Les experts préconisent de meilleures politiques publiques pour une répartition plus équitable des revenus en Afrique

03/11/2015
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Les économistes ont préconisé l’adoption de meilleures politiques publiques afin d’encourager une répartition plus équitable des revenus en Afrique à l’occasion de la 10e édition de la Conférence économique africaine, intitulée «Lutter contre la pauvreté et l’inégalité dans le programme de développement post-2015» et qui se déroule actuellement à Kinshasa, en République démocratique du Congo.

L’Afrique dans son ensemble a enregistré des progrès considérables depuis le milieu des années 1990 en matière de réduction de la pauvreté, grâce notamment à une croissance économique rapide ; toutefois, cela n’a pour l’instant pas eu d’impact significatif sur la répartition des revenus.

Depuis le milieu des années 2000, la croissance du PIB en Afrique se poursuit à un rythme élevé, de 5 pour cent en moyenne, bien au-dessus de la moyenne mondiale de 3 pour cent par an, ce qui nourrit certains espoirs quant aux perspectives économiques sur le continent. Toutefois, cette croissance n’a été ni inclusive ni équitable, et n’a pas eu d’incidence majeure sur le niveau de pauvreté.

Et pourtant, sans redistribution, la croissance seule ne peut éradiquer la pauvreté ou porter le développement durable.

De meilleures politiques sociales peuvent néanmoins soutenir la croissance et la redistribution des revenus, notamment contribuer à une meilleure complémentarité entre capital physique et humain, en particulier en ce qui concerne l’éducation de base.  

Cela pourrait par exemple se traduire par le renforcement de la formation professionnelle au cours des trois dernières années du cycle de formation initiale.

En outre, les décideurs politiques africains doivent mettre d’avantage l’accent sur la lutte contre les disparités de revenus, l’autonomisation des femmes, la réduction des écarts dans le domaine de la santé, de l’alimentation et de l’éducation, et l’élimination des préjugés et stéréotypes qui sont le terreau de la discrimination et de la marginalisation.

Selon un article intitulé «Croissance et réduction de la pauvreté en Afrique : chiffres et contexte», présenté au cours d’une séance plénière  le 2 novembre sur le thème: «Relation entre pauvreté, inégalité et croissance en Afrique », plus de 70 pour cent des 39 pays africains étudiés ont réussi à diminuer leur niveau de pauvreté depuis la fin des années 1990, et la croissance du revenu a été le principale moteur de cette évolution.

Pourtant, il subsiste d’énormes disparités entre les pays africains, et certains, quoique peu nombreux, comptent avant tout sur l’amélioration de la répartition des revenus pour réduire la pauvreté.

Cependant, dans les pays qui ont connu une aggravation de la pauvreté, la détérioration de la répartition des revenus a été identifiée comme le principal facteur responsable.

Pour compliquer encore les choses, il se pourrait que le produit national brut (PNB) par habitant ne reflète pas justement le revenu national, l’exagérant dans certains pays et le sous-estimant dans d’autres.

En outre, des programmes de protection sociale visant à mitiger les effets négatifs des initiatives économiques pourraient contribuer à améliorer la situation.

Lors de son intervention au cours de cette séance, Steve Kayizzi-Mugerwa, le vice-président par intérim et économiste en chef de la BAD, a souligné la nécessité de prendre en compte l’économie politique pour lutter efficacement contre les inégalités de revenus.

« Les politiques publiques doivent tenir compte du rôle de la bureaucratie locale, car elles ont un impact au niveau local », a déclaré Steve Kayizzi-Mugerwa, notant également que les responsables économiques devaient consulter les structures administratives locales lors de l’élaboration des politiques, de manière à renforcer l’efficacité de ces dernières.

Les statistiques montrent également que les autres régions du monde ont obtenu de meilleurs résultats, creusant davantage l’écart entre l’Afrique et le reste du monde développé. Ceci suggère que l’Afrique doit faire encore mieux et adopter des mesures pour lutter contre les inégalités de revenus afin de rattraper son retard sur le reste du monde.

Au cours de son exposé intitulé «Dépendance aux ressources et inégalité en Afrique : impact, conséquences et solutions», le professeur Haroon Bhorat, de l’Université du Cap en Afrique du Sud, a fait valoir que le risque d’inégalité marquée est plus important dans les pays  dépendants de leurs ressources naturelles; de fait, l’inégalité a progressé dans 55 pour cent des pays riches en ressources naturelles, contre 50 pour cent parmi les pays disposant de peu de matières premières.

Il a en outre souligné que les économies reposant principalement sur l’exploitation des ressources naturelles sont associées à un réseau moins dense d’organisations de la société civile, des processus électoraux plus opaques, et une gouvernance moins efficace.

Selon lui, les moteurs de l’inégalité dans les économies dépendantes des matières premières sont d’une part l’important capital de départ nécessaire à l’exploitation des ressources naturelles, et de l’autre le faible taux de création d’emplois.

«Il est nécessaire de mettre en place des institutions solides et une bonne gouvernance pour la gestion des ressources», a-t-il indiqué, notant que s’il n’existait pas de modèle de réussite parfait, des pays comme le Ghana et le Botswana pouvaient partager leurs expériences positives en matière d’architecture institutionnelle pour la gestion des richesses naturelles.

Par ailleurs, les initiatives internationales en faveur de la transparence et de la responsabilité peuvent contribuer à renforcer la gouvernance au niveau national.

Ceci s’ajoute à la mise en place de systèmes d’imposition progressifs, qui peuvent contribuer à atténuer la pauvreté ; en particulier, les gouvernements doivent veiller à ce que les multinationales du secteur minier s’acquittent des impôts nécessaires.

Dans de nombreux pays d’Afrique, il est également possible d’utiliser les revenus fiscaux pour financer des transferts sociaux bénéficiant aux plus pauvres ; ces interventions peuvent réduire de manière significative la pauvreté et l’inégalité.

À la suite de l’adoption du programme de développement durable à l’horizon 2030 par les leaders mondiaux en septembre, les décideurs politiques, les professionnels du développement et les chercheurs sont réunis pour envisager les politiques susceptibles d’éradiquer la pauvreté et de lutter contre l’inégalité en Afrique, conformément aux nouveaux objectifs mondiaux de lutte contre la pauvreté.

La Conférence économique africaine est une rencontre annuelle organisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).