Accélérer l’ordre du jour de l’intégration régionale en Afrique est essentiel pour assurer la transformation économique

31/10/2013
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La quête de l’Afrique sur la voie d’une intégration approfondie doit être accompagnée par un soutien actif de la part des gouvernements nationaux, et par le renforcement de la capacité administrative des pays à réaliser des transformations structurelles.   

Lors de la cérémonie de clôture de la huitième Conférence économique africaine (CEA) qui a eu lieu, le mercredi 30 octobre à Johannesburg, les participants ont souligné que les hommes politiques et les technocrates doivent conjuguer leurs efforts pour accélérer l’ordre du jour de l’intégration régionale en Afrique.   

« Il est temps de passer à l’action », a dit  Mthuli Ncube, Vice-président et économiste en chef de la Banque africaine de développement (BAD) – l’un des partenaires de la Conférence aux côtés de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

« Nous devons veiller à investir dans les infrastructures régionales et à les faire avancer. L’intégration régionale ne doit pas être entendue dans un sens étroit ; elle dépasse de beaucoup la circulation des personnes et des biens. Il s’agit de créer des emplois et de permettre le mouvement des capitaux ».

Certes, l’engagement de l’Afrique dans l’intégration économique régionale a commencé à devenir une réalité dans les dix dernières années : le total des échanges commerciaux (importations et exportations) du continent a triplé de valeur pour atteindre 1,2 billion de dollars. Mais il subsiste des obstacles, tels que l’insuffisance des infrastructures lourdes, notamment la faiblesse du réseau de transport et le côté aléatoire et coûteux de l’alimentation électrique.

De plus, la législation et les procédures administratives au niveau national continuent à faire peser des restrictions, des coûts et des délais inutiles sur les échanges commerciaux régionaux.  

Bien que la plupart des réformes nécessaires pour faciliter les échanges commerciaux aient déjà été approuvées aux termes d’accords commerciaux régionaux, elles demandent le soutien actif des gouvernements nationaux et le renforcement de la capacité administrative des pays.  

« Dans la pratique, cela signifie que les gouvernements devront s’engager à mettre en œuvre et à faciliter le développement des capacités pertinentes des différents acteurs, notamment en renforçant le rôle du secteur privé africain et sa capacité à participer à de vastes projets d’intégration régionale et à des négociations avec les acteurs mondiaux » a dit M. Emmanuel Nnadozie, directeur de la division des politiques macroéconomiques de la CEA.   

« Il s’agit de mettre l’accent sur la priorité à donner à la dimension politique de l’intégration. C’est là-dessus que nous voulons voir l’Union africaine mettre l’accent. Il ne faut pas considérer l’intégration régionale comme un simple évènement : c’est un processus, et ce n’est pas seulement un processus économique ».

Tout le monde a un rôle à jouer, aussi bien les acteurs étatiques que les acteurs non étatiques. Les dirigeants et la classe politique, tout comme les citoyens et le secteur privé, doivent soutenir le processus d’intégration » a dit M. Nnadozie.   

Selon le Rapport 2013 sur la compétitivité de l’Afrique publié conjointement par la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et le Forum économique mondial, l’intégration régionale peut aider l’Afrique à gagner en compétitivité, à diversifier sa base économique et à créer suffisamment d’emplois pour sa jeune population en voie d’urbanisation rapide.

Bien que les pays africains aient réalisé des progrès dans l’intégration, les résultats ne sont pas très convaincants, les échanges commerciaux intra africains étant estimés entre 12 et 16 %.

Pour atteindre son objectif, la BAD est en train d’élaborer une nouvelle Stratégie d'intégration régionale (SIR) pour la période 2014–2023 qui marquera un changement d’approche radical.

« L’Afrique a besoin de traduire davantage la volonté politique en une vigoureuse intégration économique. Pour cela, il faut comprendre pourquoi différents pays ont différentes raisons de ne pas vouloir avancer aussi vite dans l’intégration régionale sur le plan économique » a dit M. Pedro Conceição, Économiste en chef du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD.

Il a fait remarquer que certains pays auraient des réticences à poursuivre l’intégration économique par peur de perdre des revenus fiscaux après l’intégration.  

« Il nous faut mieux comprendre l’économie politique et les défis auxquels sont confrontés les différents pays. Il est très important de comprendre les coûts et les avantages de l’intégration régionale » a dit M. Conceição.  

La Banque africaine de développement s’est engagée à continuer de consacrer des ressources considérables à l’intégration africaine, principalement dans le domaine des infrastructures lourdes et légères et dans celui de la diffusion du savoir.

À titre d’exemple, entre 2009 et 2011, la Banque a mené à bien 51 projets liés aux transports, portant sur des infrastructures routières, aéroportuaires, portuaires et ferroviaires, d’une valeur de plus de 3 milliards de dollars.

L’institution a financé en Afrique plus de 4 000 km de routes et plusieurs grands ponts.  

Bien qu’il y ait actuellement huit communautés économiques régionales (blocs commerciaux et politiques) reconnues par l’Union africaine qui mettent en œuvre le traité d’Abuja, leur degré de réussite est variable. C’est la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) qui est la plus avancée, ayant lancé son marché commun en 2010.

Le Marché commun des États de l’Afrique orientale et australe (COMESA) a lancé son union douanière en juin 2009.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ont progressé dans l’établissement de leurs accords de libre-échange et prévoient de lancer leurs unions douanières respectives en 2015 et en 2013. La Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) a lancé son accord de libre-échange en 2004, mais elle rencontre d’énormes difficultés dans sa mise en œuvre.

La Conférence économique africaine (AEC) est un forum annuel de veille économique organisé par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour débattre des grands défis du développement économique du continent.