L’énergie au centre des discussions aux assemblées annuelles de la BAD

13/05/2008
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L’énergie joue un rôle fondamental dans tous les efforts de développement dans le monde entier. Le manque de sources sûres d’énergie peut nuire aux efforts de développement, en particulier pour les économies fragiles du tiers monde. Le rapport entre l’énergie et le développement constitue le point focal d’une publication du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) intitulée Indicateurs sur le genre, la pauvreté et l’environnement sur les pays africains qui a été lancée à Maputo au Mozambique dans le cadre des assemblées annuelles de la BAD pour 2008.

Selon l’étude, l’accès aux services énergétiques constitue un facteur essentiel au développement. L’énergie est vitale pour l’amélioration du bien-être des pauvres pour leur besoins culinaires, d’éclairage, de production, de chauffage, d’eau et de transport. L’accès à l’énergie a une incidence sur la qualité de la vie car il permet d’assurer de meilleurs services publics tels que les soins de santé et l’éducation, tout en multipliant les opportunités de création de revenus et d’emploi.

Les services énergétiques peuvent assurer la protection de l’environnement local et mondial en contribuant à la réduction de la déforestation et des émissions des gaz à effet de serre. Le rôle crucial que joue l’energie dans le développement est égaleemnt présent dans la fourniture de services appropriés, fiables et abordables, absolument nécessaires à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement.

L’accès à l’énergie n’est cependant pas une condition suffisante, car l’énergie n’est pas en soi une finalité, mais un moyen permettant d’atteindre un objectif. La mise en place de systèmes énergétiques durables doit être une partie intégrale des programmes plus larges de développement.

Offrir des options énergétiques durables constitue un objectif hautement prioritaire au plan international, notamment la fourniture d’énergie à partir de sources renouvelables d’application plus propres des combustibles fossiles. Ceci a été le cas lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002, et a récemment été renforcé au cours de la Conférence de Bonn (Allemagne) de 2004 sur les énergies renouvelables et la Conférence  sur l’énergie pour le développement tenue aux Pays-Bas. Au cours de la conférence de Bonn, plusieurs gouvernements, instituts et organisations africains se sont engagés en faveur de l’adoption de cette forme d’énergie ou d’une utilisation plus efficace de l’énergie. Bien que la plupart des projets en la matière soient d’inspiration européenne (44%), l’Afrique en a été le second initiateur avec 20%.

La situation énergétique de l’Afrique 

Plus de 580 millions de la population en Afrique, soit les deux tiers de la population du continent, n’ont pas accès à l’électricité. Dans les zones rurales, en particulier, les taux d'électrification peuvent descendre jusqu'à 2%. En moyenne, 92% de la population rurale en Afrique vit sans électricité.

La pollution de l’air liée à l’énergie pose des risques majeurs d’ordre sanitaire et environnemental. En Afrique subsaharienne, la pollution de l’air provenant de la seule utilisation du bois de chauffe brûlé dans des fourneaux à faible rendement énergétique est responsable de 1100 décès des maladies respiratoires et apparentées par jour, touchant essentiellement les femmes et les enfants. Au sein des ménages, les femmes et les enfants sont les principaux utilisateurs de l’énergie et c’est sur eux que pèse le fardeau des problèmes liés au manque d’accès à un approvisionnement fiable en énergie. L’amélioration des services énergétiques en faveur des pauvres contribuera  à  améliorer considérablement leurs conditions de vie. 

Par ailleurs, la dépendance croissante des importations de combustible ainsi que la volatilité et le niveau élevé des cours du pétrole constituent une menace réelle à la sécurité de l’approvisionnement des pays africains en énergie et hypothèquent leurs réserves en devises.  Fort heureusement, l’Afrique est dotée d’énormes ressources en énergies renouvelables qui restent inexploitées telles que l'énergie solaire, l’energie éolienne, l’hydroélectricité, la biomasse et l’énergie géothermique. 

L’énergie et les pauvres

La pauvreté peut être perçue de diverses manières. Soit économique (vivre avec un revenu de moins de 1 $ par jour) soit social (manque d’accès à une saine nourriture, à  l’eau, à l’habillement, au logement, à l’assainissement, aux soins de sante, a l’education, etc). La pauvreté énergétique peut être définie comme étant l’absence de choix a l’acces aux services énergétiques appropries, a couts abordables, fiables, de très bonne qualité, sans danger et intégrés dans l’environmment a l’appui du développement économique et humain.

L’énergie est un élément essentiel à la survie humaine. Sur un plan élémentaire, elle permet d’assurer la cuisson des aliments et le chauffage, et d’obtenir de l’eau chaude. La plupart des pauvres, notamment en Afrique subsaharienne, dépendent  de la biomasse comme source principale d’énergie pour ces services énergétiques de base. Plusieurs zones de cette région connaissent une pénurie de plus en plus marquée sur le plan de l’approvissionnement en biomasse, ce qui ne manque pas d’alourdir davantage le fardeau des femmes à qui incombe la collecte du bois de chauffe. Les chercheurs, les spécialistes et les organisations internationales n’ont eu de cesse de tirer l’attention sur le problème. Cependant, dans la plupart des cas, le lien existant entre l’énergie et la pauvreté semble avoir été ignoré dans le cadre de la planification énergétique, ce qui peut surtout s’expliquer par le manque de visibilité de la question: dans la plupart des cas, l’énergie à base de biomasse est acquise sans contrepartie monétaire (collecte assurée essentiellement par les femmes et les enfants) et ne figure pas dans les statistiques et les bilans énergétiques nationaux.

L’utilisation par les pauvres de l’énergie à base de biomasse résulte souvent d’un choix opéré au niveau d’une gamme très limitée d’options qui leurs sont offertes. Avec leurs revenus limités, les ménages pauvres ne peuvent pas offrir des appareils ménagers à haut rendement énergétique, ce qui fait que leur consommation énergétique est plus élevée que celle des ménages aisés.  La plupart des pauvres n’ont pas les moyens de s’acheter des foyers permettant de réaliser des économies sur la consommation de bois et sur le temps requis pour sa collecte et, par conséquent, ne peuvent utiliser que les feux en plein air et les fourneaux à faible rendement énergétique qui dégagent de la fumée. Ce faisant, au fardeau  que représente la corvée de la collecte du bois vient s’ajouter pour eux un risque sanitaire. Compte tenu du fait que, faute d’argent, ces pauvres sont obligés d’opter pour ceux dont les coûts de revient sont les plus faibles sur leur durée de vie utile, ils sont amenés à consacrer des sommes précieuses à l’achat de sources d’énergie de qualité inférieure qui sont ensuite utilisées de manière efficace, réduisant ainsi leur capacité à constituer les épargnes requises pour les investissement dans des stratégies visant à améliorer leurs conditions de vie. Ce cercle vicieux de la pauvreté énergétique doit être impérativement rompu.