra Leone, au Liberia, en Côte d’Ivoire et aux Comores.

C’est, du reste, la tâche qui nous attend en République centrafricaine, au Soudan du Sud et, bien entendu, en Somalie et au Sahel. Dès lors que vos efforts visant à stabiliser les pays auront porté leurs fruits.

La Présidente Sirleaf et les membres du Panel nous ont aidés à prendre la mesure :

  • du lien entre l’exclusion de toutes sortes et les cycles de conflits sans fin ;
  • du lien pernicieux avec la pauvreté ;
  • du désespoir des jeunes aisément exploités par ceux qui ont d’autres
  • visées ;
  • du rôle des industries extractives.

Nous avons appris que chaque pays est vulnérable en raison de ces tensions.

À cause de ce qui se passe chez le voisin, les retombées, que ce soit les réfugiés, les armes légères, la drogue ou les djihadistes.

Ce type de fragilité n’est pas le propre d’une seule catégorie de pays. C’est un risque potentiel pour nous tous.

Le rapport du Panel de haut niveau a formulé des observations très pertinentes. Certaines sont valables pour les institutions financières, d’autres pour les pays eux-mêmes. Ce que Madame la Présidente a relevé avec brio.

Comme le fait observer le panel, l’Afrique est en train de changer à un rythme fulgurant. En dehors des poches d’instabilité, l’Afrique subsaharienne va enregistrer une croissance supérieure à 6,2 %. Sous l’effet de ces changements, il est nombre de facteurs perturbateurs qu’il faudra gérer.

Croissance rapide, urbanisation, problèmes d’inclusion, emploi. Nous sommes à un point où sécurité, développement et environnement sont si étroitement liés qu’ils doivent être appréhendés ensemble. J’espère que vous pourrez souscrire aux recommandations du rapport.

Je vous remercie.