Entretien avec Mouawia Essekelli, administrateur et DG d’Attijrariwafa bank pour l’Europe : « Les banques doivent innover pour attirer les nouvelles générations de Marocains de l’étranger »

31/03/2014
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Diplômé de l’Ecole Centrale de Paris, ce Marocain de 45 ans a suivi une carrière fulgurante, avant de rejoindre Attijariwafa bank en 2005, pour piloter la branche du Groupe dédiée à la clientèle des Marocains de l’étranger. Administrateur, directeur Général d’Attijariwafa bank Europe, la filiale européenne du Groupe, depuis juillet 2008. Entretien, entre deux ateliers thématiques du séminaire panafricain dédié aux transferts d’argent des migrants, des 27 et 28 mars 2014.

Q : Que représentent les Marocains résidant à l’étranger, dits “MRE”, dans la clientèle d’Attijariwafa bank,en termes de proportions, de dépôts, etc.. ?

Attijariwafa bank compte 750 000 clients MRE dans ces comptes, soit près de 30 % du marché MRE au Maroc. Leurs dépôts avoisinent les 41 milliards de dirham, soit 24 % des dépôts globaux de la banque au Maroc. Quant au volume des transferts capté par Attijariwafa bank au Maroc, c’est de l’ordre de 2 milliards d’euros, soit près de 40 % du marché.

Q : Attijariwafa bank est très bien positionnée sur le segment des transferts d’argent des MRE. Comment expliquer ce succès ?

L’activité de transfert est une activité clé envers la diaspora marocaine. Nous avons de puissantes plateformes internes de transferts, ainsi que des partenariats avec d’autres banques, autour de solutions de transferts co-brandés. Le produit qui connaît un succès phénoménal auprès des MRE est un compte exclusivement dédié aux transferts, qu’ils prennent la forme d’un virement chez une banque, d’un prélèvement automatique chez n’importe quelle banque en Europe, d’un débit de compte depuis une agence d’Attijariwafa bank en Europe, d’une remise de chèque ou d’une remise d’espèces. Il permet d’envoyer de l’argent depuis 6 pays européens vers un compte au Maroc, à des coûts très réduits (à partir de 1,5 euro) et en moins de 48H. Et tout en permettant de connaître la contrevaleur en dirham marocain à l’émission du transfert.

Q : L’émigration marocaine en Europe a plus d’un siècle. Le profil des MRE a changé. En quoi cela impacte-t-il leurs transferts d’argent vers le Maroc ?

Des études poussées sur le comportement des diasporas en termes de transferts d’argent montrent une grande corrélation entre l’âge d’émigration, l’appartenance générationnelle et les transferts. Plus on a affaire à un primo-arrivant ou à la première génération, plus le potentiel de transfert est grand. La génération “G2”, celle des enfants nés de la première génération de migrants, ne présentait pas un comportement homogène, qui pouvait nous renseigner sur ce phénomène.
Mais les 3e et 4e générations de MRE nous livrent déjà des conclusions importantes : ces générations ont toujours un lien affectif très fort avec leur pays d’origine, mais pas le même lien financier que leurs parents ou grands-parents : elles ne parlent plus de résidences secondaires dans les régions d’origines de leur parents, ni du besoin d’épargner au Maroc. Elles sont plus attirées par l’investissement, les séjours touristiques et la vie associative… Les banques doivent anticiper ce changement et  innover dans leur offre pour attirer ces nouvelles générations.