COP21 : ces innovations technologiques 100 % africaines qui bouleversent la vie de millions d’Africains

09/12/2015
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Des entrepreneurs africains lancent de petites révolutions en Afrique, qui bouleversent déjà le quotidien des plus pauvres. Voilà qui prouve que l’Afrique est résolument tournée vers l’avenir et qu’elle offre des solutions aux défis posés par les changements climatiques.

Réunis sous le  Pavillon Afrique en marge de la seconde semaine de négociations sur le climat qui se déroulent à Paris dans le cadre de la COP21, des chefs d’entreprise ont démontré qu’il est possible et financièrement viable d’offrir des sources d’énergie adaptées au climat aux habitants des zones rurales reculées.

Ainsi, Chad Larson, directeur financier M-KOPA, basée en Afrique de l’Est, a présenté la façon dont son entreprise combine un système de microfinance innovant et un service de transfert d’argent par téléphone portable, pour permettre à des dizaines de milliers de gens pauvres de la région de s’équiper en systèmes solaires domestiques. « Nos clients achètent le kit solaire domestique grâce à un échéancier de paiement abordable que propose M-KOPA, avec un premier versement suivi de remboursements quotidiens pendant un an », a expliqué M. Larson. Une fois tous les versements effectués, les clients deviennent propriétaires de leur équipement.

Le kit – qui comprend deux lampes LED équipées d’interrupteurs et de variateurs d’intensité, une lampe-torche LED portable, un chargeur de téléphone portable USB équipé de cinq adaptateurs standards, une  radio solaire portable, et un panneau solaire de 8 watts de haute qualité – coûte 200 dollars EU environ.

Un montant dont la plupart des foyers à faible revenu en milieu rural peuvent rarement s’acquitter en une seule fois. D’où l’offre de M-KOPA d’opérer un versement initial de 30 dollars, puis de rembourser 0.4 dollars chaque jour pendant un an. « Le montant quotidien est bien moindre que ce que la plupart des foyers sans électricité dépensent en kérosène pour éclairer leurs maisons et charger leurs téléphones portables », a expliqué M. Larson. Grâce à l’étalement des paiements, des dizaines de milliers de personnes utilisent déjà ce système au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Pour sa part, Thione Niang est venu présenter l’initiative “Akon Lighting Africa”, que finance l’artiste américano-sénégalais Akon, a changé la donne dans 15 pays d’Afrique centrale et de l’Ouest. Axée à l’origine sur l’accès à l’électricité grâce au solaire, elle s’est vite étendue à d’autres domaines.

De petits agriculteurs profitent désormais d’un meilleur accès à l’eau grâce à l’utilisation de pompes électriques solaires. Des écoles « respectueuses du climat » ont été créées dans des zones rurales, et l’initiative contribue à renforcer les capacités en matière de technologies solaires sur le continent, avec l’ouverture d’un centre de formation spécialisé au Mali, la “Solektra Solar Academy”. 

Autre exemple d’entrepreneuriat africain au service de l’environnement et des populations : l’entreprise sociale “Carbon Credit Network”, qu’a présentée son co-fondateur Femi Oye, qui offre des technologies (pour l’éclairage et la cuisson des repas) propres, sûres, et à bas prix aux ménages à faible revenu du Nigeria.

Le réseau déploie avec créativité les techniques de marketing social pour permettre à ses ambassadeurs « verts » de gagner leur émancipation économique, a argué Femi Oye, grâce à un système de crédits-carbone qui leur permet de sortir de la pauvreté tout en aidant à lutter contre le changement climatique en Afrique.

De telles technologies innovantes suscitent une attention planétaire, les experts y voyant un signe clair du développement de l’Afrique.

« L’Asie et l’Amérique du Sud ont décollé durant la seconde moitié du 20e siècle. Je suis convaincu que c’est maintenant le tour de l’Afrique », a déclaré Sir David King, le représentant spécial du Royaume-Uni pour le climat. Selon lui, il est temps de tourner la page des énergies fossiles, au cœur du développement mondial depuis la révolution industrielle, pour passer à un autre modèle de développement : « Le potentiel en termes d’innovation et d’entrepreneuriat est énorme. ».

Une conviction que partage Carlos Lopes, le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) : le temps est venu pour l’Afrique d’aller de l’avant. « En matière d’industrialisation, je pense que l’Afrique peut faire un grand bond en avant. Mais pour ce faire, les Africains doivent avoir accès aux énergies renouvelables. Ensuite, nous pourrons aussi adopter des plateformes propres, et ainsi éviter de reproduire les erreurs des autres », a-t-il déclaré.

Sir David King s’est montré impressionné par les innovations africaines. « Nous avons déjà vu la vitesse à laquelle les Africains ont adopté la téléphonie mobile, et les usages qu’ils en font, inédits dans le monde occidental. »

Pour lui, c’est déjà un grand bond en avant pour l’Afrique. Il faut désormais développer à grande échelle l’usage des technologies mobiles et de toutes les autres innovations à même de stimuler le développement.