Mettre fin à la malnutrition pour stimuler les facultés intellectuelles et la croissance économique en Afrique

18/04/2016
Share |

« Le plus grand contributeur à la croissance économique n’est pas l’infrastructure physique, mais la faculté intellectuelle, ou ‘la matière grise’», a affirmé Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement. Les enfants souffrant de malnutrition n’alimentent pas leur cerveau, ni leur corps, et «les enfants marqués par un retard de croissance aujourd’hui, participeront au ralentissement des économies de demain », a-t-il poursuivi, samedi dernier à Washington, lors d’un événement sur la nutrition mondiale organisée par la Fondation Bill et Melinda Gates.

En Afrique, cinquante-huit millions d’enfants de moins de cinq ans sont de petite taille pour leur âge, et 14 millions pèsent moins pour leur taille. L’UNICEF a estimé le coût annuel de la malnutrition en Afrique subsaharienne à 25 milliards de dollars EU.

Le message du président Adesina énonçait les manières dont la Banque africaine de développement vise à relever le défi posé par la nutrition en Afrique. Tout d’abord, a-t-il déclaré, elle lancera une nouvelle stratégie pour « Nourrir l’Afrique » et transformer un continent importateur net de denrées alimentaires en exportateur auto-suffisant au cours des 10 prochaines années. L’alimentation des enfants doit s’accompagner d’un soutien à leur mère, a-t-il déclaré. Pour cela, la Banque lance l’initiative Affirmative Finance Action for Women, une action positive de financement au profit des femmes, qui vise à récolter une somme de 3 milliards de dollars EU, à consacrer uniquement aux femmes africaines. Les Assemblées annuelles 2016 (Lusaka, 23-27 mai) serviront également de de cadre pour que le groupe des dirigeants africains en faveur de la nutrition puisse appeler à des approches de financement innovantes et efficaces afin de mettre fin à la malnutrition. « Vous noterez que je dis « mettre fin » à la malnutrition, et non pas la « réduire » », a-t-il insisté.

« Aujourd’hui plus que jamais, il est temps d’investir dans la nutrition », a déclaré Keith Hansen de la Banque mondiale. Si le monde veut réaliser les six objectifs établis par l’Organisation mondiale de la santé en 2012, il aura besoin, selon les calculs de la Banque mondiale, de dépenser 7 milliards de dollars EU par an pendant 10 ans. « Il s’agit d’une fraction de ce qu’il dépense actuellement, entre autres, pour subventionner les agriculteurs », a souligné M. Hansen. « Nos dépenses actuelles en nutrition ne s’élèvent actuellement qu’à un demi-cent par dollar ». 

Le président Adesina a poursuivi en développant l’idée d’un financement de la lutte contre la malnutrition à travers l’émission d’obligations sociales pour la nutrition. Il a souligné l’importance pour les ministres de la Santé de bénéficier du soutien de leurs ministres des Finances. Il a rappelé l’époque où il occupait les fonctions de ministre de l’Agriculture du Nigéria. Il avait alors déclaré : « Je ne vous demande pas [M. le ministre des Finances] plus d’argent pour l’agriculture. Je vous promets en réalité davantage de recettes générées par le secteur de l’agriculture, si nous le transformons en secteur agroalimentaire ». (Le pays a rassemblé 5,66 milliards de dollars EU pour le secteur agricole pour la période 2013-2015). 

Il a également souligné la nécessité d’utiliser la technologie mobile pour acheminer de la nourriture, ainsi que des informations sur la nutrition, aux femmes, et il a réitéré la nécessité pour l’Afrique d’accélérer son utilisation d’aliments bio fortifiés. 95 % de ces derniers sont actuellement importés, alors qu’abondent les produits de base pour les fabriquer (dont le sorgho n’est pas le moindre). « Une fois encore, l’Afrique sera aux commandes de son propre développement », a conclu le président Adesina.