L’adaptation de l’allocation de l'aide dans une Afrique en mutation : une réflexion menée par la BAD

24/02/2012
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Un séminaire de haut niveau sur les systèmes d'allocation de l’aide en Afrique a été récemment organisé par la Banque africaine de développement (BAD) et abrité par le gouvernement mauricien. Au terme du séminaire, le 17 février, un consensus s’est dégagé sur les principes devant régir l'adaptation du système d’allocation de l’aide appliqué à la BAD face aux changements du paysage économique et financier du continent.

Les participants comprenaient un panel d'experts, de praticiens et de chercheurs dans le domaine de l'aide internationale, avec à leur tête Tertius Zongo, ancien Premier ministre du Burkina Faso.

La réunion a été organisée pour présenter une production de savoir institutionnel, à travers l’unité mobilisation et affectation des ressources et le département recherche sur le développement de la BAD.

Au cours de la session de diagnostic, les participants ont examiné la pertinence du système de répartition basé sur la performance actuellement utilisé par la BAD. Ils ont reconnu que ce système représente un certain nombre d'avantages pour les gouvernements donateurs comme pour les pays bénéficiaires. Plus particulièrement, il a contribué à assurer une répartition plus rationnelle et plus ordonnée des fonds peu nombreux d'aide aux pays éligibles uniquement aux concours du Fonds africain de développement (FAD). Ceci a permis d’accroître la confiance des donateurs et d’assurer leur appui au cours des négociations des reconstitutions.

Pour autant, le panel a souligné que l'Afrique a connu, au cours de la dernière décennie, des changements significatifs qui ont des implications directes et indirectes sur la pertinence de la méthodologie de l’affectation des ressources du FAD. Ces changements comprennent :

  • Les perspectives de la concentration des pays à faible revenu en Afrique, au cours des 10 à 15 années à venir, posent des questions urgentes sur une division appropriée du travail parmi les partenaires au développement.
  • La composition des flux financiers en direction de l’Afrique a considérablement changé. L’investissement direct étranger dépasse maintenant l’aide publique au développement dans plusieurs pays, et les nouveaux donateurs sont à l’origine d’une part importante des flux financiers vers la région.
  • La vulnérabilité résiduelle du continent, malgré sa croissance économique qui résiste à la dure menace du ralentissement de l’économie mondiale, exige un appui renforcé des institutions multilatérales de développement.
  • Les pressions sur les budgets d’aide des gouvernements donateurs accélèrent la nécessité de donner une plus grande priorité aux résultats du développement, et d’en administrer la preuve.  
  • Le printemps arabe a illustré le fait que les décisions traditionnelles de l’administration publiques passent sans doute à côté des questions essentielles pour la réalisation d’une croissance inclusive durable en Afrique.

Sur la base de ce diagnostic, les participants ont décidé d’examiner la stratégie que la BAD peut adopter pour soutenir le développement de l’Afrique dans le contexte actuel de l’architecture de l’aide, et l’implication de cette stratégie sur le système de répartition des ressources.

La session s’est clôturée sur un consensus reposant sur quatre principes de base pour régir l’ajustement de la méthodologie de répartition de l’aide actuellement utilisée par la Banque africaine de développement. Pour le panel, le cadre de répartition des ressources de l’institution est à améliorer, pour être conforme au cœur de la mission de la BAD. Il l’est aussi pour prendre en charge les différents degrés de handicaps structurels que rencontrent tous les pays récipiendaires. Il l’est encore pour traduire les résultats des programmes de la banque et leur objectif de durabilité. Il l’est également pour renforcer encore plus l’appui actuel donné à l’intégration régionale. Le séminaire a pris fin avec l’engagement de poursuivre la collaboration entre la BAD, les universitaires, les praticiens du développement et toutes les parties prenantes dans la recherche de toutes les alternatives pour appliquer les réformes débattues.