Pour faire face à une demande croissante, il est urgent d’étendre et d’améliorer les ports d’Afrique, déclarent des experts

09/12/2015
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La compétitivité des économies africaines sera en grande partie déterminée par l’efficacité des ports du continent, a conclu le Premier Forum sur les transports de la Banque africaine de développement (BAD), tenu les 26 et 27 novembre 2015, à son siège à Abidjan.

Les participants à la session «Améliorer les ports : Portes d’entrée en Afrique » ont discuté des inefficacités qui affectent les ports du continent, constatant qu’elles étaient dues entre autres facteurs à des infrastructures médiocres comprenant des équipements vétustes et inappropriés, à des technologies inadéquates, à la congestion et à de longues attentes.

«Les capacités et la logistique des ports ne sont pas à même de faire face à l’augmentation du trafic dans la plus grande partie de l’Afrique, ce qui provoque de fortes congestions», a déclaré Adamou Saley Abdourahamane, secrétaire général de l’Union des conseils de chargeurs africains. Son organisation représente 18 pays d’Afrique centrale et de l’Ouest.

Il a expliqué que cette congestion est due à des facteurs tels que des infrastructures physiques déficientes (manque de capacités, particulièrement pour l’entreposage en terminal et la maintenance des équipements) ainsi que la faiblesse des réglementations et de la gestion, qui conduisent à la faible efficacité des ports. Il en résulte que les frais de commerce sont particulièrement élevés en Afrique. «Cette situation contribue à la marginalisation du continent par rapport aux marchés internationaux», a souligné Abdourahamane.

L’Afrique compte 66 ports, dont 28 sont en Afrique de l’Ouest.

Le thème de la durée du transport terrestre de marchandises ayant transité par des ports a également été évoqué. Bien que les routes de l’Afrique soient généralement dans un état médiocre, il a été remarqué que ce sont surtout les ports qui contribuent aux retards de transport. «Il faut 12 ou 13 jours ou parfois plus pour transporter des marchandises en Côte d’Ivoire, alors que ces délais sont bien plus courts en dehors du continent», a déclaré Drepoba Leandre Sery, chef de service au Port autonome d’Abidjan.

Selon les statistiques de la Banque mondiale, des marchandises acheminées d’un port vers une ville située dans un pays enclavé d’Afrique subsaharienne passent généralement la majeure partie de leur transit (75 pour cent) au port, et non sur les routes. Ces statistiques font également ressortir que le fret séjourne en moyenne près de trois semaines dans les ports d’Afrique subsaharienne, comparé à moins d’une semaine dans les grands ports d’Europe, d’Amérique latine et d’Asie.

Cette situation, ont souligné les experts réunis à Abidjan, fait du tort à l’économie africaine, car elle décourage le développement d’industries à valeur ajoutée qui dépendent de chaînes d’approvisionnement sensibles aux délais d’acheminement.

Des pays d’Afrique ont commencé à s’attaquer à ces problèmes. Par exemple, la Côte d’Ivoire a mis sur pied une commission de la compétitivité chargée d’étudier les moyens d’améliorer l’exploitation et les perspectives d’expansion de ses ports, a signalé Sery. 

L’investissement privé a également été invoqué comme moyen de relever l’efficacité aux ports, bien que la prudence s’impose en optant pour cette voie. «Nous avons eu des situations ou une ou deux entreprises dominent les marchés et déterminent les prix. Cela n’aide pas nos économies, parce que ces opérateurs finissent par devenir ceux-là mêmes qui profitent des retards parce qu’ils tirent des revenus de chaque retard», a indiqué Abdourahamane. Face à ce risque, il a appelé les autorités portuaires à faire preuve de vigilance en suivant les activités des entreprises privées, et il a également fait appel au soutien de la Banque africaine de développement.

Celle-ci offre son appui à des plans d’expansion portuaire afin de doter le continent en capacités portuaires suffisantes pour répondre à une demande croissante, a fait remarquer Stefan Atchia, spécialiste en politique des transports à la BAD.